Le hantavirus, un virus dont les origines remontent Ă la guerre de CorĂ©e, reste un mystère pour la communautĂ© scientifique. Alors que les autoritĂ©s sanitaires scrutent une souche particulière, celle du MV Hondus, l’épidĂ©mie de hantavirus soulève de nombreuses questions. Que savons-nous aujourd’hui sur sa transmission, son incubation et ses symptĂ´mes ? Pour rĂ©pondre Ă ces interrogations, Sciences et Avenir a interrogĂ© le Pr Antoine Flahault, Ă©pidĂ©miologiste et directeur de l’Institut de santĂ© globale Ă la FacultĂ© de mĂ©decine de l’UniversitĂ© de Genève.

Qu’est-ce que l’hantavirus et comment se transmet-il ?
L’hantavirus est un virus zoonotique, c’est-Ă -dire qu’il peut ĂŞtre transmis des animaux aux humains. Les premières traces de ce virus ont Ă©tĂ© observĂ©es pendant la guerre de CorĂ©e (1950-1953), oĂą des soldats de l’ONU ont dĂ©veloppĂ© une forme de fièvre hĂ©morragique. Bien que le hantavirus soit connu depuis plusieurs dĂ©cennies, il reste difficile Ă cerner en raison de la diversitĂ© de ses souches, qui varient selon leur mode de transmission, leur incubation et leur gravitĂ©.
Le hantavirus en général est principalement transmis par l’inhalation de particules virales contenues dans l’urine, les excréments ou la salive des rongeurs infectés. Ces derniers, principalement des rats et des souris, sont les hôtes naturels du virus. Le contact direct avec des rongeurs vivants ou leurs excréments, notamment dans des espaces confinés ou mal ventilés, constitue le principal mode de transmission.
Cependant, le cas récent du MV Hondus, un navire de croisière néerlandais où plusieurs passagers ont été contaminés, soulève une nouvelle question : peut-on contracter le hantavirus d’une personne infectée ? Pour le moment, les informations sont contradictoires, et les experts restent prudents sur le sujet. Selon le Pr Flahault, bien que la transmission interhumaine soit théoriquement possible, elle n’a pas été observée de manière fréquente, et des études sont en cours pour déterminer si cette souche particulière pourrait se transmettre entre humains.
Les symptômes : un virus aux manifestations variées
Une fois contaminé, le virus peut provoquer deux formes principales de maladies : le syndrome pulmonaire à hantavirus (SPH) et la fièvre hémorragique avec syndrome rénal (FHSR).
Les symptômes du SPH apparaissent généralement entre une et quatre semaines après l’exposition au virus. Le patient commence par ressentir une forte fièvre, des douleurs musculaires et des symptômes de type grippal. Au bout de quelques jours, la maladie progresse vers une atteinte respiratoire sévère, avec une accumulation de liquide dans les poumons. Dans certains cas graves, le SPH peut entraîner une défaillance multi-organes et la mort.
De son côté, la FHSR, qui est plus courante pour les souches européennes, affecte principalement les reins. Les symptômes incluent fièvre, douleurs abdominales et céphalées, et peuvent évoluer vers des troubles rénaux sévères. Si elle n’est pas traitée, la FHSR peut entraîner une insuffisance rénale aiguë.
Les cas observés sur le MV Hondus correspondent à la forme sévère du SPH, mais les scientifiques soulignent que l’évolution du virus chez les personnes infectées varie énormément en fonction de plusieurs facteurs, notamment l’âge, l’état général de santé et la souche en question.
La période d’incubation : un facteur clé difficile à cerner
L’une des principales difficultĂ©s avec le hantavirus rĂ©side dans sa pĂ©riode d’incubation. En fonction de la souche, cette pĂ©riode peut aller de quelques jours Ă plusieurs semaines. Pour la souche Andes, responsable de l’épidĂ©mie Ă bord du MV Hondus, la pĂ©riode d’incubation n’est pas encore clairement dĂ©finie. Si la transmission humaine de cette souche est confirmĂ©e, il est essentiel d’étudier la durĂ©e de l’incubation entre l’exposition et les premiers symptĂ´mes afin de mieux comprendre comment et quand le virus se propage.
Les chercheurs ont observé que les premiers symptômes du hantavirus surviennent souvent après une période silencieuse, ce qui rend le diagnostic difficile en phase initiale. Les personnes contaminées peuvent être porteuses du virus sans présenter de symptômes immédiats, ce qui complique les mesures de prévention et le suivi des cas.
La souche Andes et son impact sur l’épidémie
La souche Andes, identifiée comme étant à l’origine de l’épidémie à bord du MV Hondus, est particulièrement surveillée en raison de son potentiel de transmission entre humains. Jusqu’à présent, les experts n’ont pas observé de transmissions interhumaines massives, mais des cas isolés ont suscité des préoccupations. Les recherches se poursuivent pour établir avec précision les risques associés à cette souche et son comportement en conditions naturelles.
Le Pr Flahault explique que bien que des mesures préventives telles que la ventilation adéquate des espaces et la protection contre le contact avec des rongeurs soient efficaces, les aspects de la transmission interhumaine restent flous. Les autorités sanitaires continuent de suivre de près la situation à bord du MV Hondus pour en apprendre davantage sur la propagation du virus et les dynamiques de transmission entre individus.
Ce que l’on sait des traitements et des mesures de prĂ©vention
Actuellement, il n’existe pas de traitement antiviral spĂ©cifique pour le hantavirus. Les traitements se concentrent principalement sur les soins de soutien, notamment l’hydratation et l’assistance respiratoire pour les cas les plus graves. Dans les cas de FHSR, la dialyse rĂ©nale peut ĂŞtre nĂ©cessaire. Cependant, les recherches sur des antiviraux ciblant le hantavirus sont en cours, et de nouveaux mĂ©dicaments pourraient voir le jour dans les prochaines annĂ©es.
La prévention repose avant tout sur des mesures d’hygiène rigoureuses pour éviter le contact avec les rongeurs et leurs excréments. La mise en quarantaine des espaces infestés, l’utilisation de produits de désinfection et l’amélioration des conditions de vie en milieu clos sont des éléments cruciaux pour limiter les risques de propagation du virus.
Le Pr Flahault souligne qu’une meilleure connaissance des diffĂ©rentes souches de hantavirus, ainsi que de leur comportement en fonction de l’environnement et des conditions humaines, est essentielle pour le contrĂ´le et la prĂ©vention de futures Ă©pidĂ©mies.
En conclusion : un virus à surveiller de près
L’épidĂ©mie de hantavirus sur le MV Hondus a mis en lumière plusieurs aspects encore mal compris de ce virus. Alors que la souche Andes continue de faire l’objet de recherches approfondies, il est essentiel de mieux comprendre ses mĂ©canismes de transmission, ainsi que ses effets Ă long terme sur les individus infectĂ©s.
Bien que la transmission humaine de cette souche semble peu fréquente, l’émergence de nouveaux cas et la découverte de transmissions possibles nécessitent une vigilance constante. Les scientifiques continuent de travailler sur des traitements et des stratégies de prévention, tout en surveillant de près l’évolution de la situation.
Le hantavirus, bien que moins médiatisé que d’autres virus émergents, reste une menace potentielle qui requiert une attention soutenue de la part des chercheurs, des autorités sanitaires et du public.

