Je n’oublierai jamais ce que j’ai découvert en ouvrant ce document au musée : le fusil que l’on m’avait présenté comme obsolète, capable à peine de percer vingt-trois millimètres d’acier, était…

Je n’oublierai jamais ce que j’ai découvert en ouvrant ce document au musée : le fusil que l’on m’avait présenté comme obsolète, capable à peine de percer vingt-trois millimètres d’acier, était...

Les salles du musée de l’Armée résonnent encore des histoires de guerre, et aujourd’hui, je vous emmène à la découverte des cinq armes anti-char portatives de la Seconde Guerre mondiale, classées de la moins redoutable à la plus terrifiante, à cent mètres d’un blindé ennemi. Tout commence avec l’apparition des chars pendant la Première Guerre mondiale, qui bouleverse l’art de la guerre. Face aux blindés français et anglais, l’armée allemande doit inventer une réponse. Elle utilise d’abord des canons de campagne, puis crée un fusil anti-char, le Mauser, qui tire une cartouche de gros calibre de 13,2 mm.

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Mais quand la Seconde Guerre mondiale éclate, les blindages s’améliorent, et chaque armée doit s’adapter, cherchant sans cesse de nouvelles armes pour percer l’acier. Certaines sont déjà obsolètes en 1939, d’autres vont révolutionner le combat. En cinquième position, on trouve le fusil Boys Mark 1. Conçu par le capitaine Boys à partir de 1937, un ingénieur de la Royal Small Arms Factory à Enfield, cette arme pèse seize kilos, mesure 1,67 mètre et tire une munition de 13,9 mm, l’équivalent du calibre .

55. À cent yards, soit un peu moins de cent mètres, il perce vingt-trois millimètres de blindage. C’est une arme efficace, mais uniquement contre les blindés légers. On la retrouve surtout au début du conflit, pendant la campagne de France et en Tunisie.

La version que je vous présente ici est celle modifiée en 1943, fabriquée par John Inglis à Toronto, au Canada. À cause de son fort recul, elle est équipée d’un coussin amortisseur sur la crosse, d’un appui-joue pour le tir, et d’un système de mise à feu et de sécurité. Le tir s’effectue avec les lignes de mire, et l’armement est classique. Mais l’inconvénient majeur, c’est le recul et surtout une détonation puissante qui trahit immédiatement la position du tireur.

On retrouve cette arme dans beaucoup de jeux vidéo, utilisée contre l’infanterie, mais rarement contre les blindés, tant elle est dépassée. En quatrième position, on retrouve un autre fusil anti-char, le PTRS-41. Développé à partir de 1938 par Vassili Simonov, c’est une arme très longue, de deux mètres, qui pèse vingt et un kilos et tire une munition de 14,5 × 114 mm. Sa particularité, c’est son chargeur amovible de cinq cartouches.

Il est le concurrent direct du fameux PTRD-41, développé par Sergueï Dektarev. Ces armes entrent en service à partir de 1941, lors de l’invasion de l’Union soviétique par les troupes allemandes. Le PTRS-41 est capable de percer quarante millimètres de blindage à cent mètres, ce qui en fait une arme assez efficace contre les blindés légers, notamment les premiers Panzer II utilisés pendant l’opération Barbarossa, et même les premiers Panzer III, qui n’ont pas encore reçu leur blindage supplémentaire. Mais par rapport au PTRD-41, le système semi-automatique du PTRS a tendance à s’enrayer ou à s’encrasser.

Il est conçu presque comme un fusil Tokarev, avec une crosse en bois, un magasin amovible de cinq cartouches et un levier d’armement. Comme toutes les armes de cette catégorie, il possède un bipied, et au bout de ces deux mètres d’acier, un frein de bouche rond, presque identique à celui du Boys Mark 1 britannique. Il fallait généralement deux hommes pour le servir : un tireur et un pourvoyeur. Cette arme sera utilisée pendant toute la guerre, mais, chose curieuse, on la retrouvera aussi entre les mains de séparatistes prorusses pendant la guerre du Donbass, entre 2014 et 2022.

La munition de 14,5 mm est encore en service dans les troupes russes, utilisée dans certaines mitrailleuses lourdes ou dans des véhicules blindés légers comme les BTR-60 ou BTR-80. On utilise donc encore cette arme au 21e siècle, ce qui est assez étonnant. Après ces deux fusils, on passe à des armes bien plus redoutables, grâce à l’utilisation de la charge creuse. Cette technologie apparaît à partir de 1943 et repose sur un principe particulier : dans un explosif, on utilise une forme conique, et au moment de l’explosion, cela forme un jet de métal en fusion à très haute vitesse, capable de percer les blindages les plus épais.

Vous découvrirez dans le top 1 l’arme capable de percer cent soixante millimètres de blindage à cent mètres. La charge creuse va rendre totalement obsolètes le fusil Boys et le PTRS-41. En troisième position, je vous présente l’iconique lance-roquettes M1A1, dit « bazooka ». Savez-vous d’où vient ce terme ?

Il provient d’un instrument de musique conçu par l’artiste américain Bob Burns. Un soir, il a soufflé dans un tube de gaz, a trouvé le son intéressant, l’a modifié et a baptisé son nouvel instrument « bazooka ». L’arme est assez simple : un tube de 1,37 mètre, d’un calibre de 60 mm, pesant six kilos, donc relativement léger à porter. Il tire une roquette de 1,6 kilo, à charge creuse, qui est redoutable.

Le tireur se met en position, couché, à genoux ou debout. Il y a un système de visée et une mise à feu électrique. La crosse contient deux piles, dans cette partie en bois. Le pourvoyeur introduit la roquette par l’arrière, la fixe, puis tire un fil pour la mise à feu électrique qui se met sur un ressort.

Une fois la roquette en place, ce fil se dégage et peut taper sur l’épaule ou le casque du tireur. Il ne reste plus qu’à appuyer sur la détente. Il ne faut surtout pas que le pourvoyeur se place derrière, car une longue flamme s’échappe par l’arrière. C’est une arme très efficace, capable de percer entre soixante-quinze et cent millimètres de blindage, ce qui lui permet généralement de détruire des véhicules blindés.

On peut la voir dans la série *Band of Brothers*, lorsque l’unité de parachutistes détruit un chasseur de chars ennemi. Le modèle que je vous présente est le M1A1, arrivé en juillet 1943, qui se caractérise par la suppression de la poignée avant par rapport au modèle précédent. La mise à feu se fait sur des ressorts, et vous avez ici un exemple de roquette tirée par le bazooka, avec son empennage et son fil électrique. Le contact électrique se fait probablement avec ce bouton.

On appuie, et c’est parti. En deuxième position, on trouve une arme aussi étrange qu’efficace : le PIAT. Relativement compact, il mesure 99 centimètres, pèse 14,5 kilos et tire un projectile de 89 mm, la bombe Mark 1 à charge creuse. Cette arme particulière remplace le fusil Boys, devenu obsolète face aux blindages allemands de plus en plus épais, notamment avec l’arrivée des Panthers et des Tigres.

Son système de mise à feu est curieux : le tireur doit déverrouiller la crosse à l’arrière, puis la tirer, souvent avec l’aide de ses pieds, pour tendre un gros ressort. Le pourvoyeur introduit ensuite la bombe dans la partie avant du PIAT, qui signifie « Projector, Infantry, Anti-Tank ». Au moment du tir, une tige métallique, le « spigot », s’enfonce dans l’arrière de la bombe pour la propulser. Cette arme ne s’utilise qu’entièrement couché, mais elle a la particularité de percer cent millimètres de blindage à cent mètres, ce qui en fait un outil redoutable contre les chars allemands.

Conçu en 1942 et mis en service à partir de 1943, on retrouve le PIAT sur la plupart des théâtres d’opérations, notamment pendant la bataille de Normandie, qui fut un véritable combat contre les blindés. Plusieurs Victoria Cross, la plus haute distinction britannique, ont d’ailleurs été attribuées à des tireurs de PIAT pour avoir détruit des chars allemands. On peut aussi le voir dans le film *Un pont trop loin*. Et enfin, en numéro un de notre top 5, le Panzerschreck, la terreur des chars.

Avant de continuer, pensez à vous abonner à la chaîne du musée de l’Armée pour continuer à découvrir les objets de nos collections. Le Panzerschreck, officiellement le 8,8 cm Raketenpanzerbüchse 54, est conçu à la fin de l’année 1943. Curieusement, il est développé à partir du bazooka américain récupéré pendant la campagne de Tunisie. Les Allemands reprennent le même principe : un tube de 1,67 mètre, d’un calibre de 88 mm, pesant neuf kilos à la base.

On y ajoute un bouclier, ce qui porte le poids à onze kilos. Ce bouclier est nécessaire, car au départ du coup, la roquette de 88 mm, qui est une charge creuse, continue de brûler et projette des flammes sur deux à trois mètres. Pour protéger le tireur, on a donc ajouté ce bouclier. C’est l’arme la plus redoutable contre les blindés alliés, capable de percer cent soixante millimètres de blindage à cent mètres, ce qui en fait vraiment l’arme la plus efficace de ce top 5.

On la retrouve dans la plupart des jeux vidéo. Le pourvoyeur introduit la roquette par l’arrière du tube, où elle se bloque. Il y a un boîtier et un système de mise à feu électrique, avec deux poignées : une pour la partie électrique, une pour le tir. À l’origine, cette arme ne possède pas le bouclier, et le tireur porte une combinaison de protection spéciale.

Le bouclier n’est ajouté qu’en 1944, comme sur le bazooka américain. La flamme qui s’échappe par l’arrière est très importante, et il est impossible d’utiliser ces armes en milieu confiné, contrairement à ce que montrent certains films. J’espère que ce top 5 des armes anti-char vous a plu, et vous pourrez retrouver ces différentes armes dans les salles de la Seconde Guerre mondiale du musée de l’Armée.