Hermann Göring : du héros de guerre au principal accusé de Nuremberg
Hermann Göring fut pendant une grande partie du Troisième Reich le personnage le plus puissant après Adolf Hitler. Commandant de la Luftwaffe, président du Reichstag, ministre-président de Prusse, responsable du Plan de quatre ans et successeur désigné du Führer, il participa à presque toutes les étapes essentielles de la construction de la dictature. Son parcours ne peut cependant pas être réduit à celui d’un simple opportuniste dépourvu de convictions. Son ambition personnelle, son goût du luxe et son désir de pouvoir se combinaient avec une adhésion durable au national-socialisme, à l’expansion militaire allemande et à la persécution raciale.
Le titre L’Héritage sombre d’Hermann Göring : du pouvoir à l’anéantissement ne correspond pas clairement à un documentaire historique identifiable dans les catalogues consultés. Il peut s’agir d’un titre de diffusion ou d’une adaptation destinée à Internet. En l’absence d’informations sur la production et l’origine des archives, il est préférable de ne pas présenter ses images comme des documents inédits.
Göring naquit en 1893 dans une famille liée à l’administration impériale allemande. Pendant la Première Guerre mondiale, il devint pilote de chasse, reçut les plus hautes décorations militaires allemandes et termina le conflit comme l’un des aviateurs les plus connus du pays. Ce prestige lui donna plus tard une respectabilité dont le mouvement nazi, encore dominé par des militants de rue, avait besoin.
En novembre 1922, après avoir entendu Hitler prononcer un discours à Munich, Göring rejoignit le Parti nazi. En mars 1923, il prit le commandement de la SA, alors encore relativement peu nombreuse. Hitler appréciait son expérience militaire, sa renommée d’ancien pilote et ses relations avec les milieux conservateurs.
Le 9 novembre 1923, Göring marcha aux côtés d’Hitler lors du putsch de la Brasserie. Grièvement blessé, il échappa à l’arrestation et quitta l’Allemagne. Il séjourna en Autriche, en Italie puis en Suède. Les traitements reçus pour sa blessure entraînèrent une dépendance aux opiacés qui nécessita plusieurs périodes de soins. Il ne revint en Allemagne qu’après l’amnistie accordée aux réfugiés politiques en 1927.
En 1928, Göring fut élu au Reichstag. Il devint pour Hitler un intermédiaire précieux avec les élites économiques, militaires et aristocratiques. Son allure d’ancien officier décoré permettait au NSDAP de présenter un visage plus respectable que celui de ses troupes paramilitaires. En 1932, après la progression électorale du parti, il accéda à la présidence du Reichstag.
Lorsque Hitler fut nommé chancelier le 30 janvier 1933, Göring reçut un poste au gouvernement et prit le contrôle du ministère prussien de l’Intérieur. Il autorisa rapidement l’intégration de membres de la SA et de la SS comme policiers auxiliaires. Il demanda aux forces de l’ordre de combattre les opposants avec une violence extrême et revendiqua publiquement la responsabilité des tirs policiers.
L’incendie du Reichstag, dans la nuit du 27 au 28 février 1933, fournit au nouveau régime l’occasion de suspendre les libertés fondamentales, d’arrêter des milliers d’adversaires et de neutraliser le Parti communiste. Göring joua un rôle central dans cette répression. Aucune preuve concluante ne permet toutefois d’affirmer qu’il avait lui-même organisé l’incendie. L’élément historiquement établi est l’exploitation politique immédiate de l’événement par le gouvernement nazi.
Le 26 avril 1933, Göring annonça la création en Prusse de l’Office de la police secrète d’État, qui devint la Gestapo. Sa mission première était l’élimination des adversaires politiques du national-socialisme. Des personnes furent arrêtées sans jugement et envoyées dans les premiers camps établis sous l’autorité prussienne.
Göring contribua donc directement à la formation de l’État policier. Il ne conserva cependant pas durablement le contrôle de la Gestapo. En 1934, il conclut une alliance avec Heinrich Himmler et lui transféra progressivement l’appareil de police politique. Sous Himmler et Reinhard Heydrich, celui-ci fut ensuite intégré à un système national beaucoup plus vaste de surveillance, de déportation et de terreur.
Cette alliance joua un rôle important lors de la purge de la SA, entre le 30 juin et le 2 juillet 1934. Hitler, Göring, Himmler et Heydrich firent arrêter et tuer Ernst Röhm, plusieurs cadres de la SA et d’autres adversaires réels ou supposés. Göring supervisa notamment une partie des opérations à Berlin. Les exécutions furent menées sans procédure judiciaire et légalisées rétroactivement comme actes de défense de l’État.
Après la purge, Göring devint l’un des principaux bénéficiaires de la consolidation du régime. Il fut nommé commandant en chef de la Luftwaffe en 1935, puis responsable du Plan de quatre ans en 1936. Cette dernière fonction lui donna une influence considérable sur l’industrie, les matières premières, les devises, l’armement et la préparation économique de la guerre. Entre 1937 et 1941, il exerça un pouvoir presque dictatorial sur une grande partie de l’économie allemande.
Son rôle dans les persécutions antijuives ne fut ni secondaire ni simplement opportuniste. Après le pogrom de novembre 1938, Göring présida une conférence interministérielle consacrée à l’exclusion des Juifs de la vie économique. Sous son autorité, le régime imposa à la population juive une amende collective d’un milliard de Reichsmarks, confisqua des indemnités d’assurance et accéléra le transfert forcé des entreprises à des propriétaires dits « aryens ».
Au cours de cette réunion, Göring manifesta moins d’indignation devant les violences que d’irritation face aux pertes économiques provoquées par les destructions. Il déclara qu’il aurait préféré davantage de morts juifs à la destruction de biens utiles. Ce propos montre que sa préoccupation économique ne modérait pas son antisémitisme; elle déterminait seulement la forme que devait prendre la persécution.
En janvier 1939, Göring autorisa Heydrich à établir un Bureau central du Reich pour l’émigration juive. Son objectif était de coordonner l’expulsion forcée des Juifs tout en les dépouillant de leurs biens. Le 31 juillet 1941, il chargea de nouveau Heydrich de préparer les mesures administratives nécessaires à une solution générale de la « question juive » dans la zone contrôlée par l’Allemagne. Ce mandat devint l’un des principaux documents administratifs liés à la préparation de la « Solution finale ».
Göring ne dirigea pas personnellement les fusillades de masse ni les centres de mise à mort. Ces opérations furent principalement organisées par Himmler, Heydrich, le RSHA et les SS. Mais son rang, ses ordres, son autorité économique et son rôle de coordinateur des politiques antijuives rendent sa prétendue absence de responsabilité impossible à soutenir. Le Tribunal de Nuremberg conclut qu’il avait participé au programme d’oppression raciale en Allemagne et dans les territoires occupés.
Comme responsable du Plan de quatre ans, Göring dirigea également le pillage économique des pays conquis. Il organisa l’exploitation des matières premières, des produits agricoles et de l’industrie des territoires occupés. Des millions de travailleurs étrangers furent contraints de travailler pour l’économie allemande, y compris dans les usines liées à la Luftwaffe. À Nuremberg, Göring reconnut lui-même l’emploi de cette main-d’œuvre forcée.
Sa collection d’art constituait l’un des exemples les plus visibles de cet enrichissement. À Carinhall, sa résidence au nord de Berlin, Göring rassembla plus de deux mille objets, dont plus de treize cents tableaux. Il utilisa des marchands, des agents et les services du régime chargés de confisquer les collections appartenant notamment à des familles juives françaises.
Le chiffre d’environ 21.000 œuvres parfois associé à Göring correspond en réalité à l’ensemble des objets enregistrés comme pillés par l’Einsatzstab Reichsleiter Rosenberg entre 1941 et 1944. Göring obtint une part importante de ces biens, mais il ne les conserva pas tous personnellement. Les archives américaines évaluent sa collection propre à plus de deux mille pièces, dont près de la moitié provenaient de personnes considérées comme ennemies du régime.
Sur le plan militaire, la réputation de Göring atteignit son sommet après les victoires allemandes de 1939 et 1940. Hitler le nomma Reichsmarschall en juillet 1940. Mais l’incapacité de la Luftwaffe à vaincre la Royal Air Force pendant la bataille d’Angleterre porta un premier coup majeur à son prestige.
La situation s’aggrava sur le front soviétique. Göring assura que la Luftwaffe pouvait ravitailler la 6e armée encerclée à Stalingrad. Les capacités aériennes disponibles étaient très inférieures aux besoins, et le pont aérien échoua. Après la destruction de l’armée de Friedrich Paulus et l’intensification des bombardements alliés sur l’Allemagne, Hitler critiqua de plus en plus ouvertement son ancien successeur.
À partir de 1943, Göring perdit une grande partie de son influence politique auprès de Hitler, sans perdre immédiatement ses titres, ses résidences ni son train de vie. Les récits décrivant ses uniformes extravagants, ses bijoux, ses fêtes et ses longues périodes passées à Carinhall reposent sur de nombreux témoignages. Ils ne doivent toutefois pas masquer le fait qu’il continua à diriger la Luftwaffe et à participer au gouvernement jusqu’aux dernières semaines de la guerre.
Le 23 avril 1945, alors que Hitler était encerclé à Berlin, Göring lui envoya un télégramme depuis l’Obersalzberg. Il demanda si, conformément aux dispositions antérieures sur la succession, il devait prendre la direction du Reich si Hitler n’était plus libre d’agir. Martin Bormann présenta ce message comme une tentative de prise de pouvoir. Hitler réagit en retirant à Göring toutes ses fonctions, en l’excluant du parti et en ordonnant son arrestation.
Göring fut détenu par les SS, puis libéré par des membres de la Luftwaffe lors de l’effondrement final. Il chercha à entrer en contact avec les commandants occidentaux, espérant être traité comme un chef d’État ou un interlocuteur militaire. Il se rendit finalement aux forces américaines au début du mois de mai 1945.
À Nuremberg, Göring fut l’accusé le plus important présent dans le box. Il contesta la légitimité du tribunal, défendit de nombreuses politiques du régime et tenta de se présenter comme un dirigeant responsable des actes officiels de l’État, mais étranger aux massacres secrets. Il n’exprima pas de remords clair pour les victimes et chercha souvent à dominer les interrogatoires par son assurance et sa maîtrise du dossier.
Le Tribunal le reconnut coupable des quatre chefs d’accusation : complot, crimes contre la paix, crimes de guerre et crimes contre l’humanité. Le jugement le décrivit comme le principal moteur de la politique d’agression après Hitler, ainsi que comme l’un des organisateurs de l’exploitation économique, du travail forcé et de la persécution raciale. Il fut condamné à mort par pendaison.
Dans la nuit du 15 au 16 octobre 1946, quelques heures avant l’exécution, Göring brisa une capsule de cyanure dans sa bouche et mourut dans sa cellule. La manière exacte dont il avait conservé ou obtenu le poison n’a jamais été établie avec certitude. Des enquêtes et témoignages ultérieurs ont proposé plusieurs explications contradictoires.
Son corps fut incinéré avec ceux des condamnés exécutés. Les cendres furent dispersées dans un affluent de l’Isar afin qu’aucune tombe ne puisse devenir un lieu de rassemblement pour les nostalgiques du national-socialisme.
L’histoire de Göring n’est donc pas celle d’un homme étranger à l’idéologie qui aurait seulement utilisé le nazisme pour satisfaire son goût du luxe. Elle est celle d’un dirigeant qui associa ambition personnelle, fidélité politique, violence institutionnelle, antisémitisme, guerre d’agression et enrichissement par le pillage. Sa théâtralité et sa décadence ne doivent pas détourner l’attention de sa responsabilité concrète dans la construction et le fonctionnement de l’État criminel nazi.



