Le jour où le roi de Sparte a décidé de tout changer, il a d’abord fait exécuter ceux qui lui faisaient obstacle, puis il a promis aux pauvres de leur rendre leurs terres en échange de leur…

Le jour où le roi de Sparte a décidé de tout changer, il a d’abord fait exécuter ceux qui lui faisaient obstacle, puis il a promis aux pauvres de leur rendre leurs terres en échange de leur...

« J’ai une idée : j’allonge encore la sarisse. » Il le voyait venir depuis le début. Sept mètres, c’était déjà long, mais si leurs adversaires en avaient une de huit, ils prenaient l’avantage. Il fallait être les premiers.

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Son conseiller, lui, trouvait que ça devenait n’importe quoi. Il proposait d’innover sur l’organisation des troupes, les armes, la motivation des soldats. Trop compliqué. On allongeait la sarisse.

C’était la solution. Aujourd’hui, nous poursuivons notre série sur les phalanges macédoniennes avec leur âge d’or hellénistique. Un saut d’un siècle après les diadoques. De nouvelles puissances ont adopté le modèle macédonien et l’ont adapté selon leurs besoins.

Pour illustrer cela, nous parlons de la bataille de Sellasie, en 222 avant notre ère, qui opposa les nouvelles troupes spartiates de Cléomène à l’alliance entre la ligue achéenne et le royaume de Macédoine. Contrairement aux époques précédentes, nous avons des sources solides, notamment Polybe, qui a personnellement connu les phalanges macédoniennes. Le père de Polybe a même connu des témoins directs de la bataille. On a donc une image assez fiable, même si imparfaite.

Mais avant d’entrer dans le vif du sujet, il faut planter le décor à plusieurs échelles. Dans les années 280-270, le monde hellénistique s’est stabilisé. En 230-220, trois grandes entités dominent l’est méditerranéen : le royaume séleucide, le royaume lagide d’Égypte et la Macédoine antigonide. À l’ouest, Rome vient de gagner la première guerre punique contre Carthage, mais elle n’est pas encore notre sujet.

Nous nous intéressons à la Grèce. On y trouve quatre acteurs principaux : la Macédoine, la Confédération étolienne, Sparte et la Confédération achéenne. Ces deux dernières se disputent le contrôle du Péloponnèse, surtout depuis l’intégration de Mégalopolis dans la confédération achéenne. Sparte est alors sur le déclin.

Un corps civique réduit à peau de chagrin, un conservatisme bien ancré. Jusqu’à l’arrivée de Cléomène III. Rappelons que Sparte est une dyarchie, avec deux rois, mais Cléomène va tout bouleverser, en politique intérieure comme extérieure. Au point que la guerre qui porte son nom, la guerre cléoménique, va l’opposer à la ligue achéenne.

En 229, Argos rejoint la Confédération achéenne, mais les Étoliens cèdent à Sparte quatre cités stratégiques : Tégée, Mantinée, Orchomène et Caphyes. Cela isole Mégalopolis. Quand Cléomène envahit son territoire, la ligue achéenne lui déclare la guerre. Pour suivre le fil, il est essentiel de passer par certaines étapes clés.

En 227, la bataille de Ladocée est une victoire spartiate. Fort de ce succès, Cléomène rentre à Sparte et lance ce qu’on appelle la révolution cléoménique. Il fait exécuter les éphores, les puissants magistrats de la cité, sauf un qui parvient à s’échapper. Il instaure une tyrannie de fait, mais surtout, il mène une réforme sociale radicale.

Officiellement, il veut revenir à la constitution originelle de Sparte pour redonner sa vitalité à la cité. Il élargit le corps civique de quelques centaines à quatre mille citoyens. C’est crucial, car c’est ce corps qui fournit les soldats. Sparte manquait d’hommes pour sa formation principale.

Il puise également chez les périèques, ces habitants sans pouvoir politique, pour grossir les rangs. Pour permettre aux nouveaux Spartiates de financer leur armement, il abolit les dettes et redistribue les terres, auparavant concentrées entre quelques mains. Mais surtout, il arme ses troupes à la macédonienne. Cent dix ans après Chéronée, c’est un renversement majeur.

Fort de cet outil militaire neuf, Cléomène continue de l’emporter, profitant de la fragilité du fédéralisme des cités. Beaucoup se rendent à lui, volontairement ou par traîtrise. Sa réforme sociale a donné espoir aux classes populaires de voir leurs dettes annulées et des terres redistribuées. Cela lui jouera des tours plus tard.

Ses victoires lui valent le soutien des Lagides d’Égypte, qui cherchent à affaiblir la Macédoine dans le Péloponnèse en favorisant une puissance indépendante. Regardons maintenant la géopolitique. Vers 280, la Confédération achéenne s’est constituée et a progressivement repoussé la Macédoine du Péloponnèse, prenant notamment Corinthe et la forteresse de l’Acrocorinthe, qui verrouille l’isthme. Elle avait alors le soutien des Lagides.

Mais pendant la guerre cléoménique, la Confédération se retrouve isolée diplomatiquement. Les Lagides préfèrent désormais Sparte. Les Étoliens soutiennent ouvertement Sparte. La Confédération achéenne a besoin d’aide.

La Macédoine est une option, mais son prix est élevé : le contrôle de l’isthme de Corinthe et de l’Acrocorinthe. Au début, les Achéens tâtonnent, cherchent un rapprochement. Cela explique aussi le transfert de soutien des Lagides vers Sparte. En 225, profitant des jeux néméens, Cléomène prend Argos.

C’est un choc : Corinthe se livre à lui plutôt que d’être offerte à la Macédoine en échange de son intervention. Mégalopolis reste fidèle à la Confédération, qui est refoulée au nord-ouest du Péloponnèse. Cléomène tente de négocier, mais échoue. Finalement, les Achéens acceptent le prix de la Macédoine.

Ils vont de toute façon perdre l’isthme quoi qu’il arrive. Antigone Doson, roi de Macédoine, accepte d’intervenir en 224. Il doit acheminer son armée en évitant les Étoliens, ce qui complique sa route. Cléomène tente de bloquer son avancée sur l’isthme.

Dans un premier temps, il y parvient. Mais Argos se soulève derrière lui, le forçant à se replier. Antigone reprend Corinthe, puis Argos, et pousse son adversaire jusqu’en Arcadie. Les deux camps prennent leurs quartiers d’hiver : les Macédoniens à Sparte, leurs adversaires en Achaïe.

Antigone est clairement en position de force. Il en profite pour fonder la Ligue hellénique. Si elle reprend l’hégémonie macédonienne de la Ligue de Corinthe de Philippe II, elle laisse bien plus d’autonomie aux cités et confédérations membres. C’est une alliance qui sert d’outil d’influence à la Macédoine, sans être trop gourmande, car elle ne peut pas tenir la région militairement.

C’est aussi une manière d’isoler la Confédération étolienne. Après cela, Antigone continue d’acculer les Spartiates, reprenant ville après ville. Cléomène, lui, parvient à se créer deux mille sarissophores supplémentaires en libérant des hilotes, les esclaves spartiates. En septembre 223, il profite d’une assemblée achéenne pour prendre et détruire entièrement Mégalopolis.

Puis il pille Argos. Mais en 222, Antigone marche sur Sparte. Cléomène doit lui bloquer le passage. Il se positionne en défense à Sellasie, où aura lieu la bataille.

Il faut comprendre que cette bataille survient après deux années d’acculement progressif des forces de Cléomène par les Macédoniens. Ce n’est pas un face-à-face improvisé. Cléomène est en infériorité numérique : vingt mille hommes contre trente mille pour l’armée gréco-macédonienne. Il choisit une position défensive, car il n’a pas le dessus.

Les deux armées sont complexes et composites. Les Macédoniens apportent dix mille sarissophores, dont entre cinq et huit mille Chalcaspides, les boucliers de bronze, ainsi que trois mille hommes de la phalange macédonienne. Les peltastes des Antigonides sont devenus une troupe d’élite sarissophore plutôt qu’une unité de harcèlement. Il y a aussi de l’infanterie légère, de la cavalerie, des Thyréophores.

Ces derniers sont des fantassins intermédiaires, armés à la celte, capables de se regrouper en phalange ou de combattre en ordre dispersé. Un sacré mélange, compliqué par les origines diverses : Macédoniens, cités grecques, mercenaires. En face, c’est plus homogène culturellement, mais avec ses propres difficultés. Cléomène a des phalanges spartiates organisées à la macédonienne, mais aussi des phalanges périèques et alliées, dont on ne sait pas exactement comment ils étaient armés : soit à la macédonienne, soit en thyréophores.

Il y a aussi de la cavalerie et des troupes légères, essentiellement mercenaires ou alliés. Ses troupes sont moins nombreuses et en partie aguerries par cinq ans de guerre, mais épuisées. Le terrain est particulier. La bataille se déroule sur deux collines, Évas et Olympias, séparées par la rivière Œnous et une petite plaine.

Les Spartiates sont sur la défensive. La cavalerie et l’infanterie légère gardent le val de la rivière. La phalange macédonienne et les mercenaires gardent la droite sur l’Olympias, avec Cléomène. Les périèques et alliés sont à gauche, sur Évas.

Les deux positions sont fortifiées par des fossés et des palissades. Une position solide, difficile à prendre d’assaut, d’autant qu’Évas a une pente raide. En face, le déploiement macédonien est symétrique : cavalerie et infanterie légère au centre, phalanges sur les deux ailes, avec les boucliers de bronze à droite, le tout soutenu par des troupes légères et des thyréophores. Cléomène remarque qu’une partie des Illyriens et des Acarnaniens manquent au déploiement macédonien.

Pendant cinq jours, les Macédoniens restent à observer la position spartiate, cherchant comment la tourner. Quand ils engagent la bataille, il est probable qu’ils aient envoyé les Illyriens et les Acarnaniens flanquer Évas par un mouvement contournant. Cléomène craint cette manœuvre, mais son officier chargé des reconnaissances, un certain Damotélès, lui assure que tout va bien. Polybe n’en parle pas, c’est Tite-Live qui insiste sur ce détail.

Peu importe l’historiographie, le mouvement secret est cohérent : on ne s’attaque pas à une position aussi fortifiée sans avoir une idée derrière la tête. La bataille commence. Les deux ailes d’Antigone s’avancent contre leur vis-à-vis. La droite macédonienne attaque Évas, mais elle est flanquée pendant sa montée par les troupes légères de la position centrale spartiate.

C’est un danger grave pour l’assaut. Un Achéen, Philopoemen, qui nous intéressera plus tard, le voit. Il décide d’intervenir de sa propre initiative. Il charge avec la cavalerie achéenne contre son vis-à-vis, la cavalerie lacédémonienne.

Cela oblige les troupes légères spartiates à revenir défendre leur centre. Les boucliers de bronze peuvent ainsi gagner la colline d’Évas, appuyés par l’irruption des Illyriens et des Acarnaniens qui flanquent la gauche spartiate. Celle-ci est mise en fuite. Sur l’Olympias, le combat est plus compliqué.

Cléomène, avec sa phalange, reste dans ses retranchements. Les mercenaires des deux camps s’affrontent dans des escarmouches. Mais en voyant la perte d’Évas, Cléomène décide de chercher la confrontation, pour rééquilibrer la situation. En face, les phalangites macédoniens sont déployés sur trente-deux rangs au lieu de seize, pour donner du poids physique et psychologique à leur formation.

S’engage alors un des très rares combats de phalanges décrits par Polybe comme long. Cléomène fait abattre ses palissades et déploie sa phalange dans la petite plaine devant lui, un terrain idéal pour cette formation. La phalange spartiate, les Chalcaspides et les peltastes, tous armés à la macédonienne, engagent un combat frontal difficile. Il y a sans doute eu plusieurs charges successives, de véritables chocs de phalanges.

Une partie des Macédoniens est mise en déroute. Mais finalement, ce sont les Spartiates qui s’effondrent. Ils sont poursuivis sur l’Olympias et sur l’autre versant. Une chasse très meurtrière.

Le centre lacédémonien suit le mouvement, et les Macédoniens l’emportent complètement. Les pertes sont difficiles à établir pour les Grecs Macédoniens ; Polybe mentionne plus de quatre mille morts côté spartiate. Mais ce qui nous intéresse, ce sont les conséquences immédiates. Cléomène estime que tout est perdu.

Il s’enfuit chez les Lagides, en Égypte, où il ne fera plus grand-chose, sauf une tentative de coup d’État à Alexandrie, qui est une toute autre histoire. Sparte se rend complètement. Elle devient une cité sujette, sans qu’on sache si elle est obligée d’entrer dans la Ligue hellénique d’Antigone. Les réformes institutionnelles de Cléomène sont abrogées, on revient à l’état antérieur.

Par contre, on garde les réformes sociales : le corps civique élargi reste en place. Revenons à la question de la phalange macédonienne à cette époque. Une fois le modèle répandu dans tout l’espace de l’empire d’Alexandre, des variations régionales apparaissent. C’est logique.

Pendant les guerres des diadoques, la sarisse passe au maniement à deux mains, avec une longueur entre 5,3 et 5,8 mètres. On ne sait pas exactement quand, mais cela se joue un peu après Paraitakène. Cette prise à deux mains permettrait une certaine escrime, comme avec la pique du XVIIe siècle en Italie, qui mesurait entre 5,5 et 6 mètres. Mais la sarisse évolue encore.

Polybe signale qu’à son époque elle mesure entre 6,2 et 6,8 mètres. Il précise même qu’elles ont atteint entre 7,1 et 7,7 mètres avant de revenir en arrière. À la fin du XVe siècle, on trouve des piques de 7,6 mètres, mais visiblement cela n’a pas été concluant. Les Macédoniens reviennent donc à une sarisse de 6,2 à 6,8 mètres, probablement la taille utilisée à Sellasie.

La sarisse n’est plus tenue au talon, mais légèrement en amont, laissant environ un mètre entre la prise et le bout de la pique. Pour ceux qui ont déjà tenu un tel objet, au-delà de six mètres, c’est vraiment difficile à manier. C’est donc bien une arme de choc. Plus besoin d’avoir toute la longueur pour porter ses coups, d’où la prise plus loin du talon.

L’escrime des diadoques a probablement disparu chez les Macédoniens, qui privilégient le choc avec cinq rangées de sarisses abaissées. Cette sarisse de 6,2 à 6,8 mètres, tenue à deux mains et à un mètre du talon, se répand dans toute la Grèce. L’armée antigonide compte certainement trois corps de sarissophores : les Chalcaspides, les Leucaspides et les Peltastes d’élite. Il y a quelques doutes sur les Leucaspides, mais le royaume de Macédoine peut aligner treize mille hommes à Sellasie, et pourra monter jusqu’à vingt-cinq mille par la suite.

Côté organisation, c’est à peu près la même situation que dans l’épisode précédent, si ce n’est que la tagma est désormais une spira. Il y a un armement réglementaire et des amendes si le soldat n’est pas en règle. Cuirasse non métallique, sauf pour les officiers, casque ogival, javelots, jambières, et un bouclier de 62 à 66 centimètres de diamètre. Il est possible qu’il y ait eu deux types de boucliers : un plus petit de 40 à 45 centimètres pour les Peltastes antigonides, et un plus grand pour les autres.

Il leur arrive aussi de prendre une lance plus courte pour le lancer ou le corps-à-corps. Et puis, il y a une question cruciale : pourquoi la phalange macédonienne s’est-elle imposée partout ? La structure d’encadrement est complexe, coûteuse. Le taux d’encadrement et la panoplie spécifique font que cette phalange coûte cher à entretenir, même si ce ne sont pas des troupes professionnelles.

Cela demande de l’entraînement, des gens formés, du matériel. Seuls des pouvoirs avec les moyens suffisants peuvent la mettre en place : plutôt des royaumes, parfois des confédérations. Ensuite, cela demande de transformer sa manière de faire la guerre. Sparte a longtemps été conservatrice, et pas vraiment à tort.

Tout le monde n’a ni l’envie ni le besoin d’une phalange macédonienne, tout dépend des guerres menées, du terrain, des types d’engagement. Depuis Paraitakène, une grande partie de l’espace hellénistique utilise des phalanges macédoniennes, mais pas tout le monde. L’adoption peut se faire tardivement, comme chez les Achéens, et cela ne fait pas disparaître les hoplites traditionnels. On a donc un espace où s’affrontent des armées structurées autour de phalanges, mais avec des évolutions et des diversifications d’emploi.

On le voit sur la sarisse : le changement de prise, la taille, la prise au talon ou plus en amont. On pourrait comparer cela avec les piquiers suisses et allemands des XVe et XVIe siècles. Les Suisses étaient connus pour leur agressivité, avec une pique possiblement plus longue, tenue loin du talon, jouant tout sur une charge décisive pour briser le moral adverse. Les Allemands, plus défensifs, utilisaient une pique plus courte et plus maniable, tenue au talon, orientée vers l’escrime.

Il y a sans doute eu le même genre d’opposition à l’époque hellénistique, même si les sources ne permettent pas de le solidifier totalement. Les phalanges antigonides étaient clairement orientées vers le choc. Elles ne cherchaient pas à escrimer à distance, mais à rentrer dans le tas avec plusieurs rangées de piques baissées. La charge jouait sur la dimension psychologique : une telle formation lancée à pleine vitesse était terrifiante, et souvent la formation adverse se dispersait bien avant tout contact physique.

Le mélange entre sarissophores et hoplites traditionnels varie aussi. L’apparition des thyréophores ensuite nourrit des dynamiques tactiques variées, qui dépassent la seule phalange macédonienne. L’exemple de l’espace grec pendant et après la guerre cléoménique est parlant. Cléomène tente de s’approprier le choc de cette formation contre les Achéens, puis contre les Macédoniens.

Dans un premier temps, cela marche. Mais il tombe sur trop gros pour lui. Chez les Achéens, Philopoemen, celui qui avait chargé contre la cavalerie spartiate, fait adopter la phalange macédonienne en 207. Il avait été précédé par les Béotiens.

Mais les deux ne produisent pas la même ordonnance. Les Achéens reprennent vraiment le modèle des phalanges d’Antigone Doson, avec les mêmes protections. Les Béotiens, eux, adoptent le petit bouclier des Peltastes antigonides. S’ils ont tardé, c’est que le taux d’encadrement et l’organisation ne sont pas simples à copier.

Cela demande des conditions politiques, sociales et militaires particulières. Mais tout le monde n’adopte pas la phalange macédonienne. La Confédération étolienne ou le royaume de Bithynie, qui avait pourtant les capacités de créer de telles troupes, restent au modèle hoplitique traditionnel, en faisant évoluer leur bouclier pour plus de légèreté, ou en adoptant le thyréos. En combat rangé avec choc, ils ne tenaient pas.

Mais dans les raids, les embuscades, les petites attaques ou les corps-à-corps demandant de l’escrime, ils avaient le dessus. Les Étoliens notamment ont pu s’étendre sans problème en menant des opérations militaires différentes et moins accessibles. Certaines puissances grecques ont compris comment fonctionnent les sarissophores. Soit ils en adoptent le fonctionnement, comme les Achéens et les Béotiens, soit ils évitent les situations où les sarissophores sont les plus forts.

La phalange macédonienne a certes dominé les champs de bataille, en étant le fer de lance des plus grosses puissances, mais elle n’a jamais été le seul outil tactique, ni ne s’est imposée dans toutes les conditions. Les Étoliens, par exemple, ont fini par s’adapter aux phalanges qu’ils rencontraient régulièrement. La phalange domine, mais n’est pas toute-puissante. Et quand les Romains arrivent avec leur légion ?

On a longtemps répété que la légion surpassait en manœuvrabilité une phalange trop lourde et trop rigide. Mais on a bien vu qu’à Sellasie, les phalanges manœuvrières, mobiles et bien encadrées ont pris deux collines fortifiées. Alors, la légion a-t-elle réellement vaincu la phalange macédonienne ? Ce sera le sujet du prochain épisode.

En attendant, celui-ci est terminé. Merci de m’avoir écouté. Bonne journée. Après le générique, une petite scène avec des images de drone prises sur le site présumé de la bataille.

On est au sommet d’Évas, l’une des collines fortifiées par Cléomène. On distingue les tourelles au sommet, et plus bas la petite colline où se dressait la cité de Sellasie, un petit établissement urbain hellénistique. Entre Évas et cette colline passait la route reliant Tégée à Sparte, la route que Cléomène voulait protéger. En regardant vers le sud, au-delà des lignes fortifiées, on voit la route qui aboutissait dans la plaine de Léo Rotas, où se trouvait Sparte.

C’est le dernier rempart avant le cœur du territoire spartiate. On peut voir la vallée avec la plaine de l’Œnous et les deux collines d’Évas et d’Olympias. La combe, c’est la vallée par laquelle l’armée d’Antigone Doson est arrivée depuis Tégée. Elle y est restée cinq jours pour observer les positions de Cléomène.

À l’est, on distingue la hauteur de l’Olympias, séparée du reste du monde par un ravin. Ce mont provatores, je n’en ai pas parlé pour simplifier la carte. C’est de ce côté que s’affrontèrent une partie de la phalange macédonienne et la phalange spartiate. On pense aujourd’hui que le combat n’a pas pu avoir lieu au niveau du ravin, mais sur le petit plateau sans arbre, après que les Macédoniens aient fait monter les Peltastes et les Leucaspides sur le provatores.

En dessous de l’Olympias, on voit la plaine de l’Œnous, où se tint le combat de cavalerie initié par Philopoemen. Sur la gauche, les limites du plateau d’Évas avec ses pentes abruptes. Les fortifications spartiates étaient sur ces crêtes et ont été contournées par l’ouest par les Acarnaniens et une partie des Illyriens. Cela a obligé les Spartiates gardant Évas à se replier vers les tourelles.

Le mouvement tournant a permis à la phalange macédonienne de s’établir sur les crêtes, puis de pousser vers les tourelles par étapes, pour conquérir totalement la position. Après les victoires sur Évas et l’Olympias, les Spartiates se sont enfuis vers les montagnes, la ville de Sellasie ou la plaine de Léo Rotas, et ont été massacrés en route. Maîtres d’Évas et de la vallée, plus aucun obstacle ne se tenait entre les Macédoniens et Sparte.