Je ne sais pas vraiment quand cette passion est née. Ce dont je suis certain, c’est que je l’ai en moi depuis très longtemps, depuis le lycée au moins, peut-être même avant. L’histoire m’a toujours attiré, c’est une évidence. Ma mère avait fait des études d’histoire et elle m’avait transmis beaucoup de réflexes, une certaine manière de regarder le passé.

Et puis, très vite, je me suis spécialisé dans le militaire. Je serais bien incapable d’expliquer comment ni pourquoi. Mais j’ai très tôt voulu reconstituer des batailles avec des petits soldats, des cartes, des jeux de stratégie, pour essayer de comprendre comment un mouvement avait pu fonctionner, pourquoi une armée avait gagné ou perdu. Sur le papier, ça ne marchait jamais vraiment, mais pour un enfant, c’était déjà une manière de faire travailler l’imagination.
J’ai poussé cette curiosité pendant des années. Mon passage dans la partie militaire de l’École polytechnique m’a permis de voir beaucoup de choses, de discuter avec des colonels qui s’occupaient d’histoire militaire. Mais la passion, elle, était déjà bien ancrée avant tout ça. Je n’ai aucune formation dans l’audiovisuel.
J’ai tout appris sur le tas, en faisant beaucoup de choses dans une association avec des amis pendant mes études. Je suis informaticien de formation, ingénieur en robotique et en contrôle des systèmes. L’histoire militaire, c’est un autre monde, et c’est celui dans lequel j’ai choisi de m’investir. Pour préparer une vidéo, il me faut entre deux et trois jours en moyenne.
Ça dépend des épisodes, de ce que je connais déjà. Mais entre la recherche des sources, l’écriture, le tournage, le montage et la recherche d’images, on tourne toujours autour de ce temps-là. Je ne vais pas vous mentir : je dégrossis énormément avec Wikipédia et compagnie. Pour connaître une date, un commandant, ça suffit largement.
Mais j’essaie toujours d’aller plus loin. Je cherche une source de l’époque, un témoignage original, quelque chose qui vienne vraiment du moment que je raconte. Ce n’est pas toujours évident, tout n’est pas accessible, mais je fais de mon mieux. Ensuite, je m’appuie sur des livres d’historiens récents, même si ça représente un budget.
Et puis je lis des blogs, des sources en ligne, pour croiser les informations. J’ai aussi un livre qui rassemble beaucoup d’adresses, de concepts, et ça m’aide énormément quand je cherche une bataille précise pour illustrer un thème. Quand je veux parler d’un concept, mettons la chaîne de commandement, je ne vois pas tout de suite quelle bataille pourrait bien le montrer. Dans ces cas-là, je feuillette mes ouvrages de référence.
Il y a un livre sur les grandes batailles qui les résume très simplement, de manière assez succincte. Vous avez cinq batailles sur deux pages, mais ça donne énormément de repères. C’est comme ça que la bataille de Pise s’est imposée pour mon épisode sur la chaîne de commandement. C’est un bon point de départ pour avoir une vue globale.
Dans la même veine, il y a des séries qui présentent des ensembles de troupes marquantes à travers l’histoire, ou des armées entières. Si vous n’avez pas de période favorite, c’est parfait pour se donner des repères. Je feuillette régulièrement ce genre d’ouvrages, c’est toujours bon. Pour des sources plus solides, il y a l’anthologie mondiale de la stratégie de Gérard Chaliand.
C’est un recueil de textes écrits par des penseurs de toutes les époques, de la Grèce antique au vingt-et-unième siècle, jusqu’au nucléaire. C’est grâce à ce livre que j’ai pu travailler sur les Mongols, parce qu’il contenait la source principale qui m’a permis de déterminer la tactique de Gengis Khan. C’est vraiment bien fait, mais il faut aimer lire des textes techniques, des traités de stratégie. Et puis, dernier conseil, je suis abonné à Guerres & Histoire depuis presque le début.
J’ai raté les trois premiers numéros, je ne savais pas que ça existait. Mais je trouve cette revue vraiment très bonne. Elle est faite par des historiens, ils font des dossiers, ils interviewent des gens qui ont vécu des conflits. C’est plus poussé que ce que je fais, ce sont de vrais dossiers, de vraies problématiques.
C’est de l’histoire bien approfondie. Pour ce qui est des projets à venir, j’ai plusieurs concepts en tête. J’ai déjà fait des batailles, des guerres, et l’art de la guerre. J’aimerais maintenant aborder la philosophie de la guerre.
Qu’est-ce que la guerre, comment la mène-t-on, quels sont les grands penseurs ? On pense toujours à Sun Tzu et à L’Art de la guerre, à Clausewitz et à son traité De la guerre, mais il y a aussi Jomini, et bien d’autres. Pourquoi lit-on encore ces textes aujourd’hui ? Pourquoi parle-t-on d’une vision clausewitzienne ou jominienne ?
Ces penseurs militaires se sont creusé la tête, ont dit des choses très importantes, et leurs idées ont encore un impact sur ce que nous faisons maintenant. Je pense que c’est un sujet vraiment intéressant à explorer. J’ai aussi pensé à faire des épisodes sur les troupes et le matériel. Ce seraient peut-être des vidéos plus courtes, plus tranquilles, qui raconteraient l’histoire d’un certain type de soldats, comment ils sont nés, quelles batailles ils ont connues, ce qui a fait leur succès sur le champ de bataille.
Pareil pour le matériel. Il y a aussi potentiellement des épisodes sur les grands généraux : qu’ont-ils fait, quelles batailles ont-ils gagnées, pourquoi sont-ils importants ? Napoléon, Alexandre le Grand, des figures qui ont bouleversé l’histoire militaire et renversé la table. Et puis il y a un dernier projet, un exercice intellectuel qui m’intéresse beaucoup et sur lequel j’aimerais avoir votre avis.
J’hésite à faire des analyses de batailles fictives. Par exemple, la bataille des Bâtards dans Game of Thrones. Je la trouve filmée de telle manière que la tactique est très claire, il y a énormément de choses à dire, c’est vraiment bien fait. Pareil pour Star Wars : pourquoi la Rébellion a-t-elle battu l’Empire à l’épisode six ?
Pourquoi la supériorité numérique des droïdes n’a pas suffi dans la guerre de Star Wars ? Et comment la guerre est-elle menée dans Le Seigneur des Anneaux ? Je pense qu’il y a pas mal de choses intéressantes à analyser. Même dans la fiction, on baigne dans cet ensemble de leçons tactiques et stratégiques que j’essaie de partager avec vous.
Pour ce qui est de ma période préférée, il y a deux réponses différentes selon ce qu’on me demande. Si on parle de l’exercice intellectuel, je dirais que je préfère la période qui va de la guerre de Trente Ans à la guerre de Sept Ans. C’est une époque charnière, riche en évolutions tactiques et stratégiques. Mais si vous me demandez mon cœur, ma préférence personnelle, alors c’est la Première Guerre mondiale, celle de 14-18.
C’est un conflit qui me touche particulièrement, qui m’a toujours fasciné par son horreur et sa complexité. Pourquoi est-ce que je fais tout ça ? La première raison, c’est que je suis absolument convaincu qu’il faut rendre le savoir gratuit. YouTube me semble être l’outil parfait pour ça.
Mon point d’entrée, c’est l’histoire militaire, parce que c’est là que je pense pouvoir transmettre quelque chose en intéressant les gens. Et puis, dans l’histoire militaire, on retrouve finalement tous les pans de l’histoire. J’essaie toujours de glisser dans mes vidéos trois éléments de contexte. On a un peu d’histoire de la musique par ici, un peu d’histoire sociale par là.
On apprend forcément plus de géographie, de géopolitique, un peu d’histoire de la pensée, de la démographie. En fait, beaucoup de choses se croisent. L’histoire militaire, c’est ma porte d’entrée vers tout le reste. Mais il y a aussi une raison plus politique, si on peut dire.
J’essaie de récupérer la dialectique militaire et guerrière qu’on nous impose. Depuis des années, on nous répète qu’on est en guerre. Depuis des années, la France mène des interventions extérieures, presque une par an depuis dix ans. C’est énorme, et ça a des conséquences.
Il faut se rendre compte de ce qui se passe, même si c’est loin de nous. Mon espoir secret, c’est d’ouvrir le sujet, d’arrêter de le laisser à d’autres. Parce que ne pas parler de la guerre, ça ne la fait pas disparaître. J’habite actuellement à Paris.
Je tourne mes épisodes chez mes parents, en fait. Ils ont une maison qui a été construite par un architecte dans les années soixante-dix, à l’époque où on aimait faire des petits trucs sympas, un peu colorés. Ça me donne un cadre assez joli, et j’aime bien en profiter. Pour ce qui est des boissons, ça dépend de l’heure à laquelle je tourne.
Si je tourne à quatre heures de l’après-midi, je me fais un petit thé noir avec un peu de sucre. Si je tourne le matin, je me mets peut-être un café. Il ne faut pas sacraliser les choses. Et sinon, je bois de l’eau, parce que je parle beaucoup et que c’est pas mal de s’hydrater.
Vous me demandez beaucoup de batailles, et c’est une excellente chose, ça me fait plaisir. Mais j’ai beaucoup d’idées en tête, parce que mon objectif, c’est de construire la connaissance petit à petit, de manière progressive. C’est pour ça que j’ai commencé avec Trèves, avec le marteau et l’enclume. C’était pour bien montrer la différence entre la tactique et la stratégie.
C’est important de le savoir. J’essaie de construire mes batailles comme des marches qui ouvrent vers de nouvelles étapes. Ma prochaine vidéo sera sur l’Art de la guerre, le traité de Sun Tzu. Ensuite, les trois épisodes suivants porteront sur la première campagne d’Italie de Bonaparte.
Ce sont trois enchaînements de batailles bien particuliers, et je veux les traiter pour commencer à entrer dans la modernité, parler de l’échelon de division, ce genre de choses. Je suis obligé de passer par toutes ces étapes pour arriver au moderne. Parce que vous êtes nombreux à me demander des batailles modernes. Je comprends, c’est ce qui est le plus proche de nous, c’est ce qu’on veut le plus comprendre.
Mais le problème, c’est que parler de la blitzkrieg en disant simplement qu’on tape fort avec les chars et les avions en même temps, et qu’on coordonne nos actions, c’est un peu dommage. C’est une vraie réflexion, un truc qui vient au bout de presque deux siècles d’évolution militaire, qui commence avec la Révolution française. Je pense qu’il est important de donner ces éléments, pour qu’à la fin on ait un vocabulaire commun. Ne serait-ce que les ordres de bataille, que j’ai à peine commencé à introduire dans mes vidéos, avec les petits codes.
Il va falloir qu’on apprenne un peu ensemble pour pouvoir lire tout ça. Ça va être important. Je vais vous parler de l’échelon de la division, puis un moment viendra où j’aborderai l’échelon du corps d’armée. Et tout ça, je veux le transmettre par les ordres de bataille.
Voilà, c’est la fin de cette FAQ. Merci de m’avoir écouté, merci de m’avoir regardé. On n’a pas une énorme communauté en termes de nombre d’abonnés, mais par contre, vous êtes vachement réactifs. Vous commentez beaucoup, et ça me fait plaisir.
N’hésitez pas à réagir, à me dire s’il y a des points qui vous intéressent plus que d’autres, si vous avez des envies particulières. J’essaierai de m’adapter. Pour le moment, j’arrive encore à vous répondre directement, et je trouve que c’est plus sympa. Merci pour votre soutien de manière générale.
Pour l’instant, j’ai peu de trolls, les retours sont plutôt positifs. On va faire en sorte que ça continue comme ça. Bonne journée.


