Introduction : Quand la cosmologie rencontre la philosophie
Stephen Hawking a souvent affirmé que la philosophie était morte. Pourtant, ses travaux, en particulier sa dernière théorie cosmologique qu’il a élaborée avec son collaborateur et ami Thomas Hertog, soulèvent des questions qui ne relèvent pas uniquement de la science mais également de la philosophie. De la spéculation sur le multivers à la question du réglage des lois physiques permettant l’émergence de la vie, ces découvertes ouvrent une porte sur des questionnements aussi fondamentaux qu’existentielles : Comment l’Univers est-il structuré ? Quelle place occupe l’humanité dans cette immensité ? Et, surtout, la science peut-elle, à elle seule, rendre compte de ce qui semble être une œuvre soigneusement orchestrée ?

Dans leur livre L’Origine du temps, la dernière théorie de Stephen Hawking, publié en 2026, Thomas Hertog explore en profondeur les concepts de la physique quantique appliquée à la cosmologie, tout en y introduisant des réflexions philosophiques. La question qui se pose alors est la suivante : les philosophes doivent-ils étudier ces théories pour comprendre la vie et l’Univers, ou la science suffit-elle à elle-même ? Ce premier volet tentera de répondre à cette interrogation en explorant les liens entre la cosmologie quantique de Hawking et Hertog, et la philosophie.
La science ne pense pas : un préambule philosophique
Avant de se plonger dans l’analyse des travaux d’Hawking et Hertog, il est pertinent de rappeler une déclaration célèbre de Martin Heidegger : « La science ne pense pas ». Bien que cette phrase puisse paraître énigmatique, elle soulève une question essentielle. Pour Heidegger, la science, bien qu’extrêmement puissante dans son domaine, n’est pas en mesure de répondre aux grandes questions métaphysiques sur le sens de l’existence, l’origine de l’Univers, ou la place de l’humain dans ce vaste cosmos. C’est le rôle de la philosophie de poser les questions fondamentales et de définir les concepts qui sous-tendent les disciplines scientifiques.
Heidegger n’a pas cherché à dévaloriser la science, mais à souligner ses limites lorsqu’il s’agit de traiter des questions sur la réalité, l’être et le temps. Selon lui, la science ne peut saisir l’essence des choses et de la vie qu’en s’appuyant sur des fondements philosophiques, qui servent de cadre à ses découvertes.
Ainsi, si les théories scientifiques sur l’origine de l’Univers et la naissance de la vie sont fascinantes, elles doivent être interprétées à la lumière des grandes questions philosophiques. Et c’est peut-être là que les travaux de Hawking et Hertog trouvent un écho profond dans la pensée philosophique.
La théorie sans bord : Le temps imaginaire et le multivers
Stephen Hawking et Thomas Hertog, en revisitant la célèbre proposition de la « théorie sans bord » introduite par Hawking et James Hartle dans les années 1980, apportent une nouvelle perspective sur la cosmologie quantique. Dans leur dernier ouvrage, L’Origine du temps, ils réexamineront le rôle du « temps imaginaire » dans l’évolution de l’Univers.
La théorie sans bord stipule qu’il n’existe pas de singularité de début de l’Univers – un concept qui contredit l’idée d’un « commencement absolu » du temps, tel que le décrit la théorie du Big Bang. Selon cette vision, l’Univers n’aurait pas commencé dans un état unique et dense, mais aurait émergé d’un état de temps imaginaire, une extension de la géométrie de l’espace-temps.
Ce concept, dérivé de la physique quantique et des mathématiques de la variable complexe, a des répercussions philosophiques profondes. En effet, il défie la notion linéaire du temps et ouvre une réflexion sur l’idée même de commencement et de fin. Le temps imaginaire pourrait être la clé d’un modèle cosmologique où l’Univers ne se limite pas à une origine unique, mais à un processus continu, évolutif, peut-être même cyclique.
Ainsi, si l’on prend ce modèle au sérieux, l’idée d’un début absolu de l’Univers perd de sa force, et avec elle, la question de l’origine ultime. En d’autres termes, le “commencement” pourrait bien être une illusion, et le cosmos pourrait avoir toujours existé sous une forme ou une autre. Ce questionnement touche directement à des enjeux philosophiques fondamentaux concernant l’origine de l’existence et le rôle de l’Homme dans cette immensité.

Le multivers : une solution à la fine-tuning ?
Une autre partie de la théorie de Hawking et Hertog aborde l’hypothèse du multivers : un ensemble infini d’univers parallèles, chacun avec des conditions physiques distinctes. L’existence de tels univers aurait pu permettre à l’Univers que nous connaissons d’émerger avec les lois physiques qui rendent la vie possible.
Cette hypothèse répond à une question ancienne en cosmologie : pourquoi notre Univers semble-t-il si parfaitement réglé pour la vie ? Si les constantes physiques étaient légèrement différentes, la vie, telle que nous la connaissons, ne serait tout simplement pas possible. Ce phénomène, connu sous le nom de « fine-tuning » ou « réglage fin », a intrigué les scientifiques pendant des décennies.
L’idée que notre Univers pourrait être l’un des nombreux issus du multivers permet de contourner ce problème en suggérant que parmi une infinité d’univers, certains ont les caractéristiques nécessaires pour abriter la vie. Mais la question philosophique demeure : cette hypothèse du multivers constitue-t-elle une solution scientifique solide, ou bien reste-t-elle un échappatoire intellectuel, une manière de rendre l’idée d’un Univers parfaitement réglé plus acceptable ?
Le multivers soulève également des questions épistémologiques : si les autres univers sont inobservables, peut-on véritablement les considérer comme une hypothèse scientifique ? Est-il possible de faire des prédictions sur des entités que l’on ne peut pas observer, et si tel est le cas, quelle est la valeur scientifique de telles spéculations ?
La philosophie et la cosmologie quantique : une rencontre nécessaire

Thomas Hertog, dans L’Origine du temps, précise que les lois de la physique quantique pourraient évoluer de manière similaire à l’évolution biologique sur Terre. Ce parallèle entre la physique des particules et la sélection naturelle darwinienne pose un regard neuf sur la création de l’Univers et les propriétés qui ont permis à la vie de surgir.
Cela introduit une notion fondamentale de philosophie : la question du hasard et de l’ordre. L’idée d’une évolution des lois physiques elle-même, à travers des « événements aléatoires » et des processus de « sélection », rapproche la cosmologie quantique de la philosophie de l’évolution et des réflexions sur le hasard, le choix et la création.
La connexion entre la physique et la philosophie devient alors évidente. Si la science n’a pas pour vocation de penser l’Univers dans sa globalité, les philosophes sont appelés à fournir les outils conceptuels nécessaires pour comprendre et interpréter les découvertes scientifiques.
En effet, tout comme la biologie nécessite de la philosophie pour penser la nature de la vie et de l’évolution, la cosmologie quantique doit être éclairée par des questions philosophiques qui en définissent les fondements et les implications. Cela implique de réfléchir non seulement à ce que nous savons, mais aussi à ce que nous ne savons pas encore, et de nous interroger sur les limites de notre compréhension.
Conclusion
La dernière théorie cosmologique de Stephen Hawking et Thomas Hertog ouvre la voie à des questionnements qui ne peuvent être ignorés par les philosophes. Entre multivers, réglage fin et temps imaginaire, ces travaux ne sont pas seulement des avancées scientifiques ; ce sont des propositions qui résonnent profondément avec les grandes questions de la philosophie. Il est désormais clair que la science et la philosophie doivent, plus que jamais, travailler ensemble pour comprendre l’Univers et notre place en son sein.
Dans la Partie II de cet article, nous explorerons plus en profondeur les implications philosophiques du multivers et les questions métaphysiques qu’il soulève. À suivre…



