On a lancé un wargame pour simuler une bataille de 1870, et mon adversaire a choisi l’option risquée : une chance sur deux de gagner, mais une chance sur six de tout perdre. J’ai vu son régiment…

On a lancé un wargame pour simuler une bataille de 1870, et mon adversaire a choisi l’option risquée : une chance sur deux de gagner, mais une chance sur six de tout perdre. J’ai vu son régiment...

On fait un wargame, on joue à la petite guerre ? Non, merci. Toi, tu étudies la guerre dans les livres, c’est bien, on comprend des choses. Mais il faudrait peut-être que tu te rapproches de la guerre, que tu l’expérimentes.

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Démontre-moi que ça peut servir à cette étude, et on verra. Je te donne un régiment, tu peux battre un autre en 1870. Option 1 : tu as une chance sur six de lui enlever un quart de ses forces, puis une chance sur six d’en perdre un quart. Option 2 : tu as une chance sur deux de lui enlever la moitié de ses forces, mais en même temps, tu as une chance sur six de perdre tout un régiment.

Tu fais quoi ? Ben, option 2. Et il vaut mieux ne pas tergiverser en 1870. Ok, ben tiens, j’attendais.

Sur un deux trois, tu gagnes, et sur six, tu perds. On va faire l’option un an plus tôt. Aujourd’hui, je vous propose un épisode un peu spécial, puisque nous allons étudier le wargame et les méthodes afin de voir comment nous pouvons l’employer dans notre étude de l’histoire militaire, et sur quel sujet. Oui, parce que vu vos réactions, je pense qu’on peut acter deux choses : les vidéos de wargame sont appréciées, mais en même temps, ça a l’air assez flou pour pas mal d’entre vous.

Alors, nous allons essayer d’explorer ce que le wargame porte en lui, mieux en comprendre les ressorts, afin de pouvoir mieux définir le cadre expérimental de futures vidéos. Ça va être une vidéo un peu théorique, mais qui nous permettra d’aborder un certain nombre de sujets. Déjà, on va commencer par définir ce qu’est un wargame. Ensuite, on se demandera comment ça peut être utile aux historiens.

Et après, on essaiera de déterminer comment on peut construire une expérience avec le wargame, et quels sont les écueils à éviter. Donc, déjà, essayons de nous donner une définition canonique du wargame. On va devoir la découper en trois éléments. Premièrement, un wargame est une simulation d’une situation de guerre.

Il se construit comme une simulation et n’a pas vocation à englober la totalité des aspects de la guerre. Aussi, un wargame se donne un cadre et s’inscrit dans une époque. Oui, bon, ça semble évident, mais faut le dire. À un échelon, les combats n’ont pas les mêmes enjeux ni le même déroulement selon que l’on soit à l’échelon corps d’armée ou à l’échelon compagnie.

Une dimension terrestre, maritime et aérienne, une combinaison, le tout intégrant divers aspects reconnus de la guerre. Cherchons-nous à représenter les effets de la logistique, le moral, le commandement, l’espionnage ? Enfin, bref, vous avez compris. Deuxièmement, le wargame se déroule dans un cadre très déterminé de règles, de données, de procédures, d’objectifs.

Cela semble relativement évident, mais il faut dire que les joueurs connaissent au préalable les règles avec lesquelles ils vont jouer. Sans cela, impossible de faire une partie, c’est le jeu de la détente du tableau à flèches. Troisièmement, le wargame est construit pour mettre le joueur dans une position de décideur, afin de représenter pour lui soit un apprentissage, soit une exploration d’une situation donnée. En gros, on joue soit pour voir les possibilités offertes par une situation, soit pour en apprendre un peu plus sur ce qui est simulé.

Ce qui impose aux wargames d’être projetables sur une situation réelle. En effet, s’ils simulent un aspect de la réalité de la guerre, ils doivent donner des situations projetables sur cette même réalité. Ça a l’air bizarre de préciser, mais l’idée de simulation ne doit pas faire oublier que cela doit rester interprétable. Bon, et là, tout de suite, on doit soulever un point important.

Le wargame étant un modèle, il est, comme tout modèle, faux. Ah oui, complètement faux. Mais c’est pas grave, ce qui est important, c’est sa proximité avec ce qu’on cherche à simuler. Jamais un wargame ne pourra être une reproduction parfaite d’une situation de guerre.

Déjà, il n’y a pas de morts. Par contre, il peut s’en rapprocher assez pour nous permettre de remplir des objectifs que nous aurions définis en amont. Alors, déjà, il faut tout de suite tordre le cou à une idée reçue : c’est en complexifiant les règles d’un wargame que l’on se dirigera vers plus de réalisme. Bien au contraire.

Je sais que c’est assez contre-intuitif, mais abreuver un wargame de trop de données, finalement, c’est un peu le noyer. On ne va pas se mettre à prendre en compte l’épaisseur de la semelle des troupes si on essaie de simuler une armée de cent mille hommes. Ouais, mais si vous faites de l’artillerie et que vous collez des banquiers à moins six, vous pouvez tenter la ritournelle.