Il y a trois ans, j’ai perdu ma femme dans un attentat que je n’ai jamais élucidé. J’ai passé chaque jour depuis à faire tourner mon empire comme une machine, sans vraiment vivre. Puis un soir,…

Il y a trois ans, j’ai perdu ma femme dans un attentat que je n’ai jamais élucidé. J’ai passé chaque jour depuis à faire tourner mon empire comme une machine, sans vraiment vivre. Puis un soir,...

Il avait fallu qu’il la suive dans ce quartier miteux, loin de son manoir et de son monde, pour que quelque chose se brise enfin en lui. Gabriel Reyz regardait la porte rouillée derrière laquelle Scarlett avait disparu, et il sentait son cœur battre comme il ne l’avait pas senti battre depuis trois ans. Il poussa la porte après quelques minutes d’attente, l’odeur d’humidité lui sauta au visage. Scarlett vivait là.

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Dans un immeuble délabré, avec des couloirs sombres et des enfants qui pleuraient dans les appartements voisins. Lui qui dirigeait un empire valant des centaines de millions de dollars se tenait maintenant dans un couloir aux murs écaillés, à la recherche de sa gouvernante. Il monta les escaliers, guidé par le bruit d’une discussion étouffée. Une voix masculine, dure.

Puis celle de Scarlett, plus faible. Il colla son oreille à la porte entrouverte et entendit la voix de sa gouvernante, tremblante :

« Derek, s’il te plaît, ne fais pas ça. Il faut que tu m’écoutes. »

La voix masculine, coupante : « T’as intérêt à trouver cet argent, Scarlett.

Tu sais ce qui arrivera si tu ne le fais pas. »

Gabriel entra. Il ne savait pas pourquoi il le faisait, mais il était déjà trop tard. Un homme maigre, vêtu d’un blouson en cuir, se retourna et le vit.

Derek. Le frère de Scarlett. Un homme qui avait des dettes de jeu et qui la menaçait depuis des semaines, exigeant de l’argent. « Qui c’est ?

» demanda Derek en regardant l’inconnu en costume. Gabriel ne répondit pas. Il fixait Scarlett, qui se tenait dans un coin, tenant son ventre rond. Il regarda le frère avec un calme glacial.

« Laisse-la tranquille. »

Le rire de Derek résonna dans la pièce, mais ce rire s’éteignit vite quand Gabriel sortit son téléphone et parla doucement. « J’ai besoin de deux hommes, devant le 1432 rue Harmon. Immédiatement.

»

Derek devint pâle. Il savait que cet homme n’était pas un simple citoyen. Il jeta un regard inquiet à sa sœur, puis sortit en courant de l’appartement. Gabriel regarda Scarlett, qui se tenait là, tremblante, avec les larmes qui roulaient sur ses joues.

« Pourquoi ne m’as-tu pas dit qu’il te menaçait ? » demanda-t-il. Elle secoua la tête, incapable de parler. Il attendit, mais elle resta silencieuse.

Puis il la conduisit hors de l’immeuble, la fit monter dans sa voiture. Sur le chemin du retour, le silence était pesant. C’est seulement en arrivant au manoir qu’elle osa enfin parler. Elle se tourna vers lui, les yeux rouges.

« C’est ta femme qui m’avait dit de venir ici si j’avais des problèmes. Elle m’avait dit que je pouvais te faire confiance. »

Gabriel sentit le sol se dérober sous ses pieds. Kate.

Sa femme. Elle connaissait Scarlett avant de mourir, bien mieux qu’il ne l’avait cru. Scarlett était sa protégée. Kate l’avait engagée, l’avait aidée à fuir un frère violent, et lui avait promis un avenir sûr.

« Je sais tout sur l’accident, dit Scarlett dans un souffle. Je sais que ton frère Alex était impliqué dans la mort de Kate. »

Gabriel devint blanc comme un linge. Son frère.

Alex. Le seul homme au monde qu’il pensait pouvoir croire. Pendant trois ans, il avait cherché qui avait posé la bombe sous la voiture de sa femme. Pendant trois ans, il avait fait payer des innocents, détruit des familles entières, sans jamais trouver la vérité.

Et cette vérité était là, dans la bouche de sa gouvernante. « Comment le sais-tu ? » demanda-t-il, la voix étranglée. « Parce que Kate me l’a dit la veille de sa mort.

Elle avait découvert son plan. Elle allait le dénoncer. »

Gabriel s’effondra dans un fauteuil du salon, le regard perdu. Son propre frère.

L’homme qu’il avait cru loyal. Celui qui avait organisé l’attentat pour prendre le contrôle de l’empire. Il leva les yeux vers Scarlett, dont le visage était devenu sérieux, et il prit une décision qui allait changer leur vie à tous. « Il faut que tu restes ici, dit-il.

Dans le manoir. Je m’occupe de Derek. Il ne te touchera plus jamais. »

Elle hocha la tête, hésitante.

Il vit de la peur dans ses yeux, mais aussi autre chose. Une lueur d’espoir. Il la conduisit à une des chambres d’amis, puis ferma la porte derrière lui. Dans la pénombre de son bureau, Gabriel ouvrit le tiroir de son secrétaire et sortit un vieux dossier.

L’enquête sur la mort de Kate. Il l’avait ouverte cent fois, sans jamais y trouver la vérité. Maintenant, il savait où chercher. Il composa un numéro sur son téléphone, la voix dure.

« J’ai besoin d’une rencontre avec Alex. Dis-lui que je veux parler d’affaires. »

Il raccrocha et regarda la pluie tomber par la fenêtre. Son frère croyait avoir gagné.

Il croyait que la vérité était enterrée à jamais avec Kate. Mais Gabriel savait désormais que rien n’est jamais vraiment enterré, et que la seule chose qui restait de la femme qu’il aimait se trouvait maintenant dans une chambre de son manoir, portant un enfant dont elle seule connaissait le père. Cette nuit-là, il ne dormit pas. Il resta assis, à attendre l’aube, sachant qu’au matin, il devrait croiser son frère dans les yeux et faire ce que Kate n’avait pas eu le temps de faire : le détruire.

À sept heures, Thomas entra dans le bureau avec le café. Il regarda Gabriel, étonné de le voir éveillé. « Monsieur ? »

Gabriel prit le café, mais ne but pas.

Il fixait la porte, comme s’il attendait quelqu’un. Dix minutes plus tard, la porte s’ouvrit. Alex entra avec un sourire assuré, les bras ouverts. « Mon cher frère.

Tu m’as demandé de venir, me voilà. »

Gabriel resta de marbre. Alex s’approcha, posa une main sur son épaule. « Je sais que tu as traversé des moments difficiles.

Je suis là pour toi, comme toujours. »

Gabriel regarda la main de son frère sur son épaule. Cette même main qui avait signé l’ordre d’exécution. Il se leva lentement, toisa Alex, et dit d’une voix si basse qu’elle en était presque dangereuse :

« Kate m’a parlé de toi cette nuit.

»

Le visage d’Alex se figea. Son sourire s’effaça. « Quoi ? »

« Tu as organisé l’attentat.

Elle savait. Elle me l’a dit avant de mourir. »

Alex recula d’un pas, puis tenta de rire. « Tu perds la tête, Gabriel.

Le deuil t’a brisé. »

Gabriel fit un signe de tête vers Thomas, qui s’était posté près de la porte. « Je vais te montrer ce que ça fait d’être brisé, mon cher frère. »

Il attendit que Alex tente de sortir, mais les deux hommes de Gabriel bloquaient déjà la porte.

Et dans la chambre d’amis, Scarlett entendit des voix qui résonnaient à travers le manoir, puis un cri étouffé qui la fit frissonner. Elle serra son ventre, se demandant si Gabriel tiendrait sa promesse. Au matin, une voiture noire quitta le manoir. Alex Reyz ne fut jamais revu en public.

Officiellement, il avait quitté le pays pour des affaires. En vérité, ce fut la première fois de sa vie que Gabriel s’assit à la table du manoir avec Scarlett, lui parla doucement, et se mit à reconstruire ce que la mort avait détruit. Il la regarda porter la tasse de thé à ses lèvres, puis demanda : « Qui est le père de ton enfant ? »

Elle baissa les yeux, hésita, puis les releva.

« Je vous le dirai. Mais pas aujourd’hui. »

Il hocha la tête. Il attendit encore des mois, jusqu’à ce qu’un matin de printemps, une lettre arrive au manoir.

Une lettre écrite par Kate, la veille de sa mort, et qu’elle avait confiée à Scarlett. Gabriel l’ouvrit, les mains tremblantes, et lut les premiers mots :

« Mon amour, si tu lis ces lignes, c’est que je ne suis plus là. Il y a une chose que je dois te dire. C’est toi, avant le bébé, qui me connaissais le mieux.

Et c’est à lui que je confie mon secret. »

Gabriel s’arrêta. Le prénom d’une personne était écrit à la suite de ces mots. Une personne qui avait désormais une raison de se venger, et qui vivait sous son toit.

Une personne dont le nom allait ébranler ce qui restait de sa vie.