« Attends, attends, attends ! » J’ai failli lui foncer dessus avec mon scooter. J’étais en pleine course contre la montre, ma livraison allait être en retard, et ce type en costard m’a bloqué le passage. « Si t’as quelque chose à dire, accouche, je suis pressé !

»
Il se présente comme Éric, membre de « l’équipe du grand défi ». Il me regarde de haut en bas : « Je trouve que t’as de l’allure. Le travailleur élu par le destin. Je t’invite officiellement à participer à notre émission.
» Je l’ai envoyé bouler. « Rien à secouer de ton grand défi ! T’es juste un glandeur en costard, dégage ! »
C’est là qu’il a sorti l’argument qui a tout changé.
« Cent millions d’euros à la clé. Cent participants. Sept jours. Celui qui fait le plus de vues en direct remporte le pactole.
Imagine un peu, champion avec cent millions, tu n’auras plus jamais besoin de livrer quoi que ce soit. »
Cent millions. J’ai arrêté de respirer une seconde. « C’est bon, je participe.
» Il m’a tendu une caméra avec un sourire en coin : « À partir de maintenant, l’émission commence officiellement. »
C’est parti. Mon premier défi est apparu à l’écran : « Ouvrir le pack de bienvenue de l’élu. » Je me suis exécuté, le cœur battant.
« Félicitations ! Technique de combat élite obtenue ! Technique Conda de niveau élite ! » La classe.
Cent millions, moi, livreur à la petite semaine. Mon destin a basculé. J’ai continué ma route en étant diffusé en direct. Soudain, j’ai vu un type s’approcher de mon scooter garé.
Il a pris mes outils, il a commencé à bricoler la batterie. Je me suis jeté sur lui avec ma nouvelle technique, un vrai réflexe : « T’es en train de voler ma batterie ? Ma batterie neuve, tu sais combien elle coûte ? » Ma première intervention en direct a été brutale.
L’autre hurlait : « Arrête ! Je te rembourse ! »
Mais lui, c’est quoi ce délire ? Alors que je le tenais, il a avoué des choses.
« J’ai pas choisi ce style de vie, on m’a montré. » Puis ça déraille : « Je joue un peu quand je suis stressé. » Je l’ai secoué : « Stressé ? Pourquoi ?
» Il lâche : « Parce que j’arrive plus à arnaquer les gens. » Arnaquer ? « J’ai juste escroqué deux mille euros. Ça rapporte moins que les braquages.
» Braquages ? « Ouais, cinquante mille euros, mais j’ai tout mis dans la marchandise. »
La marchandise. Je savais ce que ça voulait dire.
« Tu vends aussi de la drogue ? » Il hésite, baisse la tête : « La dernière transaction a mal tourné, alors… je l’ai tué. » J’ai eu froid dans le dos. J’avais attrapé un petit voleur, mais c’est un tueur que je tenais.
La foule arrive, je crie : « Appelez la police ! »
Quand les flics sont venus, je me suis imposé : « Ce n’est pas un simple voleur ! C’est un criminel majeur ! Il a braqué, escroqué, dealé, et il y a eu un meurtre !
» Mais les agents ont lâché une phrase glaciale : « Pourquoi t’as ce couteau à la ceinture ? » Je regarde le sol, puis le captif : « Il rageait, fallait bien… »
Un grand type est sorti de la voiture, les yeux froids. « Ce mec a mon couteau. S’il ne veut pas que les choses soient compliquées, on s’arrange.
» Il jette un regard sur ma caméra. « Sinon, je vais devoir m’occuper de cette émission… et de ceux qui sont curieux. » Il a souri, mais ses yeux disaient tout.
Cette fois, j’ai compris : je ne livrais plus des repas, je livrais ma propre guerre.


