On avait passé des mois à préparer l’attaque. Des centaines de milliers d’obus, des kilomètres de tranchées, des plans minutieux. Et pourtant, le 25 septembre, quand l’infanterie est sortie, j’ai…

On avait passé des mois à préparer l'attaque. Des centaines de milliers d'obus, des kilomètres de tranchées, des plans minutieux. Et pourtant, le 25 septembre, quand l'infanterie est sortie, j'ai...

Le 25 septembre 1915, à 9h15, l’artillerie française allonge son tir. L’infanterie sort des tranchées. Après trois jours de bombardement, les soldats avancent sur un front de 25 kilomètres en Champagne. Mais les Allemands ont eu le temps de se préparer.

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Leurs blockhaus résistent, leurs barbelés sont à peine entamés. Les vagues d’assaut se brisent sur les nœuds de résistance. La Main de Massiges ne tombe qu’en fin de journée, après des heures de combat. La butte du Mesnil, le bois Jaune, la ferme des Wacques : chaque position coûte des centaines de vies.

À la nuit, les Français ont gagné du terrain, mais leur ligne est irrégulière, creusée de saillants et de poches de résistance. Ils ont réussi à déstabiliser la IIIe armée allemande, qui envisage un moment de se replier. Mais les renforts allemands arrivent déjà. Dans les jours qui suivent, l’avancée se grippe.

La deuxième armée française n’avance presque plus. La quatrième doit gérer des saillants de plus en plus dangereux. Le 28 septembre, une brèche s’ouvre pourtant : la tranchée des Tentes est prise. Neuf régiments sont envoyés pour l’élargir.

Mais l’attaque est mal coordonnée. Les Allemands créent une nouvelle tranchée plus au nord, appuyée par l’artillerie et les mitrailleuses. Dans la nuit du 29 au 30, la brèche est refermée. L’offensive s’arrête le 30 septembre.

Les Français ont avancé de quelques centaines de mètres à quatre kilomètres. Les pertes sont lourdes : environ 140 000 hommes de chaque côté. Mais ils ont fait 25 000 prisonniers et pris 150 canons. Surtout, ils ont appris.

La préparation d’artillerie massive, l’élargissement du front, l’organisation logistique : tout cela a permis une avancée inédite depuis le début de la guerre. L’état-major en tire des leçons. L’artillerie conquiert, l’infanterie occupe. La bataille de 1915 devient la matrice de la guerre moderne.

Mais cette victoire tactique repose sur un immense effort en amont. Pour que les canons tirent, il faut des obus, des artilleurs, des chevaux, des camions, des trains. Il faut des usines qui produisent, des femmes qui travaillent à la chaîne, des ingénieurs qui conçoivent des pièces adaptées. Il faut des services de renseignement, des ballons d’observation, des avions de reconnaissance.

Il faut des états-majors qui organisent, des gares régulatrices qui stockent, des stations magasins qui approvisionnent. L’artillerie lourde sur voie ferrée, les mortiers de tranchée, les crapouillots : tout un arsenal hétéroclite est déployé pour répondre aux besoins du front. Le canon de 75, si performant en 1914, se révèle inadapté en 1915. Il tire trop plat, ne peut pas atteindre les tranchées ennemies.

Les obus défectueux explosent trop tôt ou pas du tout. Au printemps 1915, plus de canons français sont détruits par leurs propres munitions que par les tirs allemands. L’industrie doit se réorganiser. L’usine Citroën, sur le quai de Javel, produit 5 000 obus par jour dès l’été 1915.

Les batteries sont réorganisées, les commandements clarifiés. Mais tout cela ne suffit pas. L’opérabilité, c’est la capacité d’un matériel à remplir sa mission dans un environnement donné. Un canon, même excellent, ne sert à rien sans obus, sans artilleurs formés, sans logistique, sans renseignement.

C’est un système complet qui doit être pensé en amont. La bataille de Champagne en est l’illustration parfaite. Les Français ont appris à organiser la guerre, mais ils ont encore du mal à la gagner. L’offensive s’arrête, les leçons sont tirées.

La guerre continue, et avec elle, l’adaptation permanente.