L’exécution douloureuse de Dorothea Binz – Attention, images difficiles à regarder

L’exécution douloureuse de Dorothea Binz — Attention, images difficiles à regarder

Execution of Psycho Nazi Guard & Sexual Deviant: Dorothea Binz

Avertissement : ce récit évoque les violences commises dans le camp de concentration de Ravensbrück. La photographie présentée est une archive historique, non une image de l’exécution.

Le 2 mai 1947, quelques minutes avant neuf heures du matin, une porte s’ouvrit dans la prison de Hamelin, en Allemagne occupée.

Dorothea Binz n’avait que vingt-sept ans.

Deux ans auparavant, elle donnait encore des ordres à des femmes affamées derrière les barbelés de Ravensbrück. Ce matin-là, elle ne contrôlait plus rien : ni la porte qui venait de s’ouvrir, ni les gardiens qui l’attendaient, ni l’heure inscrite dans le registre de la prison.

À 9 h 01, le bourreau britannique Albert Pierrepoint exécuta la sentence prononcée contre elle : la mort par pendaison.

Sur Internet, cette scène est souvent présentée sous des titres promettant « l’exécution la plus douloureuse », « les dernières secondes terrifiantes » ou même des « images réelles » de la pendaison.

Pourtant, les archives sérieuses racontent une histoire différente.

Elles attestent la condamnation, la date, le lieu et le nom du bourreau. Elles conservent des photographies et des films du procès. Mais elles ne fournissent aucune séquence authentifiée montrant l’exécution de Binz, ni aucun élément établissant qu’elle aurait subi l’agonie prolongée décrite dans certaines vidéos modernes. Les documents cinématographiques répertoriés montrent surtout les accusés au tribunal de Hambourg lorsque leurs sentences furent annoncées.

Le véritable récit n’est donc pas celui d’une corde.

Il commence huit ans plus tôt, lorsqu’une jeune femme de dix-neuf ans se présenta à Ravensbrück pour demander un emploi.

En août 1939, Dorothea Binz affirma avoir cherché un poste dans les cuisines du nouveau camp. La place qu’elle désirait aurait déjà été occupée. On lui proposa alors de devenir surveillante.

Elle accepta.

Ce choix, apparemment administratif, fut la première porte qu’elle aurait encore pu refuser de franchir.

Ravensbrück se trouvait à environ quatre-vingts kilomètres au nord de Berlin. Construit pour emprisonner principalement des femmes, le camp reçut ses premières détenues en mai 1939. Elles étaient environ neuf cents à l’arrivée. En janvier 1945, plus de cinquante mille personnes y étaient enfermées, en majorité des femmes venues de plus de trente pays.

Les gardiennes n’étaient pas officiellement membres de la SS au même titre que les hommes. Elles appartenaient au personnel féminin placé sous son autorité. Elles recevaient un uniforme, un salaire, un logement et des rations bien supérieures à celles des prisonnières.

À partir de 1942, Ravensbrück devint également l’un des principaux centres de formation des surveillantes destinées aux camps nazis. La brutalité n’y était pas seulement tolérée. Elle était transmise comme une méthode de travail.

Binz progressa rapidement.

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Les registres indiquent qu’elle surveillait déjà, quelques semaines après son arrivée, des groupes de détenues contraintes de scier et de transporter du bois. Elle dirigea ensuite des prisonnières affectées au transport de matériaux, au nettoyage, au jardinage et aux travaux de construction.

En 1940, elle devint responsable adjointe du bâtiment cellulaire, le « bunker » du camp. Deux ans plus tard, elle en prit la direction. En février 1944, elle fut officiellement nommée surveillante en chef adjointe, après avoir déjà exercé une partie de ces fonctions depuis l’été précédent.

Dans le bunker, les mots administratifs masquaient une réalité simple.

« Discipline » signifiait punition.

« Interrogatoire » pouvait signifier humiliation ou coups.

« Inapte au travail » pouvait devenir une condamnation à mort.

Binz était chargée de faire appliquer les sanctions imposées aux détenues. Dans la déclaration qu’elle remit avant le procès, elle décrivit les procédures et les conditions du bâtiment cellulaire entre 1940 et 1943. Au tribunal, elle reconnut avoir maltraité des prisonnières, tout en contestant ou en minimisant d’autres accusations.

Pendant ce temps, Ravensbrück s’enfonçait dans la famine, le surpeuplement et les épidémies.

Les rations diminuaient. Les baraques débordaient. Les sanitaires se dégradaient. Des femmes étaient forcées de travailler alors qu’elles tenaient à peine debout.

Celles que l’administration jugeait trop faibles étaient régulièrement isolées lors de « sélections ». Certaines furent exécutées sur place. D’autres furent transférées vers des centres de mise à mort ou assassinées par injection. Au début de 1945, une chambre à gaz fut construite à proximité du crématorium de Ravensbrück, où entre cinq mille et six mille prisonniers furent tués avant la libération du camp.

Des expériences médicales furent également pratiquées sur des détenues, principalement des Polonaises. Des médecins provoquaient des blessures, introduisaient des substances dans les plaies, endommageaient les os ou procédaient à des amputations expérimentales.

Certaines prisonnières réussirent à prendre clandestinement des photographies de leurs blessures. Elles ne le firent pas pour provoquer les générations futures.

Elles le firent parce qu’elles craignaient que, si elles mouraient, les responsables puissent un jour affirmer que rien de tout cela n’avait existé.

Entre 1939 et 1945, plus de 130 000 femmes passèrent par le système concentrationnaire de Ravensbrück. Les estimations du Musée mémorial de l’Holocauste des États-Unis situent le nombre de morts entre 20 000 et 30 000.

Ce sont ces chiffres qui permettent de comprendre la position de Binz.

Elle n’était pas une employée perdue dans un immense appareil dont elle aurait ignoré la fonction. Elle était devenue l’une des responsables du camp des femmes. Elle surveillait les punitions, dirigeait du personnel et exerçait son autorité dans un lieu où la violence constituait une partie ordinaire de l’administration.

Chaque promotion apportait davantage de pouvoir.

À quelques mètres des cellules, des femmes étaient privées de nourriture, battues ou laissées dans des conditions qui pouvaient les tuer. De l’autre côté des clôtures, le personnel disposait de logements, de repas et d’une vie privée.

Cette proximité rend l’histoire plus difficile à accepter.

Les gardiens ne pouvaient pas prétendre que les crimes se déroulaient dans un pays lointain. Ils voyaient les corps amaigris. Ils entendaient les appels. Ils parcouraient quotidiennement les mêmes allées.

En avril 1945, lorsque l’armée soviétique approcha, les SS forcèrent environ vingt mille femmes et la plupart des détenus masculins encore présents à quitter Ravensbrück à pied. Ce furent les marches de la mort.

Les gardes abandonnèrent finalement le camp. Lorsque les forces soviétiques arrivèrent les 29 et 30 avril, elles découvrirent plus de deux mille malades — des femmes, des hommes et des enfants — trop faibles pour avoir été évacués.

Le pouvoir de Dorothea Binz s’était effondré avec le régime qui le lui avait donné.

Elle fut arrêtée après la guerre puis transférée sous autorité britannique. À Hambourg, dans le Curiohaus, elle comparut avec quinze autres personnes lors du premier procès consacré au personnel de Ravensbrück.

Les audiences commencèrent le 5 décembre 1946.

Elles durèrent près de deux mois.

À quelques mètres des accusés, les pièces du dossier, les déclarations et les témoignages reconstruisirent ce qui s’était passé derrière les murs du camp. La justice militaire britannique ne jugeait plus une surveillante puissante entourée de détenues sans défense. Elle jugeait une prisonnière représentée par un avocat, devant un tribunal où ses actes pouvaient enfin être contestés publiquement.

Le 3 février 1947, le verdict fut annoncé.

Une photographie de l’Associated Press montre Binz debout dans le box, encadrée par des militaires. Elle porte des vêtements civils. Elle écoute la décision.

Mort par pendaison.

Il n’y a ni fouet dans sa main, ni rangée de prisonnières obligées de baisser les yeux. Il n’y a qu’une femme immobile pendant qu’une autre autorité décide de son avenir.

Voilà le moment où l’équilibre du pouvoir devint visible.

Pendant des années, Binz avait participé à un système dans lequel une mention sur un registre pouvait envoyer une détenue au bunker, à une expérience médicale ou à la mort. Désormais, son propre nom figurait sur un document judiciaire.

Son avocat déposa une demande de grâce.

Elle fut rejetée.

La condamnation fut confirmée le 31 mars 1947. Peu après, Binz tenta de se suicider. Les autorités intervinrent et la maintinrent en vie afin que la sentence du tribunal puisse être exécutée.

Ce geste constitue peut-être le moment le plus révélateur de toute l’histoire.

Pendant son procès, elle avait pu discuter les faits, réduire sa responsabilité et présenter sa version. Après la confirmation du verdict, il ne restait plus de procédure derrière laquelle se protéger.

La femme qui avait vu d’innombrables prisonnières perdre tout contrôle sur leur propre existence comprenait maintenant que le jour et l’heure de sa mort seraient fixés par d’autres.

Le destin brutal de Dorothea Binz

Mais voici ce que les titres sensationnalistes disent rarement.

Rien dans les sources historiques fiables consultées ne permet d’affirmer que son exécution fut conçue comme une séance de torture ou qu’elle se transforma en longue agonie. La méthode britannique dite de la « longue chute » cherchait au contraire à provoquer une perte de conscience rapide par rupture cervicale.

Qualifier sa pendaison de « douloureuse » comme s’il s’agissait d’un fait établi relève donc davantage du récit viral que du document historique.

Et c’est là que l’histoire se retourne.

Les images les plus difficiles à regarder ne sont pas celles de son exécution.

Ce sont celles des prisonnières de Ravensbrück.

Ce sont les photographies clandestines des jambes mutilées par les expériences médicales. Les baraques surpeuplées. Les visages des survivantes. Les listes de femmes réduites à des numéros. Les archives des convois. Les cellules dont Binz avait la responsabilité.

Se concentrer uniquement sur ses dernières secondes risque de transformer la justice en spectacle et de placer la coupable au centre d’une histoire qui appartient d’abord à ses victimes.

Le 2 mai 1947, Dorothea Binz fut conduite à la potence de Hamelin. Pierrepoint accomplit la procédure. La prison enregistra l’heure : 9 h 01.

Son autorité s’arrêta là.

Son exécution ne rendit pas la vie aux femmes mortes de faim, de maladie, sous les coups ou dans les chambres à gaz. Elle n’effaça pas les années volées aux survivantes.

Mais elle établit publiquement quelque chose que le régime nazi avait tenté de nier : porter un uniforme, recevoir des ordres et travailler au sein d’une administration ne supprimait pas la responsabilité individuelle.

Binz avait commencé par demander un emploi.

Puis elle avait accepté un uniforme.

Puis une première fonction.

Puis une promotion.

Puis une autre.

Aucun matin ne l’avait soudainement transformée en responsable d’un camp. Cette transformation s’était faite par une série de décisions, chacune plus facile à justifier après la précédente.

C’est peut-être la partie la plus inquiétante de son histoire.

Le mal n’arrive pas toujours en criant. Il peut commencer par un formulaire, un salaire régulier, une porte que l’on accepte de franchir et le silence de ceux qui préfèrent ne pas demander ce qui se passe de l’autre côté.