J’ai lu ce message trois fois, debout dans le hall de cet hôtel à Buenos Aires. Le marbre sous mes pieds était froid, mais pas autant que les mots qui s’affichaient sur mon écran : « Nous te laissons tomber. Ta carte d’entreprise est annulée. Débrouille-toi pour rentrer, perdante.

»
Mon cœur battait si fort que j’entendais à peine les conversations en espagnol autour de moi. Tout ce que j’avais construit, tous ces sacrifices, tout s’effondrait en une seule phrase. Je m’appelle Romy, j’ai 32 ans, et je suis mère d’une petite fille de six ans, Léa, qui dort encore avec sa peluche Lapin. Chaque heure passée au travail, chaque nuit blanche, c’était pour elle.
Et maintenant, je me tenais là, avec quarante euros en poche, à des milliers de kilomètres de chez moi. Je repense à Grégoire, mon patron, avec ses montres de luxe et son air supérieur. Il n’a jamais compris mon travail, mais il adorait me rappeler que j’avais « de la chance » d’être là. Quand notre fournisseur de cuir en Argentine a menacé de partir, c’est moi qu’il a envoyée régler ça, sans même réfléchir.
« Ta fille a de la famille, non ? Débrouille-toi, Romy. » J’ai passé des semaines à préparer une proposition honnête, avec des délais réalistes et des conditions justes pour les deux camps. Pendant qu’Edouard, le fournisseur, commençait enfin à me faire confiance.
Puis, le matin de ma dernière réunion, j’ai reçu ce texto. Pas un appel, pas une explication. Juste des mots froids et violents. J’ai rappelé Grégoire, encore et encore.
Rien. J’ai envoyé des messages à mes collègues. Personne n’a répondu. J’étais seule, dans un pays où je ne parlais presque pas la langue, avec une carte bancaire qui ne fonctionnait plus.
J’ai fermé les yeux, et j’ai pensé à Léa. Je lui avais promis que je rentrerais bientôt. Je lui avais promis que tout irait bien. Mais à cet instant, je ne savais même pas comment j’allais payer le taxi pour rejoindre l’aéroport.
J’ai serré mon sac contre moi, et j’ai pris une décision que je n’aurais jamais cru capable de prendre. Pas pour me venger. Pas pour prouver quoi que ce soit. Juste pour survivre, et pour ne plus jamais laisser quelqu’un décider de ma valeur.
Léa allait comprendre un jour que sa mère n’avait pas abandonné. Elle allait comprendre que parfois, il faut tout perdre pour enfin se trouver.


