Je vis de ma chaîne YouTube uniquement grâce aux dons, et je viens de comprendre que je n’ai plus aucune marge : si mon ordinateur lâche ou si ma caméra casse, tout s’arrête. J’ai refusé tous les…

Je vis de ma chaîne YouTube uniquement grâce aux dons, et je viens de comprendre que je n’ai plus aucune marge : si mon ordinateur lâche ou si ma caméra casse, tout s’arrête. J’ai refusé tous les...

J’ai profité de cette vidéo pour mettre les choses à plat, parce qu’il y a un moment que je n’avais pas abordé certains sujets avec vous. D’abord, où en est la chaîne, ensuite la question de l’argent, puis un projet un peu fou, et pour finir mon mémoire. Côté chaîne, les choses avancent plutôt bien. Les vidéos évoluent, surtout sur le fond : j’essaie de vous proposer une vulgarisation gratuite, à peu près à jour sur l’état de l’art historique, et qui met en avant les sources utilisées.

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Le problème, c’est que ça me prend énormément de temps, surtout le travail bibliographique. Du coup, la forme reste volontairement simple, avec des animations très schématiques. Je n’ai ni les compétences ni le temps de faire beaucoup plus beau, et je préfère ne pas utiliser des images anachroniques qui nourrissent un imaginaire faux sur les époques passées. Le XIXe siècle, par exemple, a produit énormément d’images, mais avec beaucoup d’idées reçues.

Alors je fais attention. Je précise aussi que je fais presque tout tout seul sur la chaîne, à part quelques épisodes où je suis aidé pour l’écriture ou la relecture. Forcément, ça limite les moyens. Cette année, un long documentaire devrait finir par sortir, même si j’ai eu quelques problèmes de production qui ont pris du retard.

Je travaille aussi sur une série de cinq vidéos sur la Première Guerre mondiale, centrée sur le matériel, pour donner les outils nécessaires avant d’aborder des sujets plus larges. Il y a aussi une série prévue sur la mémoire de la Révolution, deux vidéos de wargame en cours, et dans les deux prochains mois, deux épisodes maritimes pour rentrer dans le XXe siècle. Mauvaise nouvelle : je vais bientôt perdre mon lieu de tournage, donc les vitraux et ce cadre que vous connaissez bien vont disparaître. Je cherche des alternatives, mais pour l’instant ce n’est pas très fructueux.

Il va falloir que la chaîne évolue. Et ça m’amène à l’argent. Je n’ai jamais aimé faire les classiques appels à s’abonner, à liker ou à partager. Mais il faut que les choses soient claires : je vis de la chaîne, et uniquement grâce à vos dons.

Je refuse les partenariats et je démonétise mes vidéos. Pourquoi ? Parce que la chaîne est là pour mettre en avant le travail scientifique sur l’histoire de la guerre, sans idéaliser le combat. Or beaucoup de produits sponsorisés héroïsent justement cette réalité.

Pour moi, il y a une contradiction trop grande, et je préfère protéger la communauté de ce genre de messages. Grâce à vos dons, j’arrive à dégager un revenu d’un peu moins de 1000 euros par mois. Ça ne suffit pas vraiment, même si je complète avec des travaux à côté, comme le podcast de l’IHMC qui me rémunère un peu et qui suit la même démarche. Le problème, c’est que je fonctionne à flux tendu.

Je n’ai pas de marge. Si mon ordinateur crashe ou si ma caméra lâche, je n’ai pas de quoi rebondir. Et avec l’inflation, c’est encore plus tendu. Je ne dis pas ça pour culpabiliser qui que ce soit.

Si vous n’avez pas d’argent à mettre, ce n’est pas le sujet. Mais j’aimerais qu’on prenne conscience qu’on construit quelque chose ensemble, une vulgarisation gratuite, sourcée, reliée au monde universitaire. Ce n’est pas parce que c’est gratuit que ça n’a pas de coût. Alors je me tourne vers vous.

Deux options possibles. Soit on reste sur les dons mensuels, et j’essaie de vous tenir plus au courant de la répartition entre trésorerie et salaire. Soit on annualise les dons, on crée une association qui gère la trésorerie, et je fais des appels à dons pour financer une saison d’épisodes. Ça me permettrait de voir à l’année ce qui est disponible, de payer des gens pour m’aider, et de faire un point public chaque année sur ce qui a été fait.

En 2022, la totalité des dons sur l’année représentait un peu moins de 15 000 euros, soit 11 000 euros après cotisations. Ça me permet d’avoir un salaire, mais pas grand-chose d’autre. Je suis conscient de la chance que j’ai de faire ce que je fais, et c’est grâce à vous. Mais je préfère vous en parler maintenant, tant que j’ai encore l’énergie, plutôt que de continuer à ce rythme sans marge.

Maintenant, passons à l’annonce du gros projet. Après la vidéo sur le choc optique, vous avez été nombreux à poser une question très pertinente : à quoi pouvait ressembler la désagrégation d’une formation en pleine fuite ? Avec Rémy Sahu, l’historien qui m’a aidé sur cette vidéo, et plusieurs associations de reconstitution qui m’ont contacté, on a commencé à réfléchir à une approche par l’archéologie expérimentale. Une expérience grandeur nature pour tester la dynamique de la fuite dans un choc optique.

Le projet, pour l’instant juste une ébauche, serait d’organiser entre deux et quatre jours d’expérimentation avec 800 personnes. Deux formations de 384 hoplites chacune, soit 48 files de 8, plus une réserve de 128 personnes pour permettre le repos. On organiserait des charges à distances variables, avec des effondrements de masse et des débats pour déterminer les mouvements de chaque membre de la formation, que ce soit dans la poursuite ou dans la fuite. L’idée est aussi de laisser place au combat non scénarisé, comme dans les affrontements réels : si vous fuyez et que vous voyez que vous allez être rattrapé, peut-être que vous vous retournerez avec un camarade pour tenter de repousser celui qui vous suit.

C’est ça qu’on veut tester. Pour que les résultats soient exploitables, on cadre tout ça proprement. L’objectif est de restituer l’effondrement d’une formation, la déroute et la chasse des vaincus, telle qu’elle pouvait advenir à la fin du Ve siècle ou au début du IVe siècle avant notre ère. Ce moment paroxystique du combat a été longtemps délaissé, alors que c’est à cet instant que la majorité des hommes tombent.

Pourquoi je vous en parle ? Parce qu’il faut du monde. Il n’y a pas assez de reconstituteurs en France ou en Europe pour une telle expérience. Mais peut-être que la communauté de la chaîne trouvera assez de volontaires intéressés.

Alors je tâte le terrain. Si ça se fait, ce serait été 2025 plutôt que 2024. Chaque volontaire s’engagerait pour deux à quatre jours. Le lieu reste à définir, ce serait ambiance camping, mais avec un vrai encadrement.

Les reconstituteurs auraient chacun la charge d’une file de huit participants, et cette file devrait s’auto-gérer pendant l’année de préparation. Côté matériel, on ne cherche pas à avoir des gens équipés comme à l’époque, mais des outils qui reproduisent les enjeux et les postures des hoplites, sans risque de blessure. Pas d’armes métalliques. Mais si vous voulez vous faire plaisir avec des pièces de reconstitution historique, c’est possible, tant que ça reste dans le cadre de l’expérience.

Côté budget, ça reste incertain. Tout dépendra des financements qu’on arrivera à obtenir, des collectivités, des labos, peut-être un financement participatif. Il est probable que la participation soit payante, autour de 60 euros par personne, pour couvrir la nourriture, le matériel et la formation. On essaiera d’alléger la note le plus possible avec des demandes de financement.

Et si vous manifestez la volonté d’y assister sans participer, on pourrait organiser un petit festival autour. Voilà, je vous ai lu le texte de présentation. C’est une annonce très circonstanciée pour voir comment vous réagissez. Si ça intéresse personne, on ne va pas se forcer.

Mais si ça vous botte, on serait chauds pour faire une belle expérience d’archéologie expérimentale. Enfin, dernier sujet : mon mémoire. Grâce à la chaîne, j’ai pu financer et trouver le temps pour faire un mémoire avec l’université Paris I Panthéon-Sorbonne, encadré par Hervé Drévillon. Le sujet portait sur un ingénieur militaire de la deuxième moitié du XVIIIe siècle, Le Michaud d’Arçon.

J’en avais parlé un peu sur les réseaux sociaux. Ça a été physique, mais je l’ai terminé en septembre-octobre, et il a bien plu, j’en suis content. Maintenant, la question se pose : est-ce que j’enchaîne sur une thèse ? Il y a des sujets intéressants à explorer, des trous dans le mémoire qui mériteraient d’être comblés.

J’aimerais bien, mais il faut trouver des financements à côté. Si vous êtes intéressés, je peux faire des vidéos plus ciblées pour vous présenter mes travaux. Le Michaud d’Arçon, c’est un personnage fascinant : comment il justifie sa voie à l’époque, ses disputes à travers ses livres, ce qui se passe à Gibraltar où il se fait humilier, comment il se comporte pendant la Révolution, et ce qu’il dit dans ses écrits. C’est une époque passionnante sur la pensée des fortifications après Vauban, un sujet dont on parle peu.

Et mon projet à long terme serait de transformer tout ça en livre universitaire, articulé avec des vidéos qui vulgarisent le propos, pour que vous puissiez lire le livre accompagnés de vidéos plus accessibles, avec plus d’illustrations. Mais si vous voulez que je vous parle des résultats du mémoire avant, n’hésitez pas à le demander. Je parle tellement de d’Arçon avec mes amis que je serais ravi de le faire avec vous. Voilà, j’ai tout rassemblé dans cette vidéo.

Excusez-moi pour les yeux secs, c’est le pollen qui commence. Je vous remercie de m’avoir écouté, et je vous souhaite une bonne journée.