Le trajet dura vingt-sept minutes.
Vingt-sept minutes pendant lesquelles personne ne parla.
Noah dormait toujours contre elle.
La pluie frappait les vitres du SUV comme une armée invisible.
Lena observait les lumières de la ville défiler derrière la fenêtre.
Chaque kilomètre l’éloignait d’Ethan.
Et pourtant…
La peur refusait de partir.
Parce qu’elle savait comment fonctionnaient les hommes comme lui.
Ethan n’allait pas abandonner.
Jamais.
Lorsqu’ils quittèrent le centre-ville, Lena sentit son estomac se nouer.
Les immeubles disparurent.
Les rues se vidèrent.
Puis apparut un immense portail noir.
Deux gardes armés s’approchèrent immédiatement.
Ils reconnurent le conducteur.
Le portail s’ouvrit.
Sans un mot.
Sans une question.
Comme si le monde entier savait qui était Damian Moretti.
La propriété ressemblait davantage à un domaine qu’à une maison.
Une immense bâtisse de pierre.
Des jardins parfaitement entretenus.
Des caméras partout.
Une sécurité digne d’un chef d’État.
Lena sentit une nouvelle inquiétude naître en elle.
Qui était réellement cet homme ?
Le SUV s’arrêta.
Damian sortit.
Puis ouvrit lui-même la portière arrière.
— Tu peux rester ici cette nuit.
— Pourquoi ?
Il la regarda.
— Parce que l’homme que tu fuis va commencer à te chercher avant le lever du soleil.
Cette phrase fit battre son cœur plus vite.
Parce qu’elle savait qu’il avait raison.
À 4 h 12 du matin.
Ethan Cross découvrit que sa femme avait disparu.
La maison fut fouillée.
Chaque pièce.
Chaque placard.
Chaque caméra.
Puis son téléphone sonna.
— Monsieur ?
— Quoi ?
— La voiture de Madame n’est plus là.
Le silence tomba.
Glacial.
Mortel.
L’homme à l’autre bout du fil sentit immédiatement le danger.
Parce qu’il connaissait Ethan.
Et Ethan était calme.
Toujours calme.
Juste avant de devenir dangereux.
— Trouvez-la.
— Oui, monsieur.
— Maintenant.
L’appel prit fin.
Puis Ethan regarda la chambre vide de son fils.
Et quelque chose d’effrayant traversa son regard.
Quelque chose qui n’avait rien à voir avec l’amour.
Pendant ce temps…
Au domaine Moretti.
Lena venait enfin d’endormir Noah dans une chambre immense.
Des draps blancs.
Une veilleuse.
Des jouets.
Comme si quelqu’un avait prévu qu’un enfant puisse un jour dormir ici.
Elle referma doucement la porte.
Puis descendit l’escalier.
Damian l’attendait dans la bibliothèque.
Un verre à la main.
Son regard était fixé sur les flammes de la cheminée.
— Qui êtes-vous vraiment ? demanda Lena.
Il sourit légèrement.
Sans joie.
— Une question compliquée.
— Essayez quand même.
Le silence dura plusieurs secondes.
Puis Damian répondit :
— Il y a vingt ans, quelqu’un a fait à ma sœur ce que ton mari t’a fait.
Lena resta immobile.
— Elle est partie ?
Damian secoua lentement la tête.
— Non.
Son regard se perdit dans le feu.
— Elle n’a jamais eu cette chance.
Le silence devint lourd.
Très lourd.
Et pour la première fois depuis leur rencontre…
Lena comprit.
Cette protection.
Cette colère calme.
Cette façon de l’avoir regardée.
Ce n’était pas seulement de la compassion.
C’était personnel.
Très personnel.
À 5 h 03 du matin.
Un téléphone vibra dans la poche de Damian.
Un message.
Un seul.
Son bras droit.
Marco.
Damian lut l’écran.
Puis son visage changea.
Lena le remarqua immédiatement.
— Qu’est-ce qui se passe ?
Damian releva les yeux.
Plus froids qu’avant.
Beaucoup plus froids.
— Ethan Cross.
— Quoi ?
— Il vient de mettre cinquante mille euros sur la tête d’un détective privé.
Le sang de Lena se glaça.
— Pourquoi ?
Damian la regarda.
Comme si la réponse était évidente.
— Pour te retrouver.
Une autre vibration.
Deuxième message.
Damian l’ouvrit.
Cette fois…
Son expression devint sombre.
Vraiment sombre.
— Quoi ? demanda Lena.
Il ne répondit pas immédiatement.
Puis il tendit le téléphone.
Lena regarda l’écran.
Et sentit son cœur s’arrêter.
Une photo.
Prise quelques heures plus tôt.
Elle.
Dans la rue.
Avec Noah dans les bras.
Juste avant d’entrer dans le SUV.
Quelqu’un les avait photographiés.
Quelqu’un les surveillait déjà.
Sous la photo figurait un simple message :
“On sait où elle est.”
Lena sentit ses jambes céder.
— Non…
Damian récupéra lentement le téléphone.
Son regard se durcit.
Puis il prononça une phrase qui fit froid dans le dos.
— Mauvaise décision.
— Quoi ?
Il regardait désormais l’obscurité derrière les fenêtres.
Comme un homme qui venait de prendre une décision irréversible.
— Ethan vient de transformer un divorce en guerre.
Et dans cette ville…
Personne n’avait jamais gagné une guerre contre Damian Moretti.



