Saïda regarde depuis l’ombre la villa illuminée où sa sœur célèbre ses fiançailles avec l’homme qui devait être son mari. Hawa rit, couverte d’or et de tissus luxueux, tandis que Yassine tient sa…

Saïda regarde depuis l'ombre la villa illuminée où sa sœur célèbre ses fiançailles avec l'homme qui devait être son mari. Hawa rit, couverte d'or et de tissus luxueux, tandis que Yassine tient sa...

Saïda avait 27 ans et, depuis l’enfance, elle avait appris à vivre sans faire de bruit. Dans la petite maison familiale, au bout d’une ruelle poussiéreuse de Saint-Louis, tout le monde connaissait Mariam et ses deux filles. On disait souvent que la vie avait été injuste avec cette famille depuis la mort du père. Mariam vendait des tissus au marché central depuis plus de quinze ans.

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Ses mains portaient les traces du travail, ses yeux celles des nuits sans sommeil. Awa, l’aînée, attirait toujours les regards. Elle savait parler, séduire, rire au bon moment. Même quand elle était enfant, elle trouvait toujours le moyen d’être au centre de tout.

Elle portait les plus belles robes, choisissait les meilleures portions pendant les repas et savait transformer chaque situation à son avantage. Saïda, elle, était différente. Elle était plus discrète, plus réservée. Elle aidait sa mère au marché, faisait les comptes, portait les ballots de tissu, préparait les repas sans qu’on le lui demande.

Elle avait cette habitude étrange de sourire, même lorsqu’elle avait mal. Dans le quartier, certaines voisines disaient qu’elle était trop douce pour ce monde. Pendant longtemps, Saïda avait cru que sa bonté finirait par lui porter chance. Puis Yassine était arrivé dans sa vie.

Il travaillait dans le commerce de matériaux de construction et possédait plusieurs magasins dans la région. Il roulait dans une belle voiture, portait des costumes élégants et parlait toujours avec assurance. Quand il avait commencé à fréquenter Saïda, tout le quartier avait vu cela comme un miracle. Mariam répétait souvent : “Dieu t’a enfin récompensé, ma fille.

Tu as souffert plus que les autres. ” Saïda, elle, n’y croyait pas complètement. Quelque chose la gênait, sans qu’elle puisse dire quoi. Elle se disait que c’était sa timidité, son manque d’habitude d’être aimée.

Alors elle se forçait à sourire, à faire confiance, à se laisser porter par les promesses de Yassine.