Le matin du 25 septembre, j’étais dans ma tranchée, les pieds dans la boue, quand mon colonel m’a montré la pyramide de 75 qu’on avait montée avec les copains, juste pour passer le temps. « On…

Le matin du 25 septembre, j’étais dans ma tranchée, les pieds dans la boue, quand mon colonel m’a montré la pyramide de 75 qu’on avait montée avec les copains, juste pour passer le temps. « On...

« Tu peux m’expliquer pourquoi on a une pyramide de 75 sur quatre niveaux ? »

« Ah, ça, on a fait ça avec les gains de l’artillerie. On s’ennuyait. »

« Pardon ?

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Vous êtes au courant que l’ennemi est à moins de 20 km d’ici ? »

« Bien sûr, on est à fond. Mais bon, on a une munition de qualité, les nouvelles ont fait sauter la batterie d’à côté et ils nous ont fait passer le mot. Alors nous, on attend des munitions au top.

»

« C’est pas une raison pour ranger les canons en mode art moderne comme ça. »

« C’est toujours mieux que de les laisser à portée de l’artillerie ennemie ou de les faire exploser avec de la mauvaise caillasse. Et puis, ça occupe. »

« Bon, il nous reste combien de canons ?

»

« Si on demande aux copains de la division de réserve, on peut en avoir cinq facile. »

« Parfait, on vise le cinquième niveau. »

Nous entamons une nouvelle série sur la Première Guerre mondiale, et cette fois, nous allons traverser le conflit. Avant toute chose, laissez-moi vous donner le cadre des cinq épisodes à venir.

Contrairement à la série sur 1914, nous allons essayer de faire abstraction de nombreux aspects pour nous concentrer sur le défi qu’a représenté l’utilisation de matériel complexe : artillerie, aviation, chars, engins d’infanterie. La Première Guerre mondiale est connue pour avoir été une guerre de grandes innovations techniques et technologiques. Mais on se figure assez mal les enjeux que cela pose à l’organisation militaire, tant au niveau tactique, que coopérationnel ou stratégique. Cette série va donc essayer d’ouvrir des concepts généraux sur l’emploi de ces matériels technologiquement complexes.

Car utiliser massivement des canons de capacités variées, des avions ou des chars, n’a en réalité rien d’évident, tant en ce qui concerne le pourquoi que le comment. Encore une fois, nous nous concentrerons sur les Français, sur le front ouest, de 1915 à 1918. Oui, parce que sinon, on n’est pas sorti. Évidemment, on reviendra sur la Grande Guerre sans problème, mais là, on se concentre sur le matériel et sur l’environnement intellectuel nécessaire à son utilisation.

On ignorera donc de nombreux enjeux de ce conflit. On ne s’intéressera pas aux autres fronts, et on va même nous désintéresser des tranchées, en tout cas on ne rentrera pas dans le détail de leur fonctionnement. Le but étant de préparer la suite et de vous donner des clés d’analyse pour aborder des combats plus récents qui utilisent ce genre de matériel. Nous commençons ici par nous intéresser à l’infanterie, pour discuter de la notion d’opérabilité.

Pour l’illustrer, nous allons parler des offensives de 1915, et plus particulièrement de la seconde bataille de Champagne, du 25 au 30 septembre. L’année 1915 est souvent résumée à une série d’attaques françaises et britanniques meurtrières, ce qui se comprend quand on la regarde dans sa globalité et qu’on jette un œil aux chiffres des pertes. Mais elle nous intéresse aujourd’hui car elle cache tout un mouvement d’évolution et d’adaptation, notamment dans le camp de l’Entente. Contexte de cette année 1915 sur le front ouest.

Avec la série sur 1914, nous avons pu voir comment un front dessiné par les tranchées s’est mis en place, de la Suisse à la mer du Nord, après la mise en échec des plans de toutes les puissances militaires engagées dans le conflit. L’heure est à l’adaptation face à une situation que personne n’avait prévue. Nous l’avons vu, et cela est connu, la position du front est à l’avantage des Allemands, puisque ces derniers occupent une partie du territoire français d’autant plus importante qu’elle comprend des bassins industriels et miniers majeurs. Les Français ont donc une certaine motivation politique et économique à vouloir récupérer du terrain, tandis que les Britanniques sont plutôt pour une posture défensive, puisque leur armée est en pleine recomposition.

Mais ce qui conditionne la posture des deux camps, c’est la Russie. En effet, cette dernière a consenti de nombreux efforts pour soulager la France en 1914, mais elle l’a payé au prix fort. En août et septembre 1914, les Russes voient deux de leurs armées réduites de moitié à Tannenberg et aux lacs de Mazurie. Ces défaites, si elles ne détruisent pas entièrement les forces russes, mettent sérieusement en danger la bonne tenue du front Est, après la bataille de Limanowa en décembre, qui stoppe l’attaque russe contre l’Autriche-Hongrie.

Aussi, en 1915, c’est au tour des Français de soulager leur allié russe. En face, les Allemands acceptent plutôt l’impasse. Comme les Russes semblent être une cible plus facile, ils souhaitent profiter de l’avantage défensif pour tenir en respect les Français et les Britanniques à l’Ouest, afin de concentrer leurs efforts d’attaque à l’Est. Bref, stratégiquement, 1915 est conçue par les Allemands comme une année de réorganisation et de temporisation à l’Ouest, pour pouvoir mettre un terme à l’encerclement stratégique à l’Est.

Pour l’Entente, en revanche, il s’agit de monter en puissance et de tenter une percée des tranchées, tout en ouvrant d’autres fronts pour disperser les forces des États centraux. On peut penser aux Dardanelles contre les Ottomans, entrés dans le conflit en octobre 1914, au Moyen-Orient, à l’Afrique, ou encore à l’entrée de l’Italie dans leur camp en mai 1915. Sur le front Ouest, après la première bataille de Champagne, de décembre 1914 à mars 1915, qui fait abandonner l’idée d’une attaque globale, Français et Britanniques multiplient les attaques locales, soit pour réduire des saillants, soit pour prendre des positions avantageuses, soit pour appuyer sur des points faibles du dispositif allemand. Hartmann, Villers-Cotterêts, autant de batailles qui coûtent cher en vies humaines, mais qui dessinent de nouvelles méthodes d’assaut que les Français comptent mettre à profit.

On notera également l’attaque allemande sur Ypres, durant laquelle ils utilisèrent pour la première fois des gaz de manière massive. Je vais évidemment très rapidement passer sur ce sujet. Retenez cependant que les offensives de 1915, dont la seconde bataille de Champagne fait partie, ont beaucoup marqué l’imaginaire collectif des soldats français. De là découle l’idée des généraux « boutonneux » qui seraient peu avares en sang français et qui le gâcheraient dans des attaques aussi infructueuses qu’inutiles, tout en se ressemblant toutes.

Mais au-delà de ce récit, qui s’explique parfaitement au vu des pertes, il faut nuancer un peu le constat. Au contraire, sur le plan matériel et politique, on devrait constamment améliorer les techniques et tactiques d’assaut. En fait, chaque bataille semble témoigner d’un apprentissage et d’une adaptation réelle aux leçons des batailles précédentes. Simplement, les défenseurs également ont appris et ont sensiblement amélioré leur système de défense, si bien qu’au fil de 1915, chaque attaque faisait face à une défense mieux organisée, rendant invisibles les adaptations de chaque assaut.

Il est clair que l’objectif politique de récupérer rapidement le contrôle du territoire français occupé a amené à trop nombreuses batailles. Mais ces dernières n’étaient pas gratuites. Il faut comprendre que les contemporains, à cette époque, avaient l’impression, à chaque nouvelle étape, qu’ils avaient toutes les cartes en main pour gagner. Une forme de « cette fois-ci, c’est la bonne » qui a amené à passer outre les morts et les déceptions.

La bataille qui nous intéresse en est un excellent témoin, comme nous allons le voir. Parlons-en. Celle-ci se construit après le constat d’échec des offensives précédentes. Si à partir de mars 1915 les Français s’étaient vertueusement livrés à un grignotage pour reprendre des positions avantageuses proches du front, la seconde bataille de Champagne est pensée comme une bataille de rupture, de percée.

Le but est bien d’ouvrir le front allemand et d’exploiter cette ouverture par l’emploi de cavalerie, qui devrait alors occuper le plus de terrain possible derrière cette ligne brisée. En cela, la doctrine offensiviste néo-napoléonienne se reconnaît bien. Notez d’ailleurs que la Champagne n’est pas choisie au hasard, puisque derrière le front on a une plaine peu coupée topographiquement, ce qui est à l’avantage d’une exploitation par la cavalerie. Cette attaque, contre laquelle les Britanniques s’opposent, est vue comme d’autant plus nécessaire que les Russes demandent explicitement de quoi les soulager en mai.

En effet, de mai à septembre, c’est l’offensive de Gorlice-Tarnów, qui voit les Allemands et les Austro-Hongrois avancer de plusieurs centaines de kilomètres. Joffre obtient ainsi l’organisation d’une grande attaque coordonnée. Cette offensive prévoit un assaut en Champagne, soutenu par une bataille dans l’Artois, menée conjointement par les Français et les Britanniques, qui engagent la bataille de l’Artois. Je vais ignorer l’Artois, mais c’est sensiblement la même chose qui s’y passe, pour ne pas dire que ça se passe moins bien.

En Champagne, deux armées sont prévues pour l’engagement : la deuxième, commandée par Pétain, et la quatrième, commandée par de Langle de Cary. En face, c’est la troisième armée allemande, commandée par von Mudra. Pendant trois mois, de juin à septembre, les Français préparent leur attaque. Déjà, ils renforcent les deuxième et quatrième armées pour que chacune soit dotée de quatre corps d’armée, un corps d’armée colonial et un corps d’armée de cavalerie.

Ensuite, de nombreux travaux de terrassement sont exécutés pour se rapprocher des lignes allemandes, passant de 1 100 à 100 mètres de distance. Tout ça est exécuté par le génie, dont on ne parle pas aujourd’hui, mais dont il ne faut pas effacer le rôle. Tout un travail de repérage des positions fortifiées, des nœuds ferroviaires, des cantonnements ou des batteries d’artillerie allemandes a été exécuté grâce aux ballons d’observation ou aux avions, avec prises de photos aériennes. Enfin, la logistique s’est virtuellement concentrée à rassembler vivres et munitions sur les points clés de distribution et de consommation, afin que l’attaque, une fois lancée, ne connaisse aucune discontinuité.

1 100 pièces d’artillerie sont ainsi déployées, entre artillerie de campagne, artillerie de tranchées et artillerie lourde. Le plan est simple : un large front de 25 km, allant d’Aubérive à Ville-sur-Tourbe, serait soumis à une préparation d’artillerie intense de trois jours. La longueur du front est prévue pour empêcher les troupes allemandes adjacentes à la véritable poussée, planifiée plus au centre, de soutenir par leur feu les troupes assaillies. Les Français doivent rompre le front allemand assez sensiblement pour ouvrir un espace à la cavalerie, qui aurait alors pour objectif d’occuper le maximum de terrain dans la direction de Mézières et de Douai, pour couper la ligne de chemin de fer.

L’objectif final est donc à 74 km et sa prise menacerait tout le dispositif allemand à l’Ouest. On perçoit une forme d’hybridation entre les conceptions d’avant-guerre et les apprentissages de 1915 dans ce plan. D’un côté, une confiance réelle dans la capacité offensive de l’infanterie et dans l’utilité de la cavalerie pour exploiter un succès de la charge. De l’autre, une planification minutieuse, un front plus large et une préparation d’artillerie énorme.

Le problème, c’est que tout ça se voit. Les Allemands ne manquent pas de repérer les préparatifs et se préparent à leur tour. S’ils sont en forte infériorité numérique, ils ont appris à rendre leurs tranchées plus fonctionnelles et les renforcent en conséquence. On a ainsi, en avant du dispositif, trois à cinq lignes de tranchées avec blockhaus et barbelés.

Mais surtout, ils prévoient une seconde ligne, à comprendre comme un second ensemble de plusieurs lignes de tranchées plusieurs kilomètres en arrière, pour y masser des réserves et de quoi réagir. Ils y emploient également le principe de contrepente, qui consiste à placer les tranchées derrière une colline, dans le sens de la descente, les rendant dans la pratique intouchables pour le tir direct. Leur système de défense est donc parfaitement opérationnel pour recevoir les assaillants une fois la crête passée. Je ne vais pas insister sur les techniques de défense des tranchées, c’est un sujet à part, et ça évolue évidemment pendant le conflit.

Retenez simplement que les Allemands ont deux zones de défense, dont une de réaction, moins exposée au tir de l’artillerie française. Pour la bataille, il faut bien avouer qu’il va être difficile de vous faire un récit exhaustif. On a toujours le même problème d’échelle, puisque le point de vue de corps d’armée invisibilise forcément les combats locaux, tandis que le point de vue des sections ne permet certainement pas de comprendre l’ensemble. On va donc se suffire d’un récit assez classique qui va donner les grandes lignes de l’attaque française et se concentrer sur quelques moments clés.

L’attaque est reportée deux fois, pour être finalement ordonnée le 25 septembre. La préparation d’artillerie commence donc le 22. Ainsi, artillerie de campagne et artillerie de tranchées bombardent la première ligne, tandis que l’artillerie lourde entre un peu plus tard dans la danse, en frappant plus en profondeur pour désorganiser le ravitaillement et les renforts allemands. Dans l’ensemble, les tranchées de la première ligne semblent véritablement bouleversées, mais ce n’est pas le cas des points forts organisés autour des blockhaus.

Le 24 au soir, les troupes françaises sont massées dans leurs positions d’assaut. Le 25, à 9h15, l’artillerie allonge son tir, ouvrant la voie à l’infanterie. Difficile de bien savoir ce que firent réellement ces bombardements. Les tranchées allemandes sont inégalement profondes, du fait de la nature crayeuse de la géologie de la région, mais les points forts sont d’autant plus forts.

Le plus difficile à passer pour l’infanterie, ce sont les réseaux de barbelés, plutôt résistants au tir d’artillerie. D’ailleurs, ces tirs ne doivent pas être vus comme purement explosifs ou efficaces : de nombreux obus sont encore à shrapnell, et il y en a pas mal qui explosent trop tôt, trop tard, ou qui n’explosent pas. Le matin du 25, c’est l’attaque générale, sachant que le 24 au soir, il a bien plu. Dans l’ensemble, cela se passe bien pour les Français, mais les nœuds de résistance allemands rendent l’avancée particulièrement inégale et causent de nombreuses pertes.

Par exemple, le dispositif de défense de la main de Massiges, s’il finit par tomber sous le contrôle de la 2e division coloniale, résiste toute la journée et empêche de dépasser la crête. Les attaques en plusieurs vagues, séparées de 50 à 100 mètres, finissent globalement par prendre la première ligne, mais cela a un coût énorme. Il en va de même à la butte du Mesnil, au Bois Jaune, à la ferme des Wacques ou à l’Épine de Védégranges. Si bien qu’à la fin de la journée, le front français n’a plus d’alignement entre les zones de résistance et celles où les troupes sont proches de la deuxième ligne de défense allemande.

À la fin de cette journée meurtrière, les résultats sont plutôt positifs. Les Français ont bien avancé sur certains points, ils ont vraiment déstabilisé la 3e armée allemande, qui envisage le repli. Mais ils ont payé le prix fort et manquent désormais de force, là où les Allemands voient des renforts arriver dans la nuit du 25 au 26. Entre les trois mois de préparation et les trois jours de bombardement, ils ont eu le temps de voir venir et s’y sont plus ou moins attendus.

Si l’artillerie de campagne française a pu, en certains points, dépasser la première ligne allemande pour venir soutenir les assauts contre la seconde, les points de résistance allemands désorganisent l’avancée en général. Du coup, les jours qui suivent obtiennent beaucoup moins de résultats. Sur les espaces les plus avancés, la contrepente des tranchées allemandes diminue l’impact de l’artillerie de campagne, et les renforts empêchent de nouvelles avancées significatives. Dans le même temps, les zones fortifiées de la première ligne sont réduites ou, au contraire, résistent fortement.

Ainsi, la 2e armée n’avance quasiment plus, tandis que la 4e doit gérer plusieurs saillants. Cela continue jusqu’à l’arrêt des offensives le 30. Il y aura une nouvelle tentative le 6 octobre, mais ça ne durera pas. Les renforts allemands ont colmaté les zones chaudes, tandis que les Français n’ont plus de réserves ni en matériel ni en hommes.

Il y a tout de même un événement qui mérite d’être souligné et qui fait naître l’espoir d’une percée pendant la bataille : la prise de la tranchée des Tentes, le 28 septembre au soir, dans les secteurs des 14e et 157e divisions d’infanterie. La tranchée des Allemands, dite des Tentes, est prise. L’information remonte à l’état-major du 7e corps d’armée. Ce sont 9 régiments qui sont envoyés le 29 septembre pour élargir cette petite brèche.

Mais, mal coordonnée, l’attaque n’a pas empêché les renforts allemands de créer en urgence une nouvelle tranchée, plus au nord, soutenue par de l’artillerie et des mitrailleuses. Dans la nuit du 29 au 30, la brèche a été refermée. Le reste n’a pas suivi. L’offensive est un échec quant aux objectifs qu’elle s’était fixés.

Les Français avancent entre quelques centaines de mètres et jusqu’à 4 km sur un ensemble de fronts de 25 km de large. Mais cette défaite donne quelques éléments de satisfaction. Déjà, c’est une des plus grandes avancées contre un système de tranchées depuis le début de la guerre. On se dit donc que, d’un point de vue méthode, on tient quelque chose.

Et puis, les pertes sont équivalentes : environ 140 000 blessés, morts, disparus et prisonniers dans chaque camp. C’est un massacre innommable, mais l’avantage du défenseur semble avoir été compensé quand on regarde les pertes. Et avec les avancées, on compte 25 000 prisonniers allemands et la prise de 150 canons. Quand on ajoute à cela le fait que l’offensive va effectivement demander aux Allemands de fournir des renforts sur la zone et de tirer des hommes du front est, l’état-major en tire des leçons plutôt positives.

Grâce à une grosse préparation, une massification des assauts par vagues et un front large, les Français ont obtenu des résultats. Ces derniers sont encore trop coûteux en hommes, et le matériel a du mal à suivre, ce qui fait qu’il n’y aura plus de grandes offensives sur ce front en 1915. Mais il y a de quoi changer de doctrine. L’armée française passe ainsi de la percée par attaque brusquée à la conduite scientifique de la bataille.

1915, c’est bien la matrice des règles qui prévaudront par la suite : l’artillerie conquiert, l’infanterie occupe. Et justement, cela relève de la question qui va nous intéresser aujourd’hui : celle de l’opérabilité. Un des problèmes des récits de bataille de la Première Guerre mondiale, au-delà du fait qu’ils englobent des centaines de milliers d’hommes, c’est la quasi-impossibilité de rendre compte de la variété des types d’actions d’artillerie. Régulièrement, on parle de bombardement massif, de barrage de soutien, à la limite de contrebatterie.

Puis on passe au combat. Ce qui fait qu’on a tous une image de réglage de mire, de tir à la tirade, des affûts aux explosions affûtées. Tout cela cache pourtant tout un ensemble d’efforts et d’organisations en amont et en aval de chaque tir. Alors, qu’est-ce que l’opérabilité ?

C’est la qualité de ce qui est opérable. En gros, c’est ce qui désigne à quel point un matériel, une équipe, des compétences sont opérables, c’est-à-dire aptes à remplir les missions qu’on peut leur donner. Mais le problème d’une telle approche, c’est que ça efface un peu la continuité entre ce qui est opérable et ce qui ne l’est pas. Un truc évident : l’opérabilité dépend des missions qu’on donne à quelque chose ou à quelqu’un.

Dire qu’une intelligence artificielle est opérable pour faire un gâteau, c’est un mensonge. Et inversement, pour un individu, on ne va pas demander à un ingénieur des ponts et chaussées de faire tourner une boulangerie. Mais ça n’empêche pas des improvisations. Ce que la Première Guerre mondiale apporte comme défi, c’est à la fois la difficulté tactique de dépasser le système de la tranchée, mais également la difficulté technique d’améliorer l’opérabilité de matériel complexe.

Ici, on va parler de l’artillerie. Et l’année 1915 est un vivier d’exemples très riches. Du côté des Français, on l’avait dit dans la série sur 1914, ils avaient alors parié quasiment exclusivement sur des canons à tir direct, le 75 mm et des obus shrapnell efficaces en campagne. Il se révèle assez inadapté pour la guerre de tranchées.

Mais surtout, la situation du front à partir de novembre 1914 amène l’artillerie à devoir remplir des types de missions beaucoup plus variés que prévu. On n’est plus dans le simple soutien à l’infanterie ou la contrebatterie. Il faut désormais développer aussi des tirs courbes à courte portée pour frapper dans les tranchées, et des tirs à longue portée pour pouvoir combattre l’artillerie lourde ennemie ou frapper leurs nœuds logistiques. Tout à coup, l’artillerie de campagne française, qui avait de nombreux atouts, dont celui non négligeable de n’utiliser qu’un seul calibre, se révèle inopérable.

Enfin, vous pouvez toujours vous en servir, mais dans ce contexte, il est tout à fait inefficace. Dans ce cas, on dit qu’il est inopérant, c’est-à-dire qu’il ne remplit pas la mission pour laquelle on l’utilise. Cela ne veut pas dire qu’il faut l’abandonner, mais il faut à tout le moins doter l’armée de nouveaux matériels. Cela nourrit deux dynamiques.

Première dynamique : on fait feu de tout bois dans l’existant. On récupère des canons dans les fortifications, sur les bateaux, et on ressort même les vieilles rides des arsenaux, avec le mortier de 15 cm dont le modèle date de 1838. Utiliser des matériels dépassés peut tout à fait avoir un sens. Le mortier de 15 est vieux, lourd, lent, il est même périmé, mais dans le contexte des tranchées, il est opérable et opérant.

Et à défaut de mieux, on prend. Seconde dynamique : on improvise et on reproduit ce qui fonctionne. On peut ainsi penser au lance-mine Gatard, au lance-bombe Sailoriet, et bien sûr au fameux mortier de 58 mm, dit crapouillot. On peut aussi citer la baliste Blondel, produite à 50 exemplaires et qui propulse par force centrifuge des bombes à 250 mètres, la sauterelle d’infanterie utilisée comme lance-grenades, ou encore, même si on n’est pas sûr que cela ait été utilisé en condition, la baliste Simon.

Il y a une quantité de petites idées, de machines. Bien sûr, toutes ces improvisations sont temporaires et appellent à la création de véritables canons industrialisés et adaptés aux nouveaux enjeux de la guerre de tranchées. Mais elles témoignent d’un moment où tout ce qui était opérable, c’était tout ça. Et cela doit plus qu’intriguer ou amuser, car le premier réflexe à avoir quand vous voulez beaucoup de canons, c’est d’uniformiser.

Ce dont témoigne le 75 de 1914-1915, c’est une immense foire aux formes d’obus, aux calibres, aux époques de production. On prend, et personne ne trouve rien à dire. De fait, ça vaut mieux, à ce moment-là, il fallait vraiment une artillerie opérable et opérante. Et celle d’août 1914 ne l’était plus en 1915.

On comprend alors que cette foire aux calibres vient surtout du fait qu’on utilise ce qu’on a, ce qui implique d’avoir de nombreux matériels différents mais en petite quantité. Mais ça laisse une trace. Si le 75 n’est plus opérable, c’est à cause des circonstances. Son problème, c’est qu’il ne répond pas aux situations que lui impose la guerre de tranchées.

Impossible de tirer en cloche depuis une tranchée dans une autre, à moins d’utiliser des mortiers de tranchées. Et impossible évidemment de tirer en profondeur pour désorganiser les logistiques adverses ou répondre à l’artillerie lourde allemande. Tout ce matériel ramenté en hâte vient surtout acter le fait que l’artillerie doit se doter d’une palette d’action plus variée, qu’elle doit développer des branches spécialisées. Mais évidemment, cette opérabilité de pièces improvisées ou récupérées dans les places fortes et sur les navires a des limites.

C’est opérable jusqu’à un certain point. Pour répondre aux mines et aux lance-bombes allemands, Gatard, Sailoriet et crapouillot ont fait le travail. Mais quand il s’agit de s’adapter aux nouvelles consommations du terrain, là il s’agirait de bien réorganiser. Et avoir de quoi varier les types de tirs, c’est bien.

Mais uniformiser les différentes branches de l’artillerie, c’est mieux. À terme, les Français doivent donc développer des matériels spécifiques adaptés à ces nouvelles missions. Mais c’est loin de n’impliquer que la création d’une arme. Pour qu’un canon soit opérable, il faut quoi ?

Des munitions. Et en disant ça, vous impliquez tout le système industriel et logistique permettant de ravitailler votre canon en fonction de sa consommation. Ensuite, des artilleurs. Des artilleurs qui ont été formés, qui ont des outils, qui sont nourris, logés, blanchis pas loin de leur batterie, et qui ont les relèves nécessaires.

Et après ? Avec un canon, un obus et un artilleur, tu le fais tirer comme ça, au hasard ? Fais gaffe, tu vas avoir des problèmes. Il faut une cible, une direction de tir.

Tout cela implique tout un système de commandement, de prise de décision, de communication et surtout de renseignements. Tout ça pour tirer un obus. Certes, quand il y a le feu, on tire un peu comme on peut. Mais quand on a le temps, c’est ballons d’observation, avions de reconnaissance, prises de photos aériennes, détermination de cibles potentielles.

Bref, on tire son obus quelque part. Il faut aussi souligner la nécessité d’un service de réparation et d’entretien. Un canon bien entretenu tire plus et mieux. Et puis, on peut toujours récupérer un canon cassé ou au moins des pièces sur celui-ci.

Certes, avec des obus et des artilleurs, vous pouvez utiliser un canon, mais son opérabilité est grandement améliorable par la maîtrise, l’organisation et la planification de tout un système qui soutient l’utilisation de ce canon. On pourrait aussi soulever la nécessité de se camoufler ou de se redéployer rapidement en fonction de la mission de la batterie en question. C’est un vaste sujet. La simple structure organisationnelle d’un échelon militaire peut avoir un impact sur l’opérabilité de l’artillerie.

En effet, mettez le commandement de l’ensemble des canons trop bas, et vous obtenez une dispersion des moyens. Mettez-le trop haut, et vous obtenez des unités incapables de demander et d’obtenir les soutiens nécessaires. Il faut donc penser tout cela en amont pour laisser des batteries d’artillerie à disposition des échelons qui pourraient en avoir besoin, avec les bonnes proportions. Pour illustrer tout ça, la seconde bataille de Champagne est très bien.

Déjà, la préparation d’artillerie, c’est 300 000 obus en trois jours, donc 100 000 par jour. Ce qui, avec 1 100 pièces d’artillerie, fait une moyenne de 91 obus par jour et par pièce. C’est assez intéressant, parce qu’on a une consommation globale comparable à celle de la bataille de la Marne, mais loin des pics de cette dernière, avec mille obus tirés par pièce par jour. On l’a dit, le canon de 75 mm, s’il était opérable en septembre 1914, ne l’est plus en 1915.

L’intensité du bombardement vient de la multiplicité des pièces, ces dernières ouvrant des options plus intéressantes que le 75, mais avec un tir bien plus lent et fastidieux. Le canon de 75 a d’ailleurs énormément souffert d’une production industrielle sous-dimensionnée qui, pour rattraper son retard, a un peu boosté pour pouvoir produire énormément, ou commander à l’étranger des obus défectueux. Il y a toujours une balance à trouver entre vitesse de production et qualité de production. Là, c’était pas bien balancé.

À l’été 1914, on a un accident de tir tous les 500 000 coups. Au printemps 1915, on est passé à un tous les 4 000 coups. Résultat : du début de la guerre à avril 1915, plus de canons français sont détruits à cause des obus défectueux que du fait des tirs allemands. 570 contre 450.

Certains généraux invitent d’ailleurs leurs artilleurs à ne se servir de leurs canons de 75 mm qu’en cas d’extrême nécessité. Quand on parle d’opérabilité, rien que la qualité globale de vos munitions peut réduire au silence votre armée. Mais pour la seconde bataille de Champagne, c’est plutôt réglé. L’industrie française est clairement montée en puissance, en produisant de nombreux canons et en doublant sa production d’obus en six mois : de l’artillerie lourde plus adaptée, mais aussi d’autres canons de 75, essentiellement produits à partir d’anciennes pièces remises en service.

Le recyclage était central. Pour l’opérabilité de l’artillerie française, le dimensionnement et la mise en relation de la production industrielle avec la consommation d’obus ont été essentiels. Je vais éviter de développer la question industrielle, qui a des ramifications absolument monstrueuses. Mais je vous donne un exemple : voici un ensemble de photos de la sortie de terre de l’usine André Citroën, sur le quai de Javel à Paris, de mars à octobre 1915.

En quelques mois, c’est toute une infrastructure et un ensemble de machines qui sont mis en place pour permettre la production industrielle d’obus, notamment par des femmes, atteignant 5 000 pièces par jour dès l’été 1915, soit 7,5 % de la production nationale d’alors. Bref, à la seconde bataille de Champagne, les obus commencent à être produits avec une qualité suffisante pour répondre plus ou moins à la consommation. Encore faut-il organiser les batteries d’artillerie. Avec la multiplication des types de matériel, les destructions et les recompositions des batteries, les mouvements ont été perdus par réflexe.

Les troupes se sont mises à nommer les unités d’artillerie par leur lieu et leurs canons utilisés. On se retrouve par exemple avec le groupe de 155 C de Saint-Médard. Mais cette approche reste limitée. En août 1915, Joffre réorganise tout ça pour donner de la cohérence à l’ensemble, avec des commandements spécifiques associés aux armes techniques, auxquelles l’artillerie fait clairement partie.

L’artillerie lourde, jusqu’ici plutôt improvisée, est organisée en 25 régiments. Cette organisation est d’ailleurs prévue pour absorber une augmentation du nombre de pièces à terme. Pour la formation au tir à longue portée, c’est pas encore ça. Des centres d’instructions sont mis en place, mais plutôt à partir de novembre.

Les Français souffrent d’un véritable retard, tant en termes de matériel que de compétences, en ce qui regarde l’artillerie lourde. Ça se résorbe tardivement. Maintenant que pour la seconde bataille de Champagne on a des obus et des batteries d’artillerie organisées sous un commandement clarifié, il faut encore gérer les ressources. On gère des millions d’hommes, des millions d’obus, des milliers de canons qu’on doit avoir de quoi entretenir, sans parler du reste du matériel et des chevaux.

Il faut développer un truc administratif pour gérer le mouvement de toutes les ressources de guerre, pour qu’elles arrivent au bon endroit au bon moment. Bref, pour faire en sorte que l’opérabilité des différentes troupes soit maintenue avec la meilleure gestion possible, les corps administratifs et les états-majors explosent en nombre de personnes employées. Cela crée un espace assez peu connu de la Première Guerre mondiale qu’on appelle l’arrière-front. On a beaucoup d’images du front, la zone de combat, et de l’arrière, la zone civile.

On peut aussi avoir une vision de ce qu’on appelle l’avant-front, où se trouvent notamment les batteries d’artillerie et qui peuvent être sous la menace des tirs ennemis. Mais entre l’avant-front et l’arrière, il y a l’arrière-front, une zone militarisée où s’affairent les états-majors et tous les services nécessaires à l’opérabilité du front. Et ça, ça représente des dizaines de milliers de personnes qui ne connaissent pas la même guerre que les poilus, mais qui en sont des acteurs importants. Maintenant qu’on a les munitions, le commandement, l’administration, il faut encore acheminer les obus là où ils sont attendus.

Ça, ça va être le rôle des camions et des chariots à chevaux, utilisés par colonnes entières pour apporter canons, munitions, vivres, bois de bardage, etc. L’utilisation en masse des camions est nouvelle, bien qu’elle soit encore loin d’être la norme. Et avec les chevaux, on les utilise plutôt pour les derniers kilomètres, entre les stations-magasins et le front. Le reste, c’est le train qui fait le travail.

Le transport de base des troupes, des munitions et des canons eux-mêmes sur de grandes distances, c’est le train. Il faut donc de quoi construire des rails, de quoi réparer des rails, et de quoi gérer, distribuer et agencer tous ces flux d’hommes et de matériel. À l’échelon armée, on a donc les stations-magasins, où entre deux et trois mille hommes sont employés pour gérer les besoins de 300 000 troupes. On y trouve de tout, avec par exemple une centaine de fours de boulangerie.

Ces stations sont tellement grandes qu’elles ont leur propre petit réseau ferré pour relier les bâtiments entre eux et les zones de chargement et de déchargement. À plus petit échelon, ce sont les gares régulatrices qui prennent le relais et qui gardent en permanence des wagons remplis de munitions ou de vivres pour pouvoir les envoyer au front rapidement en cas de demande expresse. On les appelle les « camas mobiles ». Ainsi, pour l’offensive de Champagne, les trois mois de préparatifs utilisent à plein le réseau ferroviaire, qui remplit à la fois des rôles de transport, d’entreposage et de répartition.

1 100 trains sont mobilisés entre juillet et septembre 1915. Du 25 au 27 septembre, ce sont 264 trains qui apportent des renforts aux ailes. Et après la bataille, pour répartir les troupes, 772 trains sont utilisés durant octobre. Pour vous donner un ordre de comparaison, les préparatifs de la bataille ont demandé autant de transport que les cinq premiers mois du conflit.

Tous ces trains ne servent évidemment pas exclusivement à permettre à l’artillerie de bien fonctionner pendant le bombardement et la bataille. Et ça soulève un point assez complexe de l’opérabilité : c’est que c’est un effet structurel global. Il y aura toujours des canons détruits, des batteries en manque de munitions momentanément, ou des artilleurs incompétents. Ce qui compte, c’est que l’effet global de l’artillerie soit maintenu.

On ne peut pas dire, en voyant un canon cassé, que l’artillerie n’est pas opérable. Par contre, si la maintenance ne suit pas et que le nombre de canons opérables diminue petit à petit, là on a un problème. Pareil pour les munitions, le commandement et toutes les dimensions qu’on a vues. Une arme particulière qui permet de montrer cet environnement nécessaire à l’opérabilité des pièces, c’est l’ALVF, l’artillerie lourde sur voie ferrée.

L’ALVF, ce sont de gros canons sur wagon, d’abord développés à partir de pièces de marine. Des pièces particulières sont produites explicitement pour l’ALVF, comme le 190 mm Schneider en 1915, tirant à entre 10 et 15 km, 4 coups toutes les 5 minutes. Sur rail, les gros canons, c’est vachement pratique, surtout quand le réseau ferré est développé comme il faut près du front. Pour les canons de marine, il a fallu adapter un système d’encaissement du recul, parce que ces derniers étaient prévus pour des navires, ce qui ne pose pas les mêmes questions d’opérabilité.

Mais l’ALVF profite du fait qu’elle reste sur rail pour se développer intelligemment. En effet, à chaque canon sur rail est associé un affût-truck, avec son wagon de munitions derrière. Pour pousser la cohérence, chaque batterie d’ALVF a son personnel, ses wagons de cantonnement, ses wagons-cantines, son infirmerie, ses bagages, etc. Bref, un train d’ALVF est parfaitement autonome et peut se ravitailler en passant dans les gares régulatrices, ce qui rend extrêmement aisé de le faire changer de théâtre d’opérations.

Ainsi, chaque batterie d’ALVF se déplace avec son environnement, la rendant opérable, commandement excepté. Il serait temps pour nous de conclure. L’emploi d’une technologie, ce n’est pas seulement la belle machine qui fait un truc super bien avec de belles caractéristiques. On l’a vu avec le 75 mm : super canon d’un point de vue performance, mais finalement moins opérable qu’un mortier du siècle précédent dans la situation des tranchées.

Un objet technologique vient avec tout un environnement, toute une structure qui permet de l’utiliser efficacement dans la durée, de réagir à ses dysfonctionnements, etc. Cette notion d’opérabilité, vous le sentez, elle est aussi applicable pour nous. Une chaudière, par exemple, ne vaut que dans un pays où le gaz et l’électricité sont acheminés de manière à peu près continue, où il y a des pièces de rechange, des gens capables de les réparer, des immeubles construits en conséquence. Il y a d’ailleurs, derrière chaque technologie, toute une dimension sociale et politique.

Pour le canon, rendez-vous bien compte que son utilisation n’est rendue possible que par l’existence d’une population éduquée, sans parler de tout le tissu ouvrier qualifié ou facilement qualifiable, ce qui a fait que de nombreuses femmes ont pu prendre le relais rapidement pour produire des obus en quantité. C’est ce qui fait que, dans sa conception, un ingénieur ne doit surtout pas se contenter de créer un produit parfait techniquement. Il doit l’inscrire dans un environnement donné, ou au moins définir à quoi cet environnement devrait ressembler, c’est-à-dire s’adapter à des conditions qui sont rarement réductibles à des mesures chiffrées ou quantifiables. De ce point de vue, les ingénieurs maritimes et les ingénieurs fortificateurs s’y confrontent depuis la Renaissance.

Vous me direz que je n’ai pas parlé d’un point important : la détermination des cibles et la reconnaissance. Et vous auriez raison. Mais c’est aussi parce que cela relève de l’aéronautique, et que c’est encore mal organisé en 1915. En effet, il faut attendre novembre de cette année pour voir la fondation des services de renseignements de l’artillerie, le SRA.

Tout un système associé au corps d’armée et aux armées, qui s’occupe de produire et de traiter des renseignements avec du matériel spécialisé, comme les ballons d’observation ou les avions photos. Mais ça, je le réserve pour l’épisode suivant, car maintenant que nous avons dit que tout matériel ou personnel devait venir avec un environnement adapté pour le rendre opérable, il nous faut aborder la question de la pensée en amont de cet environnement et de sa mise en cohérence consciente. Je n’en dis pas plus.

C’est la fin de cet épisode.