« Je suis désolé, mais elle est décédée cette nuit. » C’est ce que la sœur de ma meilleure amie m’a dit au téléphone, quelques jours seulement après notre week-end parfait dans une villa de rêve….

« Je suis désolé, mais elle est décédée cette nuit. » C'est ce que la sœur de ma meilleure amie m'a dit au téléphone, quelques jours seulement après notre week-end parfait dans une villa de rêve....

Méfie-toi quand tout devient trop facile. Ce qui fait le plus peur, ce n’est pas ce qui arrive. C’est de comprendre que beaucoup, dans les mêmes circonstances, auraient fait les mêmes choix sans hésiter. Tout ressemble d’abord à une chance, à une suite de décisions logiques, jusqu’au jour où l’on réalise que tout était déjà décidé.

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C’était une soirée de février. Awa était installée au fond du bar avec son amie Fatou. Les deux femmes n’avaient encore qu’une anecdote de bureau à se raconter, un verre à la main. — Franchement, si je reste une semaine de plus dans ce service, je craque, lança Fatou en levant son verre.

Awa sourit, mais son regard s’était déjà égaré dans la salle. L’endroit était chic, rempli de gens qui semblaient n’avoir aucun problème d’argent. Ce genre de lieu où l’on se sent à la fois à sa place et un peu en décalage. Un serveur s’approcha de leur table.

— C’est pour vous. Fatou fronça les sourcils. — Pour nous ? Le serveur désigna une table un peu plus loin.

Un homme les observait calmement. Costume impeccable, allure tranquille. Il ne fit aucun geste excessif, se contenta d’un léger sourire. — Oh, intéressant, murmura Fatou en se penchant vers Awa.

Il a de la classe, lui. Awa haussa les épaules. — Ne commence pas. Mais elle ne put s’empêcher de jeter un coup d’œil à son tour.

Quelques minutes plus tard, l’homme se leva et s’approcha de leur table. — Bonsoir, j’espère ne pas vous déranger, dit-il d’une voix posée. Je voulais simplement m’excuser si le geste était trop direct. — Pas du tout, répondit Fatou avec un sourire malicieux.

On ne refuse jamais un verre offert avec élégance. L’homme rit doucement. — Je m’appelle Mamadou. — Fatou, répondit-elle aussitôt ou presque, avant d’ajouter en désignant son amie.

Et voici Awa. Mamadou posa alors son regard sur Awa, sans insistance. — Enchantée, répondit-elle simplement. Ils échangèrent quelques banalités.

Mamadou parlait calmement. — Vous venez souvent ici ? demanda-t-il. — Non, répondit Awa.

C’est plutôt un endroit exceptionnel pour nous. — Alors, vous avez bien fait de venir ce soir, dit-il en souriant. Fatou observa la scène en silence, puis se leva. — Je vous laisse discuter deux minutes, je reviens.

Elle adressa à Awa un clin d’œil appuyé avant de disparaître vers le bar. Un léger silence s’installa. — Votre amie a l’air protectrice, remarqua Mamadou. — Oui, répondit Awa en riant.

Quelqu’un doit bien l’être. — C’est une bonne chose, dit-il. Quand Fatou revint, la conversation avait déjà pris un ton plus personnel. Mamadou jeta un coup d’œil à sa montre.

— Je ne veux pas monopoliser votre soirée, mais si ça vous va, j’aimerais beaucoup revoir Awa. Il sortit une carte de sa poche et la posa sur la table. — Appelez-moi quand vous en aurez envie. Sans obligation.

Awa prit la carte, hésita une seconde, puis la glissa dans son sac. — D’accord, répondit-elle. Mamadou sourit. — J’espère que ce sera bientôt.

Il les salua et s’éloigna. Fatou fixa Awa, les sourcils relevés. — Alors là, celui-là, il est différent. Awa regarda la carte une dernière fois et sourit.

Elle mit trois jours avant d’appeler. Pas par stratégie, juste parce qu’elle hésitait. Quand elle le fit, il répondit presque aussitôt, comme s’il attendait cet appel. — Awa, je me demandais quand tu allais le faire, dit-il simplement.

Elle sourit sans savoir pourquoi cette phrase la rassurait autant. Ils parlèrent longtemps ce jour-là. Et sans s’en rendre compte, Awa venait de faire le premier pas. Les rendez-vous se succédèrent naturellement.

Un déjeuner improvisé, un restaurant où Awa n’aurait jamais mis les pieds seule. Mamadou ne la bousculait pas, il ne demandait rien en retour, et c’est précisément ce qui la mit en confiance. Peu à peu, il entra dans sa routine. Il savait ce qu’elle aimait manger.

Il remarquait quand elle était fatiguée avant même qu’elle ne le dise. — Tu travailles trop, murmura-t-il un soir en posant une main rassurante sur la sienne. Laisse-moi t’aider un peu. Au début, Awa refusa.

Puis elle finit par accepter. Un week-end dans un hôtel confortable. Des vêtements laissés discrètement sur le lit. Un soir, Awa et Fatou étaient assises dans un petit restaurant après le travail.

Fatou observa son amie quelques secondes. — Bon, lance-t-elle enfin. On en parle, ou tu comptes continuer à sourire comme ça toute la soirée ? Awa leva les yeux, surprise.

— Tu commences à sourire comme une femme qui voit quelqu’un. Awa éclata de rire. — Tu exagères, Fatou. Fatou croisa les bras.

— Tu regardes ton téléphone toutes les deux minutes. C’est lui, le monsieur du bar ? Awa hésita, puis hocha la tête. — Oui.

Mamadou. — Alors, dit Fatou aussitôt, dis-moi tout. Depuis quand tu sors avec ton sugar daddy ? — Ce n’est pas mon sugar daddy, protesta Awa.

On apprend juste à se connaître. — Bien sûr. Il t’apprend aussi à mieux manger et à mieux voyager, non ? Awa soupira.

— Je n’ai rien demandé. — Et il est riche aussi, ajouta Fatou en souriant. Awa éclata de rire. — Tu es impossible.

— Peut-être. Mais tu n’as jamais l’impression que tout ça va trop vite ? — Non, je ne pense pas. Mais promis, si ça devient bizarre, je te le dirai.

Fatou leva son verre. — À Awa et à son charmant mystérieux. Awa trinqua en riant. Les jours suivants, Mamadou commença à parler d’avenir.

— Tu sais, j’ai pris une villa déjà meublée pour toi. Considère ça comme un pied à terre, dit-il simplement. Awa accepta. Elle n’eut rien à faire, rien à payer.

Sans s’en rendre compte, elle n’avait plus besoin de demander. Mamadou était là. Un soir, allongée contre lui, Awa murmura :

— Tu sais, je me sens en sécurité avec toi. Mamadou caressa doucement ses cheveux.

— C’est parce que je prends soin de ce qui m’appartient. Awa sourit sans relever la phrase. — Tu sais, dit-il calmement, certaines rencontres ne sont pas un hasard. Elles arrivent quand tout est aligné.

Pour elle, c’était une preuve d’attachement. Pour lui, c’était autre chose. Un soir calme, ils étaient assis sur le balcon de la villa. Awa racontait sa journée.

Mamadou l’écoutait en silence, attentif. Quand elle eut terminé, il lui dit doucement :

— Awa, tu sais que tu n’as plus besoin de travailler. Elle leva les yeux, surprise. — Comment ça ?

Il la regarda avec sérieux, sans sourire. — Cette fois, je veux dire exactement ce que je dis. Tu n’as plus besoin de te lever tôt, de courir, de rendre des comptes. — Mamadou, je ne comprends pas, dit-elle.

— Je pourvoirai à tout, répondit-il calmement. Tu ne manqueras de rien. Elle resta silencieuse. — Ce n’est pas une question d’argent, ajouta-t-il.

C’est une question de cohérence. — De cohérence ? répéta-t-elle. — Oui.

Je prends soin de toi, autant le faire complètement. Awa baissa les yeux, troublée. Ce soir-là, Mamadou venait simplement de redéfinir ce dont elle avait besoin. Awa n’avait pas prévu d’en parler à sa mère ce jour-là.

Elle était passée simplement pour dire bonjour, déposer quelques courses, repartir. Elle venait à peine de poser son sac que son téléphone vibra. Elle jeta un coup d’œil à l’écran, sourit, puis éteignit l’écran. Sa mère avait vu ce sourire.

— C’est lui ? demanda-t-elle simplement. Awa leva la tête. — Qui ça ?

— L’homme dont tu parles rarement. Awa laissa échapper un sourire gêné. — Oui. Il s’appelle Mamadou.

Sa mère hocha lentement la tête. — Et le travail, ça se passe bien ? Awa hésita une fraction de seconde. — J’y vais plus vraiment.

Sa mère posa le sac de courses lentement. — Explique-moi. Awa soupira et s’assit. — Mamadou dit que je peux arrêter, qu’il pourvoira à tout.

Sa mère releva brusquement la tête. — Il te fait arrêter de travailler ? — Maman, ce n’est pas ce que tu crois. Il prend juste soin de moi.

— Prends soin de toi comment ? — Il m’aide. Il m’a même pris un appartement. Je n’ai plus besoin de me fatiguer pour rien.

Sa mère se leva et fit quelques pas. — Les hommes qui promettent de tout prendre en charge ont souvent quelque chose derrière la tête. — Tu ne le connais pas, répondit Awa plus sèchement qu’elle ne l’aurait voulu. — Justement, dit sa mère en se tournant vers elle.

Et toi non plus. Awa se leva à son tour. — Tu te fais des idées. Il ne m’a jamais rien imposé.

Sa mère s’approcha et posa les mains sur ses épaules. — Écoute-moi bien, Awa. Quand quelqu’un t’offre tout, c’est qu’il prépare le moment où il pourra tout reprendre. Awa détourna le regard.

— Tu dramatises, maman. — Peut-être, dit sa mère. Mais fais attention quand même. Quelques jours plus tard, Awa invita Fatou à passer la soirée chez elle.

Elle voulait lui montrer où elle vivait désormais et lui présenter Mamadou. Fatou entra dans la villa et s’arrêta net. — Waouh ! Elle fit lentement un tour sur elle-même.

— Bon, dit-elle en riant. Si je disparais ici, dites à ma mère que j’aime le calme. — Awa, tu vis ici ? Awa sourit, un peu gênée.

— Oui. Enfin, pour le moment. — Pour le moment, répéta Fatou en riant. Mais c’est énorme.

On dirait une maison de vacances. Elle posa son sac, passa la main sur le canapé, observa la hauteur sous plafond. — D’accord. Elle se tourna vers Awa, les bras croisés.

Ton sugar daddy joue clairement dans une autre catégorie. — Arrête, répondit Awa en riant. Il exagère, c’est tout. Comme pour la contredire, Mamadou apparut dans l’embrasure de la porte, un plateau à la main.

— Vous devez avoir faim, dit-il calmement. J’ai fait quelque chose de léger. — Il cuisine aussi, lança Fatou, faussement outrée, avant de lui tendre la main. Fatou.

La copine effectivement jalouse. Mamadou sourit et posa le plateau. — Oui, bien sûr, je me souviens de toi. Au bar.

Il fit un signe de tête, puis s’assura qu’Awa était bien installée, ajustant un coussin derrière son dos. Fatou observa la scène en silence. — D’accord, murmura-t-elle. Là, on est clairement sur du service cinq étoiles.

Mamadou s’éloigna pour répondre à un appel. Fatou se pencha aussitôt vers Awa. — Dis-moi juste une chose, chuchota-t-elle. Ton sugar daddy, il n’aurait pas un ami, par hasard ?

Awa éclata de rire. — Fatou ! — Non mais regarde-toi, insista-t-elle. Le lieu, l’attention.

Si c’est ça la vie, je veux bien m’inscrire. Mamadou revint. — Tout va bien ? demanda-t-il.

— Parfaitement, répondit Fatou en souriant. Awa a beaucoup de chance. Il posa un regard bref sur Awa. — Oui, dit-il simplement.

Je veille à ce qu’elle ne manque de rien. Fatou hocha la tête, impressionnée. — Ça se voit. Awa sourit.

Pour elle, cette scène était rassurante. Même Fatou approuvait. Après le départ de son amie, la villa retrouva son calme. Awa resta un moment seule dans le salon, encore amusée par les plaisanteries de Fatou.

Quelques semaines plus tard, Mamadou l’appela un soir. — La fin d’année est dans quelques semaines, et le temps passe vite. Tu es occupée ce week-end ? — Non, répondit Awa.

Pourquoi ? — J’aimerais qu’on s’échappe un peu avant les fêtes. J’ai une villa hors de Dakar. Un endroit calme.

— Encore une ? demanda Awa. — Oui, répondit-il simplement, puis, comme s’il parlait d’un détail sans importance : Tu pourrais venir avec Fatou ? — Fatou ?

répéta Awa, surprise mais flattée. — Bien sûr, dit-il. Et moi, je viendrai avec un ami. Il ne chercha pas à la convaincre.

Il n’expliqua pas davantage. Il posa l’idée et la laissa mûrir. Awa raccrocha avec l’impression que ce programme tombait parfaitement bien. Une simple parenthèse avant les fêtes.

Le soir même, elle appela Fatou. — Tu fais quoi le week-end prochain ? demanda-t-elle d’un ton détaché. — Rien de prévu.

Pourquoi ? répondit Fatou aussitôt. — Mamadou a une villa hors de la ville. Il m’a proposé de venir et de t’inviter aussi.

Un silence, puis un petit rire à l’autre bout du fil. — Attends. Ton sugar daddy m’invite ? — C’est juste une escapade, répondit Awa en souriant.

— Une escapade dans une villa, reprit Fatou. Je veux bien faire un effort. Le jour J arriva. La villa était encore plus impressionnante qu’Awa ne l’avait imaginée.

Isolée, entourée de nature, un endroit hors du temps. — Ah ouais, dit Fatou en sortant de la voiture. C’est vraiment magnifique. Mamadou sourit sans répondre.

Son ami Abdoulaye était déjà là. Un homme discret, peu bavard. Les présentations furent rapides. À l’intérieur, tout respirait le confort.

La table était dressée avec soin. Fatou se pencha vers Awa. — Promets-moi un truc. — Quoi ?

— Si jamais on ne se réveille pas demain sans mal à la tête, dit-elle en souriant, c’est que c’était vraiment une mauvaise idée. Awa rit. — Tu regardes trop de séries. Le dîner se passa dans une ambiance détendue.

On parla de voyages, de projets pour la fin d’année. Les verres se remplissaient souvent. Awa remarqua à peine que Mamadou insistait pour servir lui-même. Il en profita pour glisser un somnifère dans les verres des deux filles.

Fatou plaisanta, rit, trinqua. Peu à peu, une chaleur agréable envahit leurs corps. Les rires devinrent plus lents. — Je crois que ça m’est monté à la tête, dit Fatou.

— Moi aussi, répondit Awa. Les paupières se firent lourdes. La dernière chose dont Awa se souvint, ce fut Mamadou leur souhaitant une bonne nuit. Quand les deux femmes sombrèrent complètement dans l’inconscience, leurs corps furent transportés dans une pièce fermée.

Réservée uniquement à cet usage. Elles furent allongées au sol, avec soin. Mamadou et son ami se tinrent face à face quelques secondes, puis commencèrent à réciter des incantations. À mesure que la récitation avançait, la lumière vacilla légèrement.

Puis les autres hommes du cercle apparurent. Et le dernier arrivé, le marabout. Tous baissèrent légèrement la tête. Le marabout prit la parole.

— Le sacrifice pour la fin de l’année a déjà commencé. Le cycle est ouvert. Ce soir, Mamadou et Abdoulaye doivent offrir ce qui a été choisi. Les deux hommes s’inclinèrent.

— Nous sommes prêts, dirent-ils d’une seule voix. Le marabout acquiesça lentement. Alors que le rituel commençait, Mamadou ouvrit un récipient contenant une huile sombre et épaisse. À l’aide de ses doigts, il traça sur chaque corps des symboles invisibles pour un regard profane.

Essentiels au rituel. Abdoulaye prononça lentement leurs noms. — Awa. Fatou.

Un objet rituel fut posé sur la poitrine de chacune pour lier. Les hommes récitèrent alors une dernière formule, tous ensemble. Le marabout conclut. — Ce qui commence ici s’achèvera ailleurs.

Le temps fera son œuvre. À cet instant, les présences se dissipèrent. Le rituel était terminé. Avant l’aube, tout fut effacé.

Les corps furent nettoyés, replacés dans leurs chambres. Aucun symbole visible, aucune trace, rien qui puisse survivre au matin. Awa se réveilla la première. Aucune douleur, aucun malaise.

Juste cette sensation familière d’avoir trop bu la veille. Dans la cuisine, Mamadou préparait le café comme si de rien n’était. Abdoulaye était déjà là, détendu, discutant calmement. — Bien dormi ?

demanda Mamadou en lui tendant une tasse. — Très bien, répondit Awa en souriant. Fatou les rejoignit quelques minutes plus tard, encore un peu vaseuse. — J’ai l’impression d’avoir dormi douze heures, lança-t-elle en s’asseyant.

C’est quoi, vos verres, ici ? Abdoulaye rit doucement. — Un bon vin, c’est tout. Le reste du week-end se passa bien.

Le dimanche soir, elles préparèrent leurs affaires sans précipitation. — On remet ça quand tu veux, lança Fatou en fermant sa valise. Pour les deux filles, ce week-end avait été parfait. Un souvenir agréable.

Les jours suivants furent étonnamment simples. Awa rit de bon cœur les jours suivants. Awa rit de bon cœur. Mamadou était toujours présent.

Puis un matin, le téléphone d’Awa vibra. Un message de Fatou. « Je ne me sens pas bien. Je suis clouée au lit.

»

Awa fronça les sourcils. Fatou n’était jamais malade. Elle l’appela aussitôt. — Qu’est-ce qui se passe ?

— J’ai mal au ventre, répondit Fatou d’une voix faible. Vraiment mal depuis cette nuit. — Tu as vu un médecin ? — Pas encore.

Je pensais que ça passerait. Awa n’hésita pas. — J’arrive. Chez Fatou, l’appartement était plongé dans le silence.

Son amie était allongée sur le canapé, pâle, recroquevillée. — Désolée de te faire venir, dit-elle. — Depuis quand tu as mal comme ça ? demanda Awa en posant son sac.

— Depuis hier soir. C’est comme des crampes. Mais ça continue. Awa resta un moment à côté d’elle.

— Tu devrais aller à l’hôpital, dit-elle doucement. — Si ça ne passe pas, promis. Les jours suivants, Awa revint souvent. Finalement, Fatou fut hospitalisée.

Les analyses ne donnaient rien de clair. Awa resta avec elle jusqu’à tard, puis rentra chez elle. Ce soir-là, Awa était seule. Son téléphone sonna.

C’était la sœur de Fatou. — Allô, Awa, dit la sœur de Fatou en pleurant. — Qu’est-ce qu’il y a ? La réponse mit quelques secondes à venir.

— Fatou est décédée ce soir. Le monde sembla s’arrêter. — Comment ça, décédée ? murmura Awa.

Elle allait mieux ce matin. — Je suis vraiment désolée de t’annoncer ça comme ça, ajouta la sœur. On a pensé que tu devais le savoir. L’appel se termina.

Awa resta longtemps immobile, le téléphone posé sur ses genoux. Fatou, morte. Un simple mal de ventre, et plus rien. Le lendemain matin, Awa contacta Mamadou en pleurant.

Sa voix tremblait. — Fatou est décédée cette nuit. Un court silence à l’autre bout du fil. — Je suis désolé, répondit-il calmement.

— C’est incompréhensible, murmura Awa. Ils n’ont rien trouvé. — Parfois, il n’y a pas d’explication immédiate, dit Mamadou. Il ne posa pas de questions.

Il ne chercha pas de détails. Après l’enterrement de Fatou, Awa ne sut plus quoi faire d’elle-même. À quelques jours des fêtes de fin d’année, elle prit une décision simple. Elle irait passer quelques jours chez sa mère.

Les premières nuits chez sa mère, Awa dormait mal. Elle se réveillait parfois au milieu de la nuit, sans savoir pourquoi, puis se rendormait. Sa mère mit ça sur le compte du deuil. Un soir, alors qu’elle regardait la télévision, Awa posa soudain la main sur sa poitrine.

— Ça va ? demanda sa mère. — Oui, répondit Awa après un court silence. C’est bizarre.

J’ai parfois l’impression que mon cœur rate un battement. — Tu veux voir un médecin ? Awa secoua la tête. — Non, c’est rien.

C’est sûrement le stress. Fatou me manque, c’est tout. Puis un matin, tout s’arrêta. Awa ne se réveilla pas.

Le sommeil fut profond. Sa mère frappa à la porte de sa chambre. — Awa ? appela-t-elle doucement.

Aucune réponse. Elle entra. Awa était allongée sur le lit. Pendant une fraction de seconde, sa mère pensa qu’elle dormait encore.

Puis elle s’approcha. Et elle vit. Un filet de sang s’était échappé du coin des yeux d’Awa. — Awa !

La voix brisée. Elle posa une main tremblante sur l’épaule de sa fille. Le corps était froid. Elle regarda longtemps le visage de sa fille, les larmes roulant sur ses joues.

Elle ne comprenait pas. Elle repensa à chaque mot qu’elle n’avait pas su imposer. À chaque silence accepté. Les semaines passèrent.

La nouvelle année commença. Et quelque part, loin de là, Mamadou était assis dans un bar. Il observait une jeune femme assise seule. Il se leva, s’approcha.

— Bonsoir. La jeune femme sourit. Ils discutèrent quelques minutes. Avant de partir, Mamadou sortit une carte de sa poche et la lui tendit.

— Appelle-moi quand tu veux. Sans obligation. Elle la prit. Mamadou s’éloigna tranquillement, en souriant.

Tous les pièges ne font pas de bruit. Certains se referment dans le confort. Il n’est pas nécessaire de comprendre le danger pour qu’il fasse son œuvre.

Ce qui agit dans l’ombre se nourrit souvent de confiance, pas de peur.