— Bon, voilà, je crois que je t’ai tout livré. Le compte y est : rations, munitions, pièces de rechange. Il n’y a plus qu’à apporter tout ça aux unités. — Tu n’as pas entendu la nouvelle ?

Les troupes ont avancé de vingt kilomètres cette semaine. — Et alors ? — Tu peux pas m’apporter tout ça en train jusqu’au front. — Ben non, moi, j’ai plus de raï à disposition.
Ça s’arrête là pour moi. — Écoute, tu termines ça avec des chevaux et des mulets, enfin, si tu en trouves des disponibles. — Mais rien que pour les cent vingt obus d’artillerie lourde, ça fait cinq tonnes. — Je peux plus rien pour toi, frère.
Cette conversation résume à elle seule les coulisses rarement racontées de l’été 1914. On parle beaucoup des uniformes, des charges héroïques et des grandes offensives, mais trop peu de ce qui fait vraiment tenir une armée : ses lignes de ravitaillement. Or, en Lorraine, à la fin du mois d’août 1914, c’est précisément là que tout s’est joué. Reprenons les choses où nous les avions laissées.
Nous sommes le 22 août. Après les défaites de Sarrebourg et de Morhange, les premières et deuxièmes armées françaises battent en retraite face aux sixième et septième armées allemandes. Mais attention : si le repli est désordonné, il ne s’agit pas d’une déroute. Les 22 et 23 août, les Allemands hésitent et n’attaquent pas.
Ce temps précieux permet aux Français de se réorganiser et de préparer leurs positions. Pourquoi cette hésitation allemande ? Parce que le commandement central doit décider de la direction stratégique à donner à sa victoire. Pendant que l’enveloppement en Belgique progresse bien, les Français ont lancé une grande attaque dans les Ardennes qui a été franchement repoussée.
Du côté allemand, on croit que les deux ailes françaises sont fortes. En réalité, les troupes allemandes des Ardennes sont deux fois plus nombreuses que ce que croient les renseignements français, mais c’est une autre histoire. L’essentiel est là : pour les armées allemandes de l’Est, une occasion unique se présente. Si les sixième et septième armées parviennent à percer leurs vis-à-vis, alors les forces françaises seront débordées sur leurs deux flancs, en Belgique et en Moselle.
Ce serait la victoire. Mais il faut l’autorisation du commandement central, qui n’arrive que le 22 août au soir. La journée du 23 ne sert donc qu’à occuper le terrain laissé par les Français. Un temps précieux qui va permettre à ces derniers de s’installer comme ils l’entendent dans une région qu’ils connaissent.
Parlons un peu de géographie, car ici, elle est essentielle. Autour de Toul, une zone fortifiée renforce la butte du Grand Couronné, qui domine Nancy, en remontant la Moselle. Autour d’Épinal, une autre zone fortifiée ferme la frontière alsacienne en descendant jusqu’à Belfort. Or, entre ces deux zones, il y a un trou : la trouée de Charmes.
Cet espace est laissé délibérément sans fortifications afin d’attirer une potentielle attaque adverse. Pourquoi ? Parce que la région n’est pas aussi plate qu’elle n’en a l’air. Elle est vallonnée, boisée, traversée de rivières importantes comme la Vezouze, la Mortagne, la Meurthe ou la Moselle.
En temps de paix, les troupes françaises s’y entraînent régulièrement. En somme, c’est une fausse faiblesse du système fortifié français. Avec toutes ces collines, c’est autant de positions de tir potentielles pour l’artillerie française. Et celle-ci étant mobile, elle peut changer de point de tir régulièrement, rendant toute attaque allemande particulièrement difficile.
De plus, la Moselle, sur laquelle se trouve Charmes, sert de dernière ligne de résistance et se trouve en retrait par rapport aux points forts du Grand Couronné et de Toul au nord, et des Vosges et d’Épinal au sud. La deuxième armée française se déploie donc de la manière suivante : quatre divisions de réserve, avec le renfort de Toul, tiennent le Grand Couronné à gauche. Puis les 20e, 15e et 16e corps forment une ligne jusqu’à Gerbéviller. Lunéville a dû être abandonnée, mais elle a servi, le 23 août, à retarder les Allemands.
Notons deux divisions en réserve au niveau de la trouée. Enfin, la première armée fait la jonction au sud avec les 8e, 13e et 21e corps. À ce moment-là, les Français ignorent encore par où les Allemands comptent attaquer. Ils pensent qu’il s’agira de la trouée de Charmes, avec une attaque vers l’ouest par la septième armée, tandis que la sixième couvrirait Nancy.
Dans ce cas de figure, la deuxième armée aurait à résister pendant que la première attendrait une occasion de flanquer l’attaque allemande. Mais le plan adverse va être tout autre. Les Allemands, portés par leur victoire à Morhange, font avancer les 3e et 2e corps bavarois vers le sud, formant la droite allemande. Le reste de la sixième armée, avec les 21e corps et le corps bavarois, fait face à la jonction des deux armées françaises.
Quant à la septième armée, elle se déploie pour couvrir le sud et servir de gauche à l’attaque. Plutôt que de frapper vers l’ouest, les Allemands frappent donc vers le sud-ouest, directement vers Charmes. La première armée française est ainsi frappée de plein fouet et ne peut plus flanquer les Allemands. Mais cette manœuvre cache une faiblesse bien plus dangereuse pour eux.
Prenons le temps d’analyser la situation. Quand on regarde les zones de départ des sixième et septième armées, on se rend compte que l’axe d’attaque du 24 août est très éloigné de l’origine de la sixième armée. Il aurait été plus dans l’extension de la septième. Cette observation se renforce encore lorsqu’on examine les chemins de fer.
Pour protéger leurs lignes logistiques, la sixième armée doit étendre son aile droite sur une grande distance, tout en forçant le ravitaillement à faire un détour. Et pour ne rien arranger, les Allemands n’ont fait que bloquer le fort de Manonvillers, qui se trouve justement à portée de tir du chemin de fer menant à Lunéville, rendant ce dernier inutilisable. Le résultat est clair : non seulement les Allemands ont une aile extrêmement faible, ce qui se justifie parce qu’ils pensent que les troupes de la deuxième armée ont été complètement brisées à Morhange — ce qui n’est pas le cas — mais en plus, ils sont dans l’incapacité de faire suivre leur logistique ferroviaire. Ils se condamnent donc à porter à dos d’homme vivres et munitions sur plusieurs dizaines de kilomètres.
Une situation qui peut avoir des conséquences considérables, notamment pour l’artillerie lourde. Le 24 au matin, l’attaque allemande est lancée, se concentrant sur la ligne Gerbéviller–Blainville. Ce sont essentiellement les 8e et 16e corps d’armée français qui encaissent le choc. Les combats sont rudes.
Les Français profitent de leurs positions pour exploiter leur artillerie, ce qui ralentit considérablement les Bavarois. Observant les mouvements allemands, les Français comprennent, avec l’aide de l’aviation, qu’environ deux corps d’armée allemands leur montrent leurs flancs en ignorant Nancy. Ils organisent donc une attaque employant la grande division de réserve et une partie du 20e corps, coordonnée avec une poussée de la première armée pour diminuer la pression sur leur centre. L’attaque prend par surprise la droite allemande, qui doit se replier sur Serres.
Alors que les Allemands souffrent énormément pour se créer un soutien d’artillerie efficace, les Français exploitent le terrain à fond. Loin de chercher l’attaque à tout prix, ils temporisent dans les zones chaudes et frappent sur les points faibles. Les pertes allemandes sont importantes, mais cela ne les empêche pas de continuer. Le 25, ils insistent.
Les Français ont profité de la nuit pour reculer leur artillerie au centre et encaissent les attaques adverses doucement. Sur leur gauche, l’effet de surprise est passé : ils doivent lâcher du terrain, perdant Rozelieures. Mais ils parviennent à conserver leurs réserves. Pendant ce temps, l’effort allemand s’essouffle.
On rapporte des carences en munitions sur le terrain. Ils commencent à payer leurs choix stratégiques. Au contraire, les Français peuvent profiter des réserves de munitions des fortifications de Toul et d’Épinal. Ils peuvent donc laisser leur artillerie tirer à tout-va, créant un feu très dense.
À quinze heures, les 15e et 16e corps lancent une contre-attaque qui prend complètement de court les Allemands. Le 8e corps soutient cet effort. Tant et si bien que les Français reprennent une bonne partie du terrain perdu la veille. Là, les Allemands ne tiennent plus.
Ils n’ont aucune réserve, et les corps bavarois ont pris beaucoup trop de pertes. Ils acceptent de reculer et de se réorganiser sur la Mortagne. Dans le même temps, ils doivent réorganiser leur droite pour éviter d’être débordés. Du 26 au 29 août, les Français occupent le terrain jusqu’à la Mortagne.
Au sud comme au nord, ils attaquent partout et remportent beaucoup de terrain. Ils échouent cependant à reprendre Lunéville, et la forteresse de Manonvillers tombe le 27 août, libérant des forces allemandes. La bataille de la trouée de Charmes est terminée. L’assaut allemand a été arrêté.
Certains analystes soulèvent que la sixième armée aurait pu être complètement balayée en insistant sur sa droite. Mais il faut prendre en compte que la deuxième armée française en face vient de passer deux semaines particulièrement difficiles. En réalité, chacun des deux camps a bien encaissé. Ils ont tous les deux insisté, ils ont encaissé des pertes effroyables, mais à la fin, ils ont su se réorganiser.
Pour les Français, les chiffres varient, mais on peut retenir quelque chose comme quarante mille pertes. Les Allemands ne sont pas en reste : pour la sixième armée, du début de la guerre jusqu’à mi-septembre, on trouve dix-sept mille morts et soixante-neuf mille blessés. L’ordre de grandeur est comparable. Et d’ailleurs, parlons-en, de ces pantalons rouge garance si souvent moqués.
Si les Français ont subi de lourdes pertes, ce n’est pas à cause de leur uniforme, qui en faisait des cibles faciles. Le plus gros facteur de ces pertes, ce n’est pas la vétusté militaires, c’est la nouvelle létalité du feu. La quantité d’obus tirés à la minute et au kilomètre carré explose le nombre d’hommes engagés dans ces zones bombardées. C’est ça, la vraie différence de cette guerre.
Concluons cette bataille en abordant ses conséquences. Si la bataille de la trouée de Charmes peut être considérée comme un coup d’arrêt, elle ne fixe pas définitivement le front. En effet, cette défaite a bien sonné les Allemands, mais ces derniers considèrent qu’il est encore possible de briser la première et la deuxième armée, notamment depuis que Manonvillers est tombé. Les Français, de leur côté, commencent à sérieusement reculer au nord et retirent donc des troupes de ce front dont ils n’attendent plus rien qu’une position défensive.
C’est une question qui fait énormément débat en Allemagne : la bataille de la trouée de Charmes a tout de même bien affaibli l’armée bavaroise. Lorsqu’il s’agit de transférer deux corps d’armée pour les envoyer face aux Russes, plus rapides que prévu, on finit par les prendre sur l’aile droite, passée par la Belgique, plutôt que sur l’aile gauche, dont on attend une nouvelle attaque. Ce mouvement est considéré comme bien malheureux, puisqu’il aura des conséquences directes sur la future bataille de la Marne. Après-guerre, on reprochera à Rupprecht de Bavière, chef de la sixième armée dite bavaroise, d’avoir mené une attaque désorganisée contre la trouée de Charmes, forçant à affaiblir l’aile enveloppante plutôt que la sienne, dont on n’attendait rien.
Mais les enjeux de ce retrait de deux corps d’armée semblent en réalité bien plus complexes. L’Allemagne est un pays unifié depuis une grosse quarantaine d’années. C’est peu. Et parmi les gros morceaux de cet Empire, il y a la Bavière, bien plus concernée par la France que par la Russie.
Rupprecht, le prince héritier de Bavière, et la sixième armée, essentiellement composée de Bavarois, sont tout sauf chauds à l’idée d’affaiblir leur front. D’autant plus que ce serait pour envoyer des troupes sur un front qui ne les concerne pas, et pour protéger l’ancien territoire de la Prusse. Il est donc tout sauf impossible qu’en réalité, il ait été politiquement intenable d’envoyer deux corps d’armée bavarois contre les Russes. Dans cette situation, autant laisser les sixième et septième armées au meilleur de leur forme pour tenter une nouvelle attaque plutôt que de risquer un incident diplomatique qui aurait pu diviser l’armée.
La deuxième attaque a donc bien lieu et se décompose en deux axes. La trouée de Charmes est désormais ignorée. La sixième armée attaque vers Nancy, menant à la bataille du Grand Couronné du 4 au 13 septembre. Tandis que la septième attaque dans les Vosges, menant à la bataille de Saint-Dié du 26 août au 12 septembre.
Cette double bataille ne va pas donner beaucoup de résultats. Les Français restent en position défensive et parviennent à encaisser assez longtemps. Les événements sur la Marne forcent les Allemands à se replier sur une ligne plus facile à défendre. C’est la fin des mouvements sur le théâtre de Lorraine.
Le front ne bougera pratiquement plus jusqu’à la fin de la guerre. Vous l’aurez compris : la bataille de la trouée de Charmes, prise avec celles du Grand Couronné et de Saint-Dié, est un élément, bien que peu connu, essentiel pour la bonne tenue du front français à l’est. En parvenant à organiser une défense puis une contre-attaque efficace, la première armée, commandée par le général Dubail, et la deuxième armée, commandée par le général de Castelnau, ont su stopper l’élan allemand. Une rupture au niveau de la trouée de Charmes aurait signé la fin de la capacité de défense française.
Et encore plus quand on sait ce qui se passe sur le reste du front. Par la suite, la bonne tenue du front durant la bataille de la Marne joue aussi son rôle dans la victoire française. Mais ça, c’est une autre histoire. Que pouvons-nous retenir de cette bataille ?
Sans surinterpréter, vu le manque d’études à son sujet, je voudrais vous introduire quelques remarques pour comprendre le renversement de 1914. Je parle ici de logistique et de géographie. Ces deux points sont toujours essentiels militairement. La question du ravitaillement demande des routes, et toute armée se doit de prévoir ces mouvements en prenant en compte la géographie et la topologie.
Tout cela est antérieur à ce conflit. Mais ce qui nous intéresse ici, c’est le changement d’échelle. On a déjà vu l’accélération logistique de la moitié du XIXe siècle. Mais pour la Première Guerre mondiale, ça va encore plus loin.
Si précédemment on pouvait gérer temporairement un éloignement des lignes logistiques, la bataille de la trouée de Charmes montre que ce n’est plus possible, notamment du fait de la consommation de munitions et de l’importance des effectifs engagés. Toute action d’une division se doit d’être soutenue par une logistique impeccable. L’armée ne peut plus se permettre d’être coupée de l’arrière-pays et de sa production. Les chemins de fer et les gares de déchargement deviennent donc encore plus vitaux.
Chaque kilomètre entre la gare la plus proche et le front, c’est autant de retard dans le ravitaillement pour les troupes au combat. Et ces retards représentent désormais une perte de capacités de combat immédiate. Un exemple sera plus clair. Une batterie de 75 mm, c’est quatre canons, trois pièces de munitions, de quoi entretenir le matériel, les hommes et les chevaux.
Théoriquement, une batterie emporte avec elle mille deux cent quarante-huit obus, soit trois cent douze par canon. Et quand on sait que la cadence de tir pratique est de six coups par minute, cela nous donne cinquante-deux minutes de combat effectif. Ce n’est pas énorme. Mais si on parle de la cadence de tir à fond de troupes entraînées, qui peut monter à vingt voire vingt-huit coups par minute, là, on ne tient même pas un quart d’heure.
Le ravitaillement est donc bien une nécessité vitale, notamment pour les zones de combats intensifs. Pour les Français, il se construit sur trois échelons. Les canons se déploient tandis que les caissons sont mis à disposition à cinq cents mètres. Le groupe de trois batteries rassemble ces caissons et peut les faire tourner, en échangeant les caissons pleins venus de l’arrière avec les caissons vides.
C’est la gestion locale. Ensuite, c’est l’échelon corps d’armée qui organise un arsenal entre quatre et dix kilomètres du front. Il a théoriquement cent quatre-vingt-neuf obus par canon en réserve et gère les besoins de chaque groupe. Tout est fait par cheval.
Ces cent quatre-vingt-neuf obus sont bien insuffisants, aussi le corps d’armée doit-il rester lié au parc de l’armée, le dernier échelon. Ce dernier reçoit ce qui provient de l’arrière. Il doit donc se fixer autour d’une gare, créant des dépôts où les caisses vides sont apportées puis remplies pour être envoyées aux unités. Là encore, la liaison est faite à cheval.
Vous comprenez donc que, dans cette situation, le cœur de l’enjeu, c’est l’arsenal de l’armée, le seul à être en contact avec les trains. Alors, imaginez bien qu’en se privant d’une ligne de chemin de fer et d’un rail opérationnel pour Lunéville, les Allemands se sont mis dans une position délicate. Tout à coup, ce ne sont plus quinze à vingt kilomètres, mais plutôt quarante à cinquante qu’il faut faire parcourir à cheval à des munitions qui font leur poids. Rien que les obus dans un caisson de canon de 75 mm, ça fait une demi-tonne.
Bref, avant même la fameuse crise industrielle de production des obus, il y a bien une crise des derniers kilomètres de ravitaillement, qui a certainement mené des batteries à ne plus du tout pouvoir tirer de la journée, rendant des assauts peu soutenus, donc isolés, ou au contraire des défenses totalement intenables. Second point : l’enjeu de la géographie dans le conflit. Le concept est omniprésent. En général, avoir de bonnes cartes, connaître le terrain, savoir le renforcer et s’y déployer, c’est essentiel.
La géographie est au cœur de tout l’exercice militaire. Dans cette guerre massive aux effectifs pléthoriques, avec une doctrine offensive et une artillerie à la puissance de feu décuplée, chaque colline, chaque rivière devient un enjeu tactique et stratégique. Les espaces couverts par l’artillerie sont de plusieurs kilomètres carrés. Et cela ne fait que renforcer son efficacité quand on sait qu’elle peut se placer sur n’importe quelle colline sans être détectable.
Un comportement tactique de l’artillerie, par exemple tirer sur un régiment au loin, a des conséquences stratégiques pour l’infanterie. Ce régiment, en déplacement pour occuper du terrain, peut être contraint de changer de route, de se mettre à couvert. C’est une nouvelle échelle dans la variété des tirs de suppression qu’on peut appliquer. Le rôle des batteries se complexifie donc en fonction de la géographie, qui mêle les échelles.
Les canons peuvent interdire un passage par un tir dansant, comme cela a été fait à la trouée de Charmes sur Rozelieures, ou saturer des espaces, ou tout simplement soutenir une défense à courte portée. Les duels d’artillerie, de batterie et de contre-batterie, ne se font plus sur le même champ de bataille que les combats d’infanterie. Les dimensions du combat augmentent. De même, l’infanterie, avec une puissance de feu non négligeable, à fortiori quand on y ajoute les mitrailleuses, passe son temps à alterner entre zones libres et zones de haute intensité.
Une forêt qui cache un ennemi qui tire, une colline qui vous met à portée de tir d’un régiment, un village… à tout moment, vous pouvez rencontrer un adversaire qui peut faire pleuvoir sur vous plusieurs milliers de balles à la minute. Les déplacements et la conquête des espaces doivent donc en permanence être menés en parallèle, pour toujours pouvoir couvrir les autres régiments. C’est de la plus grande difficulté à coordonner.
En bref, la géographie multiplie les espaces de couverture ou les zones de libre passage, puisque la puissance de feu ne s’applique plus à cent ou deux cents mètres, mais à plusieurs kilomètres. On se retrouve donc à numéroter chaque colline, à faire d’un monticule d’une centaine de mètres d’altitude un nœud vital à conquérir de toute urgence avant de pouvoir continuer l’attaque du corps d’armée. Les rivières sont autant de zones de ralentissement de difficultés, puisque les traversées vous rendent particulièrement vulnérables. Pour ne rien arranger, le fait que les armées manœuvrent des dizaines de milliers d’hommes dans des espaces assez réduits crée des bouchons de manœuvre.
Un ralentissement peut avoir des conséquences sur l’entièreté du corps, soit en isolant une partie qui irait trop vite, soit en empêchant des régiments d’avancer tant qu’une menace particulière n’a pas été maîtrisée. Il est temps pour nous de tourner notre regard vers la Belgique. On revient en arrière d’une vingtaine de jours.
Et voilà, c’est la fin de cet épisode.


