Nous sommes en 1760, dans le sous-continent indien. La grande puissance de l’époque est l’empire marathe, un empire puissant qui a bouleversé les équilibres géopolitiques de la région et vassalisé l’ancien empire moghol, un empire islamique, lointain héritier des Timourides, célèbre pour ses monuments somptueux comme le Taj Mahal et le Fort Rouge de Delhi. Dans le même temps, l’empire perse, voisin, décline, ce qui permet à un certain Ahmad Shah Durrani de se tailler un royaume puissant en Afghanistan. D’abord logiquement aux dépens des Perses, puis des Moghols.

Ce qui devait arriver arriva : la fulgurante montée en puissance des Afghans d’une part, des Marathes d’autre part, dans le nord du sous-continent indien, génère de nombreuses frictions aux frontières des deux entités. Cela incite les Afghans à lancer une campagne d’invasion dont le premier résultat marquant est la mise en déroute des garnisons marathes dans le nord-ouest du sous-continent et la prise de Delhi. L’empire marathe réagit en envoyant le général Sadashiv Rao Bhau à la tête d’une puissante armée, dont une partie est entraînée à l’européenne par Ibrahim Khan Gardi, ancien commandant de la garde d’un général du fameux gouverneur des comptoirs français, Dupleix. Encore une fois, le détail de tout cela est complexe, mais l’essentiel est là.
L’armée marathe, forte d’environ cent mille hommes, avance vers le nord. Les Afghans, dirigés par Ahmad Shah Durrani, sont également nombreux, mais leurs forces sont plus aguerries. Les deux armées se rencontrent près du village de Panipat, un lieu déjà célèbre pour deux batailles décisives dans l’histoire indienne. La bataille de Panipat, qui a lieu en janvier 1761, est d’une violence extrême.
Les Marathes, malgré leur nombre, sont affaiblis par le manque de ravitaillement et la trahison de certains alliés. Les Afghans, quant à eux, bénéficient d’une cavalerie redoutable et de canons légers qui leur donnent un avantage décisif. Au début de la bataille, la gauche marathe commence à être encerclée, privée de soutien. Les charges afghanes sont incessantes.
Les Marathes résistent avec bravoure, mais la pression est trop forte. Peu à peu, leur ligne se disloque. La défaite est totale. Les pertes marathes sont énormes : on parle de cent mille morts, y compris des généraux et des officiers.
C’est un désastre qui frappe l’empire marathe au cœur. La nouvelle se répand comme une traînée de poudre : l’hégémonie marathe sur l’Inde est brisée. Cette bataille, souvent comparée à Waterloo, marque un tournant décisif dans l’histoire indienne. Elle ouvre la voie à l’expansion britannique en Inde, car les puissances indiennes sont désormais affaiblies et divisées.
L’histoire de la bataille de Panipat est celle d’une ambition démesurée, d’une résistance héroïque et d’une chute brutale. C’est un moment charnière qui a façonné le destin de tout un sous-continent. Si vous voulez en savoir plus sur cette épopée, je vous invite à découvrir la série de quatre vidéos que j’ai réalisée sur le sujet, couvrant la période de 1674 à 1818, avec tous les détails que je n’ai pas pu aborder ici.
Merci de nous avoir écoutés, et à très bientôt pour de nouvelles histoires passionnantes.


