J’aperçois Quen au bord du chemin et je m’arrête net. Une elfe qui attend, visiblement nerveuse, et qui me demande si je suis là pour « l’affaire ». Quelle affaire ? Je n’en ai aucune idée.

Je l’ai juste vue en passant et je me suis dit qu’elle avait l’air perdue. Elle me regarde, hésite, puis se lance : elle cherche une partenaire pour un contrat difficile, mais bien payé. Il faut voyager, et ce n’est pas sans danger. Moi, Konihani, je passe mon temps à voyager et à risquer ma vie.
J’ai déjà sauvé la moitié de Tamriel. Autant dire que ça ne me fait pas peur. — Je suis partante. Elle soupire de soulagement.
Elle a déjà affrété un bateau. Rendez-vous aux docks, et surtout, il faut apporter quelques potions. Et s’habiller chaudement. Je note mentalement de ne pas en tenir compte : j’ai de la fourrure, je ne crains rien.
Quand je la retrouve sur le quai, elle finit par m’expliquer la mission. On part pour un domaine isolé appelé les Fermes Fahlstrom, propriété d’un noble d’Ostmarche, actuellement en guerre. Ses serviteurs et ses gardes sont restés sur place. Notre objectif : un artefact appelé le Crâne du Géant.
On s’infiltre dans la salle au trésor, on attrape le butin, et on disparaît avant que quelqu’un ne s’en aperçoive. Ensuite, on partage les gains et chacun rentre chez soi. — Une dernière chose. J’aimerais éviter de verser le sang.
Mais je vous laisse gérer notre sécurité. Si une garde vous repère, mettez-vous à couvert. — Pas de sang versé, c’est noté. Je ne suis pas membre de la Confrérie noire, moi.
Quen hoche la tête, rassurée. Elle ajoute qu’elle a son compagnon, Ombelle, qui n’aime pas la violence. Moi, je me demande simplement si je peux piquer autre chose en cours de route. Elle me répond que tout ce que je pourrai prendre en plus m’appartient, tant que je n’oublie pas l’objectif principal.
Elle est nerveuse. Elle me dit que c’est son plus gros contrat, qu’elle a tout planifié, organisé le transport, et qu’elle savait qu’elle avait besoin d’une bonne partenaire pour réussir. Je trouve ça un peu imprudent de sa part de me faire autant confiance alors qu’elle ne me connaît pas du tout, mais bon. Elle semble savoir ce qu’elle fait.
Nous embarquons sur une petite embarcation caboteuse qui doit nous mener jusqu’aux Fermes Fahlstrom. La traversée s’annonce mouvementée. Elle me demande si je suis sujette au mal de mer. Je réponds que oui, mais que je m’en sortirai.
Si elle finit penchée par-dessus le bastingage, je lui tiendrai le dos. Une fois à terre, nous progressons furtivement vers le manoir. Les instructions sont claires : se méfier des lanternes. Leur rayon détecte les ombres, même invisibles.
Il faut donc rester hors de leur portée. Je fais de mon mieux pour me fondre dans les ténèbres, même si je sais que je ne suis pas très douée pour ce genre d’exercice. Quen, elle, semble parfaitement à l’aise avec la discrétion. Une garde passe au loin.
Je m’immobilise. La lumière vacille, le rayon balaie lentement la cour. Je retiens mon souffle. Dès que la garde s’éloigne, j’avance à pas comptés, en restant bien à l’écart de la zone éclairée.
Nous approchons enfin du manoir, silencieuses, prêtes à entrer. Le cœur battant, je jette un coup d’œil à Quen. Elle acquiesce.
C’est le moment.


