Ma belle-mère s’est réveillée du coma après six semaines et ses premiers mots ont été : « Appelez la police avant qu’il ne revienne. » Je pensais juste veiller une malade le temps que ma fille…

Ma belle-mère s’est réveillée du coma après six semaines et ses premiers mots ont été : « Appelez la police avant qu’il ne revienne. » Je pensais juste veiller une malade le temps que ma fille...

« Appelez la police avant qu’il ne revienne. » Ces mots sont sortis des lèvres d’une femme qui était dans le coma depuis six semaines. Quand elle a ouvert les yeux, j’ai su que ma vie ne serait plus jamais la même. Je m’appelle Martine Delmas.

Thumbnail

Ce matin-là, j’étais en train de préparer mon café quand ma fille Camille a sonné à ma porte, une valise à la main et des larmes plein les yeux. Elle m’a demandé un énorme service. Sa belle-mère, Geneviève, était tombée dans les escaliers de sa maison et était dans le coma. Mathieu, mon gendre, et Camille devaient partir à Miami pour une opportunité professionnelle urgente.

Ils ne pouvaient pas laisser Geneviève seule à l’hôpital. J’ai accepté de rester auprès d’elle pendant deux semaines. Le lendemain, je me suis installée dans sa chambre d’hôpital. Les machines bippaient sans arrêt.

Geneviève était là, immobile, pâle, un hématome sur la tempe. Sa main était froide. Je la veillais, jour après jour. Je parlais aux infirmières, je surveillais les constantes.

Au bout de quelques jours, j’ai commencé à ouvrir ses tiroirs pour ranger ses affaires personnelles. C’est là que j’ai trouvé le journal intime. Au début, je n’ai pas osé l’ouvrir. C’était une intrusion dans sa vie privée.

Mais un matin, un médecin m’a annoncé que son état ne s’améliorait pas. J’ai eu peur qu’elle ne se réveille jamais. J’ai ouvert le journal. Il commençait en janvier.

Elle racontait sa vie quotidienne, sa maison, ses souvenirs de jeunesse. Puis, vers le 15 août, j’ai lu une phrase qui m’a glacé le sang : « Il a recommencé avec Camille. »

Je continuais de tourner les pages, le cœur battant. Elle écrivait que Mathieu avait des problèmes d’argent.

De grosses dettes. Que Camille lui avait donné accès à son compte. Le 20 septembre, Geneviève écrivait qu’elle avait découvert quelque chose d’horrible. Qu’elle devait en parler à quelqu’un.

Mais elle ne disait pas quoi. Le 3 octobre, la dernière entrée : « Il sait que je sais. Il est venu me voir hier. Il avait l’air très calme.

Trop calme. Je me méfie. »

Genviève a fait un malaise le lendemain. Chute dans l’escalier.

Accident. C’est ce qu’on a dit à tout le monde. Mais moi, je savais. Mathieu avait poussé sa mère.

J’ai rangé le journal dans ma poche. Je suis restée dix jours de plus à l’hôpital, faisandant semblant de rien, alors que mon gendre appelait tous les soirs pour prendre des nouvelles, la voix si douce. « Madame Martine, vous êtes une sainte. Merci de veiller sur maman.

» Je souriais. Je raccrochais. Je tremblais. Le 12 novembre, j’étais assise à son chevet.

C’était le matin. Les oiseaux chantaient dehors. Soudain, Geneviève a ouvert les yeux. Elle a tourné la tête vers moi.

Sa voix était rauque, à peine un souffle. Elle a dit : « Martine. Il m’a poussée. Il a pris ma main.

Il m’a dit que j’étais trop vieille pour continuer à vivre. Appelez la police. S’il vous plaît. Avant qu’il ne revienne.

»

J’ai regardé sa main. Je l’ai prise. J’avais le téléphone dans la poche de ma veste. Mais avant de composer le numéro, j’ai demandé : « Pourquoi ?

Pourquoi ferait-il une chose pareille ? Elle est à vous, sa maison ? Genviève a fermé les yeux. Et dans un murmure elle a répondu : « Non.

Les comptes sont à son nom. L’argent est parti. Si je me réveille, il perd tout. »

J’ai senti mon cœur tomber quelque part dans mon ventre.

Je tenais le téléphone. Derrière moi, dans le couloir, des pas se rapprochaient. Ce n’était pas une infirmière. C’était la voix de Mathieu.

Il était revenu de Miami plus tôt que prévu. Il a poussé la porte. Il m’a vu immobile au chevet du lit, la main de sa mère dans la mienne. Genviève avait refermé les yeux.

Il a souri. « Madame Martine, vous êtes encore là. C’est bien. Je venais juste régler quelques papiers.

» Il a sorti un dossier de sa sacoche et s’est approché de la table. Il n’a pas remarqué le journal. Il n’a pas remarqué le tremblement de mes mains. J’ai dit : « Mathieu, elle a bougé.

» Il s’est figé. Il a regardé sa mère. Et dans ses yeux, j’ai vu le calcul, l’hésitation, la peur. Puis il a souri encore plus largement.

« Vous avez dû rêver. Le médecin dit qu’elle ne reprendra jamais conscience. On va devoir penser à la suite. Vous voulez que je vous raccompagne chez vous ?

»

Je savais ce qu’il voulait faire. Il voulait m’éloigner. Il voulait rester seul avec elle. « Je veux bien », j’ai dit.

« Laissez-moi juste aller chercher ma veste. » J’ai marché vers la porte. Mon téléphone était dans ma poche. Mon journal était dans mon sac.

Je savais que je n’étais pas en sécurité. Je savais que Geneviève non plus. Il a refermé la porte derrière moi. J’ai entendu le loquet.

Ma fille était dans l’avion. Sa belle-mère était seule avec l’homme qui l’avait poussée. Et moi, debout dans le couloir, je tenais la vérité entre mes mains.