On m’appelait « l’orpheline », et je trimais à l’ombre du palais quand une voix glaciale a retenti : « Qu’on la jette au cachot ! Elle est la source du mal. » Tout le monde me montrait du doigt,…

On m'appelait « l'orpheline », et je trimais à l'ombre du palais quand une voix glaciale a retenti : « Qu'on la jette au cachot ! Elle est la source du mal. » Tout le monde me montrait du doigt,...

Le palais résonne encore des échos de mon intrusion quand une voix s’élève, glaciale. « Qui es-tu ? D’où viens-tu ? »

Je lève les yeux.

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Le garde me toise, méprisant. Je bredouille des excuses, mais il m’interrompt : « Tu es bien maladroite. On est au palais ici. »

Je cherche mes mots, tente de me présenter : « Je suis la petite-fille de Ichu, ex-doyen de l’Académie impériale et médecin de Banxia… »

Le garde ricane.

« Banxia ? L’athlète d’il y a huit ans ? Celle qui a été projetée sous la dynastie d’Akia ? »

Je baisse la tête, humiliée.

Oui, c’est moi. La petite orpheline, la dernière de la lignée. Mais ce n’est pas ma plus grande honte. Mon grand-père, mourant, m’a suppliée de reprendre le flambeau de la médecine impériale.

Mais je suis nulle, vraiment nulle. Pourtant, j’ai réussi l’examen. Comment ? En trichant, en mentant.

J’ai volé les réponses. Je ne suis pas digne de ce titre. Mais aujourd’hui, quelque chose de plus grave se trame dans le palais. Des murmures courent : un assassin rôde, la reine est menacée.

On parle d’une machine à tuer, d’une tête tranchée, même d’un rein arraché pour que la mort emporte le roi. Le chef de la garde a failli à sa mission. Toute sa famille doit être exilée à trois mille lis. Puis, une voix s’élève, autoritaire : « La source du son est ici.

»

Je me fige. On me regarde. Une femme en robe sombre pointe un doigt vers moi. « C’est elle, la diablesse.

Elle est la source de la voix fantôme. »

Des murmures de colère montent. Je recule. « Non, je ne comprends pas… »

Mais ils ne m’écoutent pas.

On parle de m’éliminer, d’éradiquer le mal à jamais. La reine est en danger, le premier ministre me fixe d’un air mauvais. « Ce sera bientôt fini, » dit-il. « Quand nous aurons éliminé la reine mer et le premier ministre, vous reviendrez, vous serez dédommagée pour vos longues années de service, médecin impérial.

Et nous lui laissons la vie sauve. Elle sera provisoirement enfermée au cachot. »

Je refuse de croire ce que j’entends. On me traite de source du mal, on me condamne sans preuve.

Mon grand-père, mort, ne peut plus me protéger. Je suis seule, face à cette accusation injuste. Je tente de m’expliquer, mais ma voix se perd dans le tumulte. Des gardes s’approchent.

Je recule encore, le cœur battant. Comment prouver mon innocence ? Et si cette accusation venait de plus haut ? Après tout, certaines personnes au palais n’ont jamais accepté qu’une orpheline devienne médecin.

Je me souviens soudain d’un détail : cette voix, celle qu’ils appellent « fantôme », je l’ai déjà entendue. Elle provient de la chambre du roi, la nuit. Peut-être que ce n’est pas une voix, mais un mécanisme. Un piège.

Et moi, j’en suis le bouc émissaire. Je pense à mon grand-père, à ses derniers mots : « N’abandonne jamais, Banxia. Même dans les ténèbres les plus profondes, trouve la lumière. »

Je lève la tête.

Je ne fuis pas. Au lieu de cela, je détaille les visages autour de moi, cherchant celui du vrai coupable. Je remarque une servante, un peu trop nerveuse, les mains tremblantes. Je la fixe.

Elle évite mon regard. « Attendez ! » je crie soudain. « Cette servante, elle sait quelque chose.

»

Tout le monde se tourne vers elle. Elle pâlit, bredouille : « Je ne sais pas de quoi vous parlez. »

Je m’approche, soudainement sûre de moi. « Tu trembles.

Tu as peur. Pourquoi ? »

Elle recule, secoue la tête. Mais je vois quelque chose briller dans sa poche : une petite fiole.

Je pointe du doigt. « Qu’est-ce que c’est ? »

Le garde s’empare de la fiole. Il l’ouvre, la sent.

« Du poison ? »

La servante tombe à genoux, en pleurs. « Je vous en supplie, c’était pour ma famille. Ils m’ont menacée.

»

Le premier ministre fronce les sourcils. « Et qui t’a menacée ? »

Elle hésite, puis murmure un nom. Un nom qui fait trembler tout le monde : « Le Prince Héritier.

»

Une onde de choc parcourt la salle. Le roi, présent, devient livide. Personne n’ose parler. Le prince, jusque-là debout dans l’ombre, s’avance, visage fermé.

« Mensonge ! » s’écrie-t-il. « Cette femme ment pour sauver sa vie. »

Je n’ose pas le démentir.

Mais je sais que c’est la vérité. J’ai vu le prince rôder près de la chambre du roi, la nuit dernière. J’ai vu la malice dans ses yeux. Le roi lève la main, forçant le silence.

« Que quelqu’un enquête sur cette affaire. Si la vérité éclate, la trahison sera punie avec la plus grande sévérité. »

Je suis libérée. La servante est emmenée.

Mais je sens que ce n’est pas fini. Le prince me lance un regard noir avant de sortir. Je sais que je viens de me faire un ennemi très puissant. Je quitte le palais, le cœur lourd.

J’ai survécu aujourd’hui, mais à quel prix ? Ma réputation est ruinée, ma vie en danger. Et le plus terrible : je n’ai toujours pas trouvé le vrai remède à la maladie du roi. Le temps presse.

Le roi décline. Et si je ne fais rien, il mourra, et le prince prendra le trône. Je dois agir vite. Je me rends à la bibliothèque impériale, cherchant des indices sur la maladie du roi et sur le poison qui l’affaiblit.

Les heures passent. Je fouille parmi les vieux livres, les recettes oubliées. Enfin, je trouve quelque chose : une référence à une ancienne teinture, la teinture du phénix, capable de guérir toutes les maladies. Mais il manque un ingrédient, enfoui dans le passé : une fleur qui ne pousse que dans les montagnes de l’ouest.

Je sais ce que je dois faire. Je dois partir, trouver cette fleur, et revenir avant qu’il ne soit trop tard. Mais mon départ éveillera des soupçons. Le prince me surveille sûrement.

Cette nuit-là, alors que le palais dort, je m’apprête à m’échapper. Je rassemble mes affaires, une petite bourse d’argent, un vieux livre de médecine. Au dernier moment, une main se pose sur mon épaule. Je me retourne : c’est ma tante, la femme de la famille qui m’a recueillie après la mort de mes parents.

« Banxia, où vas-tu ? » demande-t-elle, inquiète. « Je dois trouver un remède pour le roi, » dis-je, la voix tremblante. Elle secoue la tête.

« C’est trop dangereux. Les montagnes de l’ouest sont remplies de bandits et de bêtes sauvages. Tu n’as jamais combattu de ta vie. »

« Je dois essayer.

Si le roi meurt, le prince prendra le trône, et je ne survivrai pas à sa vengeance. »

Ma tante soupire, sort une petite amulette de sa poche. « Tiens, c’était à ta mère. Elle protège ceux qui voyagent dans ces montagnes.

»

Je serre l’amulette dans ma main. C’est le seul souvenir que j’ai de ma mère. Je remercie ma tante d’un signe de tête et m’enfonce dans la nuit. Le voyage est éprouvant.

Les sentiers escarpés, le froid mordant. Je marche jour et nuit, dormant dans des grottes, me nourrissant de baies sauvages. Je manque de peu de me faire attaquer par une bande de voleurs, mais je parviens à m’échapper grâce à ma ruse. Au bout d’une semaine, j’atteins les montagnes de l’ouest.

La végétation est luxuriante, mais les dangers sont partout. Je cherche la fleur du phénix, reconnaissable à ses pétales rouge vif. Je la trouve enfin, au bord d’une cascade. Je cueille la fleur avec précaution, la garde dans une petite boîte.

Mais alors que je me retourne pour redescendre, une voix résonne derrière moi : « Tu ne pensais pas t’en tirer si facilement, n’est-ce pas ? »

C’est le prince. Il est accompagné de deux gardes, l’épée à la main. « J’ai toujours su que tu partirais pour cette fleur.

C’est pourquoi j’ai attendu. Maintenant, donne-la-moi, et je te laisserai peut-être vivre. »

Je recule, la boîte contre ma poitrine. « Jamais.

Cette fleur sauvera le roi. »

Le prince rit. « Le roi est déjà mort. Je l’ai tué cette nuit, d’un poison lent.

Dans un jour, il rendra son dernier souffle. Et personne ne saura jamais la vérité. »

Mon sang se glace. J’ai échoué.

Le roi est condamné. Mais je ne peux pas abandonner maintenant. Je regarde autour de moi, cherchant une issue. La cascade n’est pas loin.

Une idée me vient. « Si le roi est mort, alors je n’ai plus rien à craindre, » dis-je en feignant le détachement. « Tu peux me tuer, mais tu ne trouveras jamais le sceau impérial, caché dans les grottes sous le palais. »

Le prince me regarde, incrédule.

« Le sceau impérial ? Tu mens. »

« Non, c’est vrai. Mon grand-père me l’a révélé avant de mourir.

Sans ce sceau, tu ne pourras jamais légitimement monter sur le trône. »

Le prince hésite. Les gardes échangent des regards. Je profite de la confusion pour m’élancer vers la cascade et sauter dans le bassin en contrebas.

L’eau glacée m’engloutit, je nage avec difficulté. Derrière moi, j’entends les cris du prince, mais je suis déjà emportée par le courant. Je refais surface plus loin, haletante, accrochée à un rocher. La fleur est toujours dans ma boîte, trempée mais intacte.

Le prince, furieux, jure de me retrouver. Je ne peux pas rester ici. Je nage jusqu’à la rive et m’enfonce dans la forêt. Je sais que je dois revenir au palais.

Le roi est peut-être encore en vie, ou peut-être déjà mort. Mais je dois essayer. Je redescends les montagnes, épuisée, mais résolue. Quelques jours plus tard, je suis de retour devant les portes du palais.

Elles sont grandes ouvertes. Des serviteurs courent partout, des gardes en armes. Je demande ce qui se passe. On me répond que le roi est mourant, que les médecins sont impuissants.

Je me précipite dans la chambre du roi. Il est là, pâle comme un linge, les yeux fermés. Sa respiration est faible. Je sors la fleur du phénix, prépare une décoction avec l’une des fioles de mon sac.

Je la fais boire au roi. « Ça ne marchera pas, » dit le prince, d’un ton moqueur. Il est entré sans bruit. « Le poison est trop fort.

»

Je ne réponds pas. J’attends. Le temps semble suspendu. Soudain, le roi tousse, ouvre les yeux.

Une couleur rosée lui revient aux joues. Il respire plus profondément. « Je… je suis vivant ? » murmure-t-il.

Je m’agenouille. « Votre Majesté, j’ai trouvé le remède. »

Le prince, horrifié, recule. « Impossible !

Le poison était mortel. »

Le roi se redresse, le regard fixé sur son fils. « Toi, tu as tenté de m’empoisonner ? »

Le prince bredouille, nie, mais le roi n’est pas dupe.

Il appelle la garde. « Qu’on arrête le prince et qu’il soit jugé pour trahison ! »

Je reste à genoux, les mains tremblantes. J’ai réussi.

Le roi est sauvé, et le traître est démasqué. Mais quelque chose en moi sait que ce n’est que le début. La cour me regarde avec un mélange de gratitude et de méfiance. Je suis une intruse, une orpheline, et désormais, une héroïne.

Mais j’ai aussi des ennemis, plus nombreux que je n’aurais pu l’imaginer. Le roi me relève doucement. « Tu as sauvé ma vie, jeune Banxia. Demande ce que tu veux, je te l’accorderai.

»

Je réfléchis. Une bouffée de chaleur monte en moi. « Je veux seulement rendre hommage à mon grand-père, en devenant médecin impérial à sa place. »

Le roi sourit.

« Cela est fait. Tu seras désormais le médecin impérial en titre. »

Je m’incline, le cœur plein. Mais alors que je quitte la chambre, je croise le regard du premier ministre.

Il ne sourit pas. Il y a quelque chose dans ses yeux, un éclat qui me met mal à l’aise. Je me promets de rester vigilante. Alors que je traverse la cour, une servante me chuchote à l’oreille : « Méfiez-vous.

Le prince avait des complices. Ils ne vous laisseront pas tranquille. »

Je frissonne. Je sais que la paix ne durera pas.

Mais pour l’instant, je suis debout, le titre du médecin impérial en poche, et le roi me doit la vie. Quelque chose me dit que de nouvelles épreuves m’attendent, mais je suis prête à les affronter.