J’ai trouvé un mot à l’entrée de ma chambre, posé sur le sol comme s’il avait été glissé sous la porte. « Dis-moi oui. » C’était tout ce qu’il y avait écrit. J’ai regardé l’armoire qu’il avait…

J'ai trouvé un mot à l'entrée de ma chambre, posé sur le sol comme s'il avait été glissé sous la porte. « Dis-moi oui. » C'était tout ce qu'il y avait écrit. J'ai regardé l'armoire qu'il avait...

J’ai retrouvé le mot à l’entrée de ma chambre. « Dis-moi oui. » C’était tout ce qu’il y avait écrit. J’ai regardé l’armoire qu’il avait réparée, comme pour me rappeler qu’il était passé par là.

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Puis je me suis assis au bord du lit, le papier entre les doigts. Aujourd’hui, je vais vous parler de la progression en tache d’huile, en prenant l’exemple de la campagne de pacification de Gallieni à Madagascar, de 1896 à 1897. On pourrait la faire durer jusqu’en 1905, mais on y reviendra. Il faut d’abord expliquer comment Madagascar est devenu un protectorat français.

Jusqu’en 1880, la Grande Île était dominée par le royaume merina, qui jouait avec les rivalités entre puissances européennes pour éviter de subir le même sort qu’une bonne partie de l’Afrique. Mais en 1881, les républicains prennent le pouvoir en France. Ces républicains sont favorable à l’entreprise coloniale pour des raisons géopolitiques et commerciales. Il y a une crise économique en Europe, et les nouvelles colonies sont vues comme des débouchés pour relancer la machine.

En même temps, la France, vaincue en 1870, cherche à redorer son blason. Madagascar devient une cible de choix. Les Allemands ne peuvent pas s’y opposer, et les Britanniques voient d’un assez bon œil que la France se relance un minimum. Sauf que c’est mal mené.

La première expédition est trop faible et obtient peu. Mais à la fin, Français et Britanniques finissent par s’entendre : la prise de contrôle de Zanzibar par la Grande-Bretagne est reconnue, les Allemands gagnent la reconnaissance de leur territoire en Afrique orientale, et en échange, les Français se voient donner la possibilité de mettre la Grande Île sous protectorat. Dans une seconde opération, de janvier à octobre 1895, les Français écrasent l’armée malgache et le royaume merina, et prennent la capitale Tananarive. Madagascar devient un protectorat.

Mais à cause de nombreux soulèvements, ce n’est pas assez. À partir du 6 août 1896, l’île est annexée et rattachée au ministère des Colonies, faisant perdre à Madagascar tout semblant d’indépendance. Immédiatement, plusieurs révoltes éclatent, notamment celle des Ménélambes, qui, depuis la conversion de la famille royale malgache, rejettent toute influence européenne et chrétienne. C’est alors qu’est envoyé le général de brigade Gallieni, fait gouverneur général.

Sa mission est de pacifier l’île. Jusqu’alors, la stratégie française consistait à négocier, à créer un compromis entre les différentes factions malgaches pour faire accepter leur présence. Mais les révoltes ayant pris trop d’ampleur, on envoie Gallieni, qui va devoir s’en occuper militairement. Avant de parler de ses actions, il est bon de vous parler de la progression en tache d’huile de Gallieni, principale leçon de ses actions de pacification.

Dans l’ensemble, cette doctrine est un corpus d’actions qui échelonne la progression militaire face à une guérilla, tout en la combinant à des leviers politiques et administratifs pour assurer le contrôle des territoires et des populations. D’un point de vue militaire, la progression en tache d’huile se traduit par une avancée très progressive, en suivant des cercles concentriques. Tant que le territoire contrôlé n’est pas stabilisé, il est inutile d’aller plus avant. L’aspect militaire revêt trois types de missions : interdire les actions de guérilla dans les zones en cours de pacification à travers des opérations de quadrillage par de petites unités fixes défensives basées dans des fortins ; assurer le contrôle permettant d’approfondir le contact avec les populations dans des zones de plus en plus pacifiées, le retour à une vie économique normale devant être l’objectif de ces zones contrôlées ; et pour les zones dites cibles à conquérir, extirper l’organisation adverse.

Pour ce faire, l’armée opère des ratissages avec des colonnes proches de celles de Bugeaud, tout en maintenant une pression dissuasive sur les autres zones des insurgés pour les empêcher de perturber l’implantation et le passage à l’interdiction de l’armée française. On peut résumer en disant qu’il y a trois types de zones : des zones où l’on s’installe, où l’on rassure et où l’on renforce sa position territoriale et auprès des populations ; une zone où l’on tape franchement pour pouvoir casser l’implantation d’une organisation rebelle et ensuite pouvoir s’installer ; et des zones que l’on harcèle pour perturber les efforts adverses et empêcher au maximum leurs réactions ou tentatives d’infiltration. Ce découpage en zones, avec un fort accent donné à celles contrôlées, doit permettre de lancer des actions administratives, économiques et politiques pour mieux assimiler la population. On parle d’approche « populocentrée ».

La principale force des insurgés étant le soutien des populations, qui leur apportent vivre et refuge, le plus important est d’obtenir l’assentiment de ces populations afin d’isoler les rebelles. C’est là que Gallieni marque une certaine rupture. Déjà testé au Tonkin, le général applique sa méthode avec une certaine liste d’objectifs et d’actions dans la zone contrôlée. Il faut bien garder en tête que Gallieni est un colonialiste pur.

Sa vision universaliste le convainc de la supériorité de la civilisation française. Il ne voit dans les Malgaches que de potentiels supplétifs à l’action coloniale française. S’ils sont bien éduqués, ils pourront peut-être profiter des bienfaits de notre culture. Il met l’accent sur la construction d’infrastructures : routes, écoles, hôpitaux.

Il insiste sur l’éducation, faisant de la langue française un moyen d’unir et de dominer la population. Il instaure un impôt moralisateur et pousse au commerce extérieur en appuyant toute activité économique. Un homme qui travaille n’étant pas un homme qui combat, dans la vision très colonialiste de Gallieni. Pour pouvoir mettre au travail les populations colonisées, il faut les éduquer et leur donner le goût des bienfaits de notre civilisation : les soins, les méthodes productives, le commerce, le confort.

Naturellement, pour continuer à en profiter, la population acceptera le travail organisé par les colons. Le développement progressif de l’économie sera suivi d’une imposition par étapes. De ce point de vue, les opérations militaires sont cohérentes. Gallieni, contrairement à Bugeaud, n’accepte les destructions qu’en dernier recours, pour préserver les infrastructures existantes qui pourront être utiles par la suite.

Il reste à parler du dernier levier : la politique. Gallieni est un maître dans l’analyse des tensions et des intérêts politiques des différentes populations. Appliquant l’adage « diviser pour régner » en permanence, il détermine quelle faction est dominante ou dominée, pour savoir lesquelles sont plus intéressées par le renversement induit par l’arrivée des Français. Il découpe l’île en régions selon une politique raciale, cassant tout possible front commun.

Il isole chacun de ses adversaires, faisant de ces révoltes des luttes pour des intérêts spécifiques. C’est avec l’ensemble de ces outils que Gallieni va pacifier l’île en deux ans, puis faire face à un ensemble de révoltes en affermissant toujours plus l’emprise française. À l’arrivée de Gallieni, l’insurrection est générale. Les forces françaises sont centrées sur Tananarive.

La famille royale merina, avec l’oncle de la reine, Ratsimamanga, et son ministre de l’Intérieur, Rainilaiarivony, semble être à la manœuvre. Gallieni les fait arrêter, juger sommairement et exécuter. Il abolit la monarchie et envoie la reine à l’île de la Réunion. Commence la progression en tache d’huile.

D’abord en Imerina, il repousse les Ménélambes et s’attaque aux anciens privilèges des Merina. Grâce à son approche populocentrée et politique, il obtient soutien et renseignements qui lui permettent de progresser, et même d’obtenir une reddition du chef des Ménélambes dans la région. Dans la région, une colonne massacre des habitants, créant un nouveau soulèvement dans l’Ouest par les Sakalava. Sûrement une exaction réflexe des troupes françaises, peu de chance que cela ait été voulu par Gallieni.

Mais l’insurrection doit être matée. Les Français se tournent vers les Sakalava ainsi que le Menabe. En progressant lentement, ils parviennent petit à petit à prendre le dessus. En 1897, la chute des Merina et la politique de division portent leurs fruits, puisque les luttes malgaches sont fragmentées.

Gallieni soumet le Sud-Ouest difficilement en 1900. Il reste l’Est, le Sud-Est et le Nord à pacifier. Au Sud, il bat les Mahafaly et les Antandroy. Le Nord et l’Est tombent sous la pression assez rapidement.

En 1903, le contrôle est fort dans le centre, le nord et l’est. L’ouest, le sud et le sud-est restent assez instables, en témoigne le faible impôt et la dernière révolte que Gallieni aura écrasée en 1904, avant son départ en 1905. Non content d’avoir redressé une situation très mal engagée en deux ans, Gallieni a renforcé le contrôle français sur l’ensemble du territoire malgache, le tout avec des effectifs en diminution, passant de 15 000 à moins de 10 000 hommes. La réussite est donc totale.

La progression en tache d’huile lui a permis d’obtenir rapidement le contrôle des territoires et des populations. Mais cela a un prix. Il ne faut pas voir dans l’action plus éclairée de Gallieni une philanthropie. L’ensemble de ses décisions sont le fruit d’un savant calcul visant l’efficacité malgré de faibles moyens.

Mais cela ne donnait pas plus de valeur à la vie des Malgaches. Si les parties offensives étaient réduites au maximum, les phases d’extraction étaient tout de même particulièrement violentes, rappelant selon certains observateurs les colonnes légères de Bugeaud. De même, la construction d’infrastructures – routes, ports, hôpitaux, écoles – ne fut rendue possible que par l’instauration de cinquante jours par an de corvée obligatoire non payée pour la totalité des Malgaches, malgré l’abolition de l’esclavage et du féodalisme. Les conditions de travail étaient tellement désastreuses que nombre de Malgaches moururent sur les chantiers, à tel point que les colons ont demandé expressément à Gallieni d’arrêter de construire des routes, de peur de bientôt manquer de main-d’œuvre pour leurs propres projets.

Les estimations sont difficiles, mais sur l’ensemble de la conquête et de la pacification, donc de 1895 à 1905, on parle de 80 000 à 150 000 morts sur une population initiale de 3 millions d’habitants, ceci étant particulièrement dû aux travaux forcés. Du fait de son engagement pour le développement des colonies et pour l’éducation des colonisés, la campagne de Gallieni a longtemps été vue comme le parangon de la mission civilisatrice française. Les écrits de ce général sont considérés aujourd’hui comme des précurseurs de la contre-insurrection à la britannique du XXe siècle. On notera également qu’ils sont revenus à la mode chez les Américains durant la guerre d’Afghanistan.

Car, pour tout critiquable qu’elle est d’un point de vue idéologique, son efficacité militaire n’est plus à démontrer. Par rapport aux méthodes moins populocentrées qui l’ont précédé, son approche réaliste et pragmatique de l’emploi de la force, ainsi que son articulation avec la politique, lui ont permis de remettre en cause la population plutôt que le territoire. C’est bien là une des différences clés entre les armées classiques et les armées de guérilla : les secondes ne cherchent pas à contrôler un territoire, mais survivent grâce au soutien, au minimum tacite, des populations. Et voilà, c’est la fin de cet épisode.

J’espère qu’il vous a plu. En attendant, je vous remercie de m’avoir écouté et je vous souhaite une bonne journée.