Stalingrad, janvier 1943 : la capitulation de Paulus et la destruction de la 6e armée
Le 31 janvier 1943, le maréchal Friedrich Paulus, commandant de la 6e armée allemande, tomba aux mains des forces soviétiques dans le secteur méridional de Stalingrad. Son quartier général avait été installé dans les sous-sols du magasin central Univermag, au milieu des ruines de la ville. Paulus, son chef d’état-major Arthur Schmidt et plusieurs officiers furent ensuite conduits au quartier général de la 64e armée soviétique à Beketovka.
La capture de Paulus ne mit cependant pas immédiatement fin à toute résistance. Les formations encerclées avaient été séparées en plusieurs poches par l’offensive soviétique. La poche méridionale cessa le combat le 31 janvier, tandis que les derniers éléments du nord, notamment le XIe corps du général Karl Strecker, résistèrent encore dans le secteur des grandes usines. Ils déposèrent finalement les armes le 2 février 1943, date généralement retenue comme la fin de la bataille de Stalingrad.
La promotion de Paulus au grade de Generalfeldmarschall était intervenue à la veille de sa capture. En lui accordant le plus haut grade de l’armée allemande, Hitler espérait manifestement qu’il se donnerait la mort plutôt que de devenir le premier maréchal allemand capturé vivant. Paulus refusa cette logique et se laissa faire prisonnier avec son état-major.
La catastrophe trouvait son origine dans l’offensive allemande de l’été 1942. L’opération Blau devait permettre à la Wehrmacht de progresser vers les champs pétrolifères du Caucase tout en sécurisant la Volga. La 6e armée reçut la mission de prendre Stalingrad, ville industrielle importante et point majeur de communication fluviale. À partir de l’été, les combats se transformèrent en une longue bataille d’usure dans les rues, les caves, les immeubles et les complexes industriels.
En novembre 1942, alors que les forces allemandes étaient concentrées dans la ville, le commandement soviétique lança l’opération Uranus. L’offensive ne frappa pas directement le centre du dispositif allemand. Elle attaqua les flancs, principalement défendus par la 3e armée roumaine au nord et la 4e armée roumaine au sud. Moins bien équipées en armes antichars et déployées sur des fronts très étendus, les formations roumaines ne purent contenir les forces mécanisées soviétiques.
Le 23 novembre, les deux grandes pinces soviétiques se rejoignirent près de Kalatch-sur-le-Don. Plus de 200 000 soldats allemands, roumains et appartenant à d’autres unités alliées se retrouvèrent enfermés dans une vaste poche autour de Stalingrad. Les armées italiennes et hongroises, souvent associées à la catastrophe, se trouvaient plus à l’ouest sur le Don. Elles furent surtout frappées par les opérations soviétiques ultérieures, et non par les deux principales percées qui réalisèrent l’encerclement de la 6e armée.
Plusieurs officiers allemands recommandèrent une sortie rapide avant que les Soviétiques ne consolident leur dispositif. Hitler interdit cependant tout abandon de Stalingrad et ordonna à Paulus de tenir ses positions. Hermann Göring affirma que la Luftwaffe pourrait ravitailler l’armée encerclée par les airs, bien que les moyens disponibles fussent très inférieurs aux besoins réels.
Le pont aérien réussit à livrer des vivres, des munitions et du carburant, ainsi qu’à évacuer une partie des blessés, mais jamais en quantité suffisante. Le mauvais temps, l’éloignement des bases, les pertes d’appareils et la pression de l’aviation soviétique réduisirent encore son efficacité. La 6e armée avait besoin de plusieurs centaines de tonnes de ravitaillement quotidien; les livraisons moyennes restèrent très inférieures à ce seuil.
En décembre, le groupe d’armées Don, commandé par Erich von Manstein, lança l’opération Wintergewitter afin de rétablir une liaison avec les encerclés. Les unités blindées du général Hermann Hoth atteignirent la rivière Myshkova, à quelques dizaines de kilomètres de la poche. Mais Paulus ne reçut jamais l’autorisation de quitter Stalingrad. Ses véhicules manquaient de carburant, ses unités étaient épuisées et des milliers de blessés ne pouvaient être transportés.
La contre-offensive soviétique appelée Little Saturn frappa en même temps les forces de l’Axe sur le moyen Don et menaça les communications du groupe d’armées Don. Les troupes de secours durent finalement se retirer. Après cet échec, la destruction de la 6e armée ne fut plus qu’une question de temps.
Les Soviétiques transmirent à Paulus un ultimatum le 8 janvier 1943. Ils promettaient des rations, des soins aux blessés et le maintien des effets personnels en cas de reddition. L’offre fut rejetée. Le 10 janvier, le front du Don du général Konstantin Rokossovski lança l’opération Ring, destinée à réduire progressivement la poche.
Sous la pression de l’artillerie et de l’infanterie soviétiques, le périmètre allemand se contracta rapidement. Le principal terrain d’aviation de Pitomnik fut perdu autour du 17 janvier. Gumrak tomba quelques jours plus tard, généralement le 23 janvier. La perte de ces aérodromes rendit presque impossible l’arrivée de ravitaillement lourd et l’évacuation organisée des blessés.
Les conditions à l’intérieur de la poche étaient catastrophiques. Les rations avaient été réduites, les chevaux furent abattus pour nourrir les soldats et le carburant était réservé aux besoins les plus urgents. Le froid, la malnutrition, les blessures, les infections et la dysenterie affaiblissaient les survivants. Les hôpitaux de campagne installés dans les caves ne disposaient plus de médicaments, de nourriture ni de moyens suffisants pour soigner les blessés.
À la fin du mois de janvier, la 6e armée n’existait pratiquement plus comme force organisée. Les unités avaient perdu leurs liaisons, les munitions s’épuisaient et de nombreux soldats ne pouvaient plus combattre. La capture de Paulus le 31 janvier symbolisa la chute de la poche sud, mais il ne donna pas un ordre général de capitulation à toutes les forces restantes. Les derniers groupes du nord cessèrent le combat le 2 février.
Il est difficile d’établir un bilan humain unique, car les estimations varient selon que l’on considère les combats dans la ville, l’ensemble de la campagne entre le Don et la Volga ou les offensives soviétiques plus vastes de l’hiver 1942-1943. Les évaluations courantes font état de plusieurs centaines de milliers de pertes pour l’Allemagne et ses alliés. Les pertes soviétiques, comprenant les morts, les disparus, les blessés et les malades, dépassèrent probablement le million. Stalingrad fut ainsi l’une des batailles les plus meurtrières de la Seconde Guerre mondiale, mais les chiffres de 800 000 à 1,5 million de pertes pour les seules forces allemandes et alliées ne peuvent être retenus sans préciser un cadre géographique beaucoup plus large.
Environ 91 000 hommes furent faits prisonniers lors de l’effondrement final, même si certaines recherches évaluent leur nombre total à près de 100 000. Beaucoup étaient déjà gravement malades, sous-alimentés ou blessés. Des dizaines de milliers moururent pendant les marches, dans les camps de transit ou au cours des années de captivité. Seuls environ 6 000 prisonniers de Stalingrad retournèrent finalement en Allemagne.
La défaite eut un retentissement considérable. Pour la première fois, une armée allemande entière avait été encerclée puis détruite. Stalingrad ne mit pas fin à la guerre et ne fut pas l’unique tournant du conflit, mais elle constitua une rupture stratégique et psychologique majeure sur le front de l’Est. Après cette victoire, l’Armée rouge conserva de plus en plus souvent l’initiative stratégique.
Le régime nazi tenta de transformer la catastrophe en récit de sacrifice héroïque. Une musique funèbre, notamment associée à l’Adagio de la Septième Symphonie de Bruckner, accompagna les annonces radiophoniques. Le 18 février 1943, Joseph Goebbels prononça son discours du Sportpalast, dans lequel il exploita la défaite pour appeler la population allemande à accepter la « guerre totale ». Il évoqua les morts comme des héros, tout en passant largement sous silence les dizaines de milliers de prisonniers.
La victoire soviétique sur la Volga détruisit le prestige de la 6e armée et révéla les limites de la stratégie allemande. Elle fut obtenue au prix de pertes immenses, de la destruction presque totale de Stalingrad et de souffrances considérables pour les soldats comme pour la population civile. Son importance historique ne réside pas dans une formule sur la fin immédiate de l’invincibilité allemande, mais dans le changement durable du rapport de forces sur le front oriental.



