La foule hurlait son nom, la salle entière vibrait sous les acclamations. Antoine Lucas venait de remporter une victoire de plus, écrasant son adversaire avec la technique qu’il avait héritée de la reine des sept couronnes. Dans les gradins, les fans se déchaînaient, criant leur admiration pour l’idole de la nation. Personne ne remarqua la femme ronde et effacée qui regardait le combat avec des yeux pleins d’amour.

Cinq ans plus tôt, Élise Morau avait tout abandonné pour cet homme. Elle avait renoncé à sa gloire, à son titre, à sa véritable identité. Elle lui avait confié son manuel secret, celui qui contenait toutes les techniques ayant fait d’elle une légende. En échange, elle avait cru recevoir un amour sincère, un foyer, une vie simple où son passé de combattante serait oublié.
Elle s’était laissée grossir, avait dissimulé son corps de sportive derrière une silhouette empâtée, convaincue que le bonheur se trouvait dans les petits gestes du quotidien. Mais les jours avaient passé, et les illusions s’étaient effritées une à une. La voix d’Antoine s’était faite plus dure, plus méprisante. Margot, une femme mince et attentionnée, rôdait désormais autour de lui, lui prodiguant conseils et compliments.
Le jour du grand tournoi, Élise reçut la visite de deux hommes encadrés. Un simple mot de menace suffit : si elle ne perdait pas délibérément son combat, Antoine serait tué. Elle avait obéi, résignée, croyant protéger l’homme qu’elle aimait. Mais au lieu de sa gratitude, elle ne récolta que son mépris.
Tu ne sais que bouffer, lui avait-il craché au visage. Regarde-toi, tu ne ressembles plus à rien. Tu me dégoûtes. Quand elle tenta de répliquer, il alla jusqu’à la frapper devant Margot, prenant la défense de cette femme qui n’était qu’une étrangère dans leur vie.
Un jour, Élise comprit enfin la vérité. Toutes ces années de sacrifices, toute cette gloire sacrifiée sur l’autel d’un amour illusoire. Elle enfila son manteau, prit son sac, et quitta cette maison où elle n’avait jamais été autre chose qu’une servante incapable de plaire. Antoine, lui, resta certain qu’elle reviendrait.
Mais les jours passèrent sans qu’elle ne réapparaisse. Il fallut que les semaines s’écoulent avant qu’il s’inquiète réellement, puis s’énerve, puis renonce. Margot prit sa place, s’installant dans la maison, prenant soin de lui, l’encourageant à l’entraînement pour le grand tournoi. Pendant ce temps, Élise retrouva son entraîneur, Jean Forestier, celui qui avait fait d’elle la reine des sept couronnes.
Dans son académie nouvellement fondée, elle reprit l’entraînement intensif. La graisse fondit, les muscles se modelèrent à nouveau, et l’ancienne championne retrouva sa forme légendaire. Lors du grand tournoi, l’académie Forestier fut la cible de toutes les attentions. La rumeur disait que le coach légendaire choisirait un élève pour l’accompagner dans la compétition.
Antoine Lucas arriva, confiant, arrogant, persuadé que cette place lui était réservée. Mais le coach Forestier avait un plan bien différent. Le jour de la présentation, il monta sur l’estrade, accompagné d’une femme magnifique, athlétique, rayonnante. Antoine la regarda, fronçant les sourcils.
Quelque chose dans son allure, dans sa démarche, lui était familier. Cette femme, c’est la personne que j’ai choisie pour remporter le titre de championne du monde. Quant à son identité, vous la découvrirez bien assez tôt. La salle entière retint son souffle.
Margot chuchota à l’oreille d’Antoine : c’est Élise, n’est-ce pas ? Antoine secoua la tête, incrédule. L’Élise qu’il avait chassée était une femme grosse et dévouée. Celle-ci était rayonnante de confiance et de puissance.
Mais au fond de lui, malgré ses dénégations, il savait. C’était elle. Rien qu’à son regard, il était sûr que c’était elle. Mais la femme qu’il vit sur le ring n’avait plus rien de commun avec la servante qu’il avait crownée.
Elle se tenait droite, les poings serrés, les yeux remplis de cette flamme qu’il reconnaissait à peine. Elle était Élise Morau, mais une version qu’il n’avait jamais connue. Lorsqu’il la provoqua en combat, elle ne baissa pas les yeux. Elle esquiva ses attaques comme si elles étaient écrites à l’avance.
Quand il utilisa le point du dragon, la technique phare de la reine héritée du manuel, elle la décomposa en un éclair, releva ses faiblesses, puis l’abattit d’une contre-attaque précise. La salle explosa. C’est le dragon volant, murmura quelqu’un dans la foule. C’est la technique ultime de la reine des sept couronnes.
Comment peut-elle la connaître ? Antoine, à terre, le souffle coupé, regarda la femme qui se tenait au-dessus de lui. Et dans son regard, elle vit la vérité qu’il refusait encore d’admettre. C’était elle.
C’était toujours elle. Le club soleil, qui avait vu sa superbe remise en cause, envoya ses hommes. Vincent Gautier, le fils du fondateur, fit irruption dans l’académie Forestier avec une dizaine de sbires. Il cherchait la reine des sept couronnes, prêt à la faire disparaître comme il avait tenté de le faire cinq ans plus tôt.
Élise se leva, le défia, et en moins de dix secondes, ses hommes gisaient à terre, vaincus par des coups si rapides que personne ne les avait vus. Charles Chardin, l’héritier du groupe Chardin, se révéla alors. Il révéla que la famille Gautier avait truqué les matchs, corrompu les arbitres et comploté avec des experts étrangers pour dominer les arts martiaux français. En tant que fils du président de l’association, il avait le pouvoir et la volonté de s’opposer à eux.
Élise, rejoignez-nous, lui dit-il. Vous êtes la seule capable de sauver notre honneur. Le club soleil tenta une dernière manœuvre désespérée. Henry Gautier, le patriarche, utilisa otages et menaces pour attirer Élise dans un piège.
Mais elle vint, seule, déterminée. Elle affirma à tous l’identité qu’elle cachait depuis cinq ans : elle était la reine des sept couronnes. Antoine, qui avait perdu la raison, se dressa alors contre elle sous l’emprise d’un élixir interdit, un sérum qui décuplait sa force jusqu’à lui coûter la vie. Sur le ring, ivre de puissance, il chargea pour la détruire.
Mais à la dernière seconde, Élise, au lieu de riposter, utilisa son énergie pour le sauver. Elle fit ressortir le poison de son corps, au prix de ses propres forces. Antoine, à genoux, couvert de sueur, la regarda avec des yeux vides. Pourquoi m’as-tu sauvé ?
murmura-t-il. Elle se releva, les jambes flageolantes. Pour sauver quelqu’un, faut-il toujours une raison ? Mais elle ne trouva pas la force de continuer.
Elle s’effondra à son tour. Antoine, à bout de forces, resta là, regardant le corps de celle qu’il avait méprisée. Puis, sans un mot, il se releva et quitta la salle, abandonnant le titre et sa fierté. L’échec s’accumula.
Margot, la femme qui avait précipité la chute d’Élise, se révéla être la sœur de David Simon, un ancien adversaire d’Élise qui avait été brisé sur le ring des années plus tôt. Sa vengeance n’avait été que mensonges et manipulation pour détruire la reine et ceux qui l’entouraient. Vincent Gautier, désespéré, invoqua alors Charles Chardin. Ce dernier, sous l’effet d’un élixir encore plus puissant que la drogue d’Antoine, se dressa contre Élise.
Mais une fois encore, la reine des sept couronnes triompha, brisant la drogue et la supercherie de ses adversaires. Le club soleil paya son arrogance. Vincent, battu et humilié, se retrancha derrière des menaces de vengeance, annonçant l’arrivée imminente d’experts étrangers venus anéantir les arts martiaux français. Mais Élise, Jean Forestier, Charles Chardin et les combattants de l’académie tinrent bon.
La finale du grand tournoi martial approchait. Henry Gautier était allé chercher des renforts à l’étranger pour écraser la scène française. Mais Élise, en guise de réponse, se dressa devant la foule, prête au combat ultime. C’est l’heure, dit-elle à son coach.
Cette fois, personne ne me volera ma gloire. Et personne ne touchera aux miens.


