Le 20 mai 1866, sur le Rio Paraguay, une escadre brésilienne remonte le courant pendant plus de deux heures. Elle lance plus de 660 munitions lourdes sur le fort de Curupayty et l’ensemble de ses défenses. Mais les tirs ne suffisent pas à faire tomber les positions paraguayennes, et l’effort, bien que courageux, reste inefficace. Depuis 1864, la guerre de la Triple Alliance, aussi appelée guerre du Paraguay, déchire l’Amérique du Sud.

C’est le conflit le plus long et le plus meurtrier du XIXe siècle sur le continent. Le Paraguay, dont le territoire s’étend autour de la capitale Asunción et le long des fleuves, se défend farouchement contre les armées du Brésil, de l’Argentine et de l’Uruguay. Les fleuves sont l’enjeu central. Les deux camps savent que celui qui contrôle le réseau fluvial contrôle la région.
Mais s’emparer des berges, cela demande des moyens marins et terrestres, pour casser les défenses adverses et approvisionner les troupes sur la durée. Or, former des marins, c’est long et cela coûte cher. Le Paraguay bénéficie presque tout au long du conflit de la supériorité sur ses rivières, avec des navires rapides et adaptés. Le Brésil, lui, doit renforcer sa marine pour forcer le passage.
Les hommes de plus de quinze ans, environ trente mille, ne représentent que vingt pour cent de la population paraguayenne. C’est une guerre totale, où chaque ressource compte. Après l’échec de l’assaut naval, les Alliés comprennent qu’il faut une stratégie différente. La guerre s’enlise dans les marais, les îles et les canaux.
Les soldats souffrent du ravitaillement insuffisant, des maladies et de la fatigue. Mais malgré les pertes, le conflit continue, porté par la haine grandissante des troupes brésiliennes envers leurs propres élites impériales, qui leur ont imposé cette guerre sanglante. La guerre du Paraguay devient ainsi une leçon amère sur la puissance des fleuves : à la fois terrain de bataille, obstacle insurmontable et voie d’invasion.


