« Bois ça, et l’argent est à toi. » La bouteille glissa vers moi sur la table du bar, et je reconnus la voix avant même de lever les yeux. Boanchi. L’homme que j’avais envoyé en prison six ans…

« Bois ça, et l’argent est à toi. » La bouteille glissa vers moi sur la table du bar, et je reconnus la voix avant même de lever les yeux. Boanchi. L’homme que j’avais envoyé en prison six ans...

Le jour où Kouyu a été licenciée, elle n’a pas compris ce qui lui arrivait. Elle avait simplement commis l’erreur de s’attirer les foudres de la mauvaise personne. Le PDG du groupe Sy rentrait au pays après avoir transformé une petite startup en un conglomérat en six ans à peine. Les rumeurs couraient qu’il avait purgé une peine de prison à cause d’une ancienne petite amie.

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Mais poser trop de questions, c’était déjà un risque. Kouyu se souvenait de ce jour où son père l’avait suppliée de témoigner contre Boanchi. Elle avait refusé, hurlé que c’était son frère K qui avait pris la fuite. Mais son père lui avait donné un choix impossible : la mort de sa mère ou Boanchi en prison.

Elle avait choisi. Elle avait accusé Boanchi. Il avait promis de trouver un moyen de la faire sortir, mais elle avait crié qu’il l’avait faussement accusée. Puis elle avait prononcé ces mots qui l’avaient définitivement séparée de lui : entre eux, c’était fini.

Il avait répondu merci, grâce à toi. La visite s’était terminée là. Six ans plus tard, Kouyu vivait seule avec leur enfant. Personne ne savait que Xianji était la fille de Boanchi.

Personne ne devait le savoir. Elle avait été blacklistée partout dans la capitale. Aucune entreprise ne voulait l’embaucher. Son ancien amour lui avait promis de la détruire, et il avait tenu parole.

Alors elle chantait. Dans des boîtes de nuit, devant des clients qui la méprisaient. Le jour de son anniversaire, sa meilleure amie Nanchu avait organisé une petite fête. Il y avait une surprise : un chanteur engagé par un certain monsieur James.

Quand elle vit le visage de Boanchi, elle comprit que la soirée tournerait mal. Il la reconnut, la railla devant tout le monde. Tu chantes pour de l’argent, maintenant ? Elle répondit simplement qu’elle gagnait sa vie.

Il poussa une bouteille vers elle : bois ça, et l’argent est à toi. Elle refusa d’abord, prétextant une allergie à l’alcool. Puis il mentionna les frais de scolarité de Xianji. Elle but.

Elle avait besoin de cet argent. Il la fit ramper, poser son pied sur sa main, l’humilia pour les trois années qu’il avait passées en prison. Elle encaissa, parce qu’elle n’avait pas le choix. Quelques jours plus tard, Xianji tomba malade.

Une malformation cardiaque nécessitait une opération urgente, mais Kouyu n’avait pas l’argent. Elle travaillait jour et nuit, chantait dans des bars, faisait des petits boulots. Un soir, elle rencontra un médecin, le docteur Liye, qui s’occupa de sa fille avec gentillesse. Pendant ce temps, Boanchi, de son côté, faisait face à sa fiancée Sonny, une femme jalouse et manipulatrice qui harcelait Kouyu dès qu’elle en avait l’occasion.

Sonny offrit un million à Kouyu pour disparaître. Kouyu accepta l’argent, mais refusa de jouer le jeu de l’humiliation. Boanchi découvrit la vérité, la confronta. Il la traitait de menteuse, de traînée, de manipulatrice.

Elle encaissait, parce que chaque jour, elle devait survivre. La situation s’envenima lorsque Y, un homme influent et dangereux, tenta de profiter d’elle lors d’une soirée. Boanchi la sauva de justesse, mais il le fit à sa manière, dure, humiliante. Il la gardait près de lui pour la faire souffrir.

Il la fit embaucher dans son entreprise, dans le service commercial, pour mieux la surveiller. Elle y subit les humiliations de collègues jaloux, de rumeurs, de vols de contrats. Mais elle tint bon, parce qu’elle avait besoin de cet argent pour sauver sa fille. Un jour, alors que les tensions montaient, un directeur de service pris de folie prit Kouyu en otage sur le toit du bâtiment.

Boanchi vint négocier. Il feignit de se moquer d’elle, déclara qu’elle était son ennemie jurée. Il parvint à la sauver. Kouyu, épuisée et désespérée, se retrouva chez elle, seule.

Boanchi l’y retrouva. Il lui rendit un objet, une petite boîte qu’elle avait perdue. Elle lui offrit en retour un bâton d’encens pour ses cigarettes. Il la regarda, puis il lui demanda un baiser.

Elle refusa. Ils se séparèrent sur cette tension. Peu après, un enfant apparut. Une petite fille qui ressemblait étrangement à Boanchi.

Elle s’appelait Xianji. Boanchi la rencontra par hasard, dans un hôpital, puis découvrit la vérité. Xianji était sa fille. Kouyu avait caché son existence pendant six ans.

Il fut fou de rage, puis submergé par une émotion qu’il ne contrôlait plus. Il exigea la garde. Kouyu supplia, négocia, mais elle savait qu’elle n’avait aucun droit. Boanchi menaça de lui enlever l’enfant.

Il la força à accepter un droit de visite, limité, presque inexistant. Kouyu, le cœur brisé, accepta. Elle savait qu’elle n’avait plus beaucoup de temps. Deux mois plus tôt, elle avait reçu un diagnostic.

Cancer du poumon. Le médecin lui avait donné six mois à un an. Elle ne l’avait dit à personne. Elle avait décidé de consacrer ses derniers mois à sa fille, puis de disparaître.

Elle voulut d’abord régler ses comptes. Elle se rendit au tribunal, rétracta son témoignage de six ans plus tôt, innocenta Boanchi, accusa son propre père. C’était lui, le vrai coupable. Il avait tué le père de Boanchi.

Kouyu livra les preuves aux médias. Son père fut arrêté. Boanchi fut enfin innocenté. Mais la vérité avait un prix.

La mère de Kouyu, rongée par le chagrin et la culpabilité, sombra. Une nuit, elle accusa une autre résidente de la maison de repos, la mère d’un proche de Boanchi, de l’avoir poussée. Ce fut plus tard révélé que la mère de cette dernière, une femme cruelle nommée Song, avait poussé la mère de Kouyu dans un escalier. La chute fut mortelle.

Kouyu, effondrée, perdit sa mère. Elle sombra dans une profonde dépression. Elle avala des médicaments, fut hospitalisée, sauvée de justesse. Mais elle n’en pouvait plus.

Elle décida de fuir. Elle écrivit une lettre, puis se rendit dans la montagne. Elle escalada une falaise. Elle voulait en finir.

Elle fut retrouvée près d’une rivière, miraculeusement vivante, par un vieil homme riche, le père Yan. Il la recueillit, la soigna, la fit soigner à l’étranger. Il découvrit que son abdomen était en réalité une tumeur bénigne, pas un cancer. Kouyu fut sauvée physiquement, mais brisée mentalement.

Elle changea de nom, devint Yan Wan. Elle se reconstruisit lentement, se mit à chanter sous le nom de Kiwan, une chanteuse mystérieuse sans visage, dont la voix ressemblait étrangement à celle de l’ancienne Kouyu. Boanchi, lui, ne s’était jamais remis. Il avait cherché son corps partout, refusé de croire à sa mort.

Il avait découvert sa dépression, ses souffrances, la vérité sur son témoignage forcé. Il avait tout compris trop tard. Il s’était mis à prier, à jeûner, à se détruire. Il souffrait d’une dépression profonde.

Sa fille Xianji vivait avec lui, triste et orpheline de mère. Un jour, Xianji entendit une chanson de Kiwan. Maman, cette chanteuse, elle ressemble à maman. Boanchi, alerté, fit rechercher la mystérieuse chanteuse.

Il remonta jusqu’à une chambre d’hôtel, mais elle avait fui. Il la retrouva finalement, grâce à un ami, dans un hôtel de la capitale. Kouyu, ou plutôt Yan Wan, fut forcée de le voir. Elle tenta de fuir, mais il la rattrapa, la serra dans ses bras, pleura.

Tu es vivante, tu es vivante. Elle lui avoua qu’elle s’appelait désormais Yan Wan, qu’elle ne voulait plus être Kouyu. Il accepta, au début, mais il était déterminé à la reconquérir. Elle résista, lui rappela leurs douleurs, la mort de sa mère, la sienne.

Il lui avoua que sans elle, il n’était rien. Xianji, de son côté, essayait de les réunir, avec la complicité de Nanchu. Peu à peu, Kouyu accepta de revenir. Pas comme avant.

Elle chanta pour son entreprise, gagna beaucoup d’argent, mais elle gardait ses distances. Boanchi ne la forçait plus. Il lui laissait le temps. Un jour, il lui avoua que sa mère, la vraie coupable de la mort de la mère de Kouyu, avait été démasquée.

Elle avait avoué. Elle avait été arrêtée. Boanchi était innocent. Kouyu était innocente.

Il lui demanda une autre chance. Elle hésita longtemps. Xianji pleurait, suppliait. Boanchi dut promettre de se soigner, de guérir sa dépression.

Il accepta, pour elle, pour leur fille. Des mois passèrent. Kouyu chanta, Boanchi se rétablit. Un soir, lors de la cérémonie d’anniversaire de l’entreprise, il monta sur scène, la fit venir, et lui demanda, devant tout le monde, de l’épouser.

Kouyu le regarda. Toutes ces années de souffrance, de trahison, de larmes, de presque mort. Elle se souvint de leur fille, de leur amour, de tout ce qu’ils avaient traversé. Elle prit sa main.

Oui, je le veux. Les applaudissements éclatèrent. Xianji sauta de joie. Boanchi, pour la première fois depuis des années, sourit avec une vraie lumière dans les yeux.

Ils étaient enfin réunis.