Voici ce que découvrent les robots sous-marins sur l’épave la plus profonde de France, un navire marchand du XVIe siècle reposant au fond de la Méditerranée.
Connu sous le nom de « Camarat 4 », le navire était chargé de canons, de chaudrons et de centaines de céramiques, encore visibles au fond de la mer. Les chercheurs explorent le site et récupèrent avec précaution une petite sélection d’objets.

Il y a au moins 400 ans, un navire marchand sillonnait la Méditerranée lorsqu’il a sombré au large des côtes sud-est de la France. Sa cargaison, des centaines d’assiettes et de cruches en céramique finement ouvragées, a sombré dans les profondeurs obscures et s’est déposée au fond de la mer. Ces trésors artisanaux resteraient invisibles pendant des siècles.
Puis, en 2025, la Marine nationale française a découvert l’épave par hasard lors d’une opération d’exploration en eaux profondes. Le navire reposait à plus de 2,4 kilomètres de profondeur, ce qui en fait l’épave connue la plus profonde dans les eaux territoriales françaises.
Des chercheurs étudient actuellement l’épave, qu’ils ont baptisée Camarat 4, du nom d’un point situé à proximité, sur le littoral français. Pendant trois jours en avril, ils ont utilisé un robot sous-marin pour explorer le site et récupérer avec précaution une petite sélection d’objets au fond de la Méditerranée.

« Il faut être extrêmement précis pour ne pas endommager le site, pour ne pas remuer les sédiments », explique à l’AFP Sébastien, officier de marine qui a supervisé la première mission archéologique sur le site.
Ce robot télécommandé est le seul de son genre en France capable d’opérer à de telles profondeurs. La descente a duré une heure. Dans les heures qui ont suivi, ses caméras ont pris huit photos par seconde, produisant 66 974 images qui ont ensuite été assemblées pour générer un modèle 3D de l’épave. Les robots ont également installé des repères topographiques sur le site, qui leur permettront de suivre toute perturbation, qu’elle soit d’origine humaine ou naturelle.
L’eau claire a permis aux chercheurs de repérer six canons, deux chaudrons et une ancre. Ils ont également découvert des céramiques, dont beaucoup étaient ornées de décorations complexes, éparpillées sur le fond marin. Certaines portaient les lettres « IHS », les trois premières lettres du nom de Jésus-Christ en grec.
Depuis la surface, les chercheurs ont manipulé les pinces du robot pour saisir délicatement les artefacts et les placer dans des seaux. Ce processus peut s’avérer particulièrement stressant. Marine Sadania, l’archéologue responsable des fouilles, explique à l’AFP que, généralement, lors de la récupération de céramiques en mer, beaucoup se brisent.
Au cours des expéditions du mois dernier, menées après une étude du site ayant permis de cartographier l’emplacement et l’orientation de chaque artefact sur le fond marin, les chercheurs ont remonté avec succès trois pichets et une assiette. L’un de ces pichets était un récipient arrondi orné de lignes bleu foncé et de motifs géométriques jaunes. « C’est l’un des objets les plus profonds jamais récupérés d’une épave en France », souligne Sadania.
L’épave repose au large de Ramatuelle, dans le sud-est de la France, mais sa position exacte restera secrète, même si, compte tenu de sa profondeur extrême, aucun explorateur amateur curieux ne pourrait probablement l’atteindre.
« À cette profondeur, l’épave a été préservée de toute dégradation, notamment du pillage », a déclaré le DRASSM (Département de recherches archéologiques sous-marines et subaquatiques) dans un communiqué de 2025, selon une traduction de Richard Whiddington d’Artnet. « Elle représente une opportunité de recherche unique. »
Les caméras ont également révélé la présence de déchets modernes – canettes de bière, bouteilles en plastique, filets de pêche et pots de yaourt – parmi les débris retrouvés sur l’épave. « Après l’émerveillement de la découverte vient la tristesse de trouver de telles choses », a déclaré Arnaud Schaumasse, directeur du DRASSM, l’année dernière, d’après Sofia Fischer du Monde.
Les chercheurs pensent que les poteries à bord provenaient de Ligurie, une région du nord-ouest de l’Italie, et que les canons servaient à protéger la cargaison. La destination du navire reste un mystère, mais les chercheurs estiment qu’il se dirigeait probablement vers l’ouest.
Sadania explique à l’AFP que peu de documents historiques concernant les navires marchands du XVIe siècle subsistent. De ce fait, l’épave pourrait fournir de précieuses informations sur les routes commerciales de cette période.

