« Tu n’as pas honte de voler un œuf, petite misérable ? » La voix était la mienne, mais je ne l’avais jamais prononcée. Je me suis réveillée dans un corps qui n’était pas le mien, la bouche encore…

« Tu n'as pas honte de voler un œuf, petite misérable ? » La voix était la mienne, mais je ne l'avais jamais prononcée. Je me suis réveillée dans un corps qui n'était pas le mien, la bouche encore...

Je me suis réveillée dans un corps qui n’était pas le mien, la bouche encore pleine du goût d’un œuf volé. Une voix criait, des mains me tiraient, et j’ai compris en un éclair : j’étais devenue la belle-mère cruelle de cette série que j’avais tant regardée. Celle que tout le monde finissait par abandonner. Celle qui disparaissait tragiquement.

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La petite Linger, ma petite-fille, était à genoux, terrorisée. L’ancienne propriétaire de ce corps la frappait pour avoir chipé un œuf. Sa belle-fille, Fang Fang, suppliait, en larmes, tandis que mon fils aîné, Shenkan, n’osait rien dire. J’ai regardé mes propres mains, celles d’une femme que je ne connaissais pas.

Mère, qu’est-ce qui vous arrive ? a demandé Shenkan. J’ai vingt-cinq ans. Je ne suis pas votre mère.

Mais personne ne pouvait entendre mes pensées. J’avais atterri dans le corps de cette mégère quelques instants après sa mort, au moment où elle s’apprêtait à frapper une enfant. J’avais tout vu dans la série : cette femme avait poussé ses trois fils à la ruine, vendu sa propre petite-fille, et fini seule, abandonnée de tous. Je ne pouvais pas laisser ce destin se répéter.

J’ai relevé Linger, tremblante, et j’ai annoncé d’une voix ferme que je ne la vendrais jamais. Que je lui donnerais un œuf chaque jour pour qu’elle grandisse en bonne santé. Les visages autour de moi étaient incrédules. Fang Fang, enceinte jusqu’aux yeux, a failli faire une fausse couche sous le choc.

J’ai juré, devant tous, que Linger resterait dans la famille. Shenkan, médusé, a exigé des excuses de son frère, qui avait osé douter de moi. Le deuxième fils, Chenki, un érudit arrogant, a refusé de s’excuser auprès de sa femme. Je l’ai envoyé travailler aux champs et laver son propre linge.

Il a protesté, crié que c’était ma faute si les gens se moquaient de lui. Je lui ai répondu que pour devenir un haut fonctionnaire, il devait d’abord apprendre à être un homme. Le troisième fils, Chengu, servait de compagnon d’études chez une riche famille. L’ancienne propriétaire exigeait de lui une once d’argent par mois, une somme impossible.

Je suis allée le chercher en ville, et je l’ai trouvé en train de voler dans la rue. Je l’ai ramené à la maison, fou de rage contre lui, mais aussi contre cette famille qui l’avait corrompu. Il a crié que je l’avais toujours félicité pour son argent. Je lui ai répondu que voler était illégal, que je ne voulais plus jamais voir ça, et qu’il n’avait plus besoin de rapporter d’argent à la maison.

C’est alors que des cris ont éclaté. Linger avait disparu. Fang Fang m’a suppliée, pensant que je l’avais vendue. Je suis sortie en courant, j’ai trouvé les ravisseurs dans une ruelle, j’ai récupéré l’enfant de force.

Quand je suis rentrée, toute la famille était en larmes, convaincue que j’avais voulu me débarrasser d’elle. J’ai dû prouver mon innocence, encore et encore. J’ai décidé d’envoyer Linger apprendre la broderie dans un atelier réputé. J’ai acheté les frais d’avance.

Fang Fang et Shenkan sont tombés à genoux, submergés de reconnaissance. Shenkan, lui, avait besoin d’un avenir. Je l’ai poussé à s’engager dans l’armée, promettant qu’il deviendrait un grand général. Il est parti, fier, tandis que les voisins me traitaient de cœur de pierre.

Pendant ce temps, Chenki passait ses journées au pavillon Yihong, une maison close. J’ai découvert qu’il courtisait la fille du Premier ministre, Tang Yingua, dans l’espoir de gravir les échelons. Je suis entrée déguisée en homme, je l’ai surpris, et je l’ai traîné dehors en pleine rue. Il a osé me menacer, disant que toute la famille compterait sur lui un jour.

Je lui ai coupé les vivres et je l’ai renvoyé à ses études. Peu de temps après, j’ai appris qu’il avait perdu deux cents dollars au jeu. Je me suis rendue à la maison de jeu, j’ai joué une partie contre le patron, et j’ai gagné. Sa dette a été effacée.

Il est rentré penaud, et j’ai compris que l’argent et le pouvoir étaient mes meilleures armes pour redresser cette famille. Avec l’argent, j’ai ouvert une boutique d’épices et de vêtements parfumés. Chengu, finalement rentré à la maison, s’est révélé un génie du commerce. Il voulait rejoindre la famille Wang, mais j’ai refusé, et il a compris mes raisons.

Nous avons monté l’affaire ensemble. La boutique a connu un succès fulgurant. Même la fille du Premier ministre est devenue une cliente fidèle. Le frère de Tang Yingua nous a aidés à déjouer un piège tendu par un rival jaloux.

Un homme mystérieux, Yin Hai, est apparu, semblant tout savoir de moi. Il m’a sauvé la vie, et j’ai senti une étrange familiarité. Mais soudain, les ennuis se sont accumulés. Mon frère et ma mère de Fang Fang, des profiteurs, sont venus réclamer de l’argent.

J’ai tenu tête, mais ils ont juré de se venger. Peu après, des clients se sont plaints de démangeaisons après avoir acheté nos produits. Une femme était tombée dans le coma. La boutique a été accusée d’empoisonnement.

Nous avons été arrêtés, jugés, condamnés sans preuve. Le juge allait nous faire exécuter quand Chenki est arrivé, triomphant : il avait réussi l’examen impérial, il était le premier lauréat. Il a fait libérer sa famille, et les vrais coupables – ma mère et mon frère de Fang Fang – ont été démasqués et emprisonnés. Chenki a défilé en triomphe à travers la ville.

Mais une attaque de rebelles a visé le cortège. Yin Hai est venu à notre secours, et j’ai compris qu’il était bien plus qu’un simple homme d’affaires. La capitale est devenue nécessaire. Nous y sommes partis.

C’est là que tout a basculé. Chenki a passé l’examen du palais, et il a terminé premier. Mais peu après, il a été accusé d’un crime odieux. J’ai su que c’était l’œuvre de ma tante, Lu Ge, une servante de l’impératrice qui me haïssait depuis toujours.

J’ai frappé au tambour de la justice pour demander une audience à l’empereur. Il m’a reçue, et en voyant mon visage, il est resté figé. J’ai dénoncé Lu Ge, l’enquête a révélé la vérité : elle avait échangé sa propre fille contre la princesse impériale à la naissance. J’étais cette princesse.

L’empereur, mon père, a pleuré. Ma tante et son mari ont été punis. On m’a proposé le titre de princesse aînée, mais j’ai demandé seulement la liberté : une médaille d’immunité royale. Il me l’a accordée.

Chenki a été promu ministre, il a épousé Tang Yingua par amour, sans calcul. Shenkan est revenu de la guerre, nommé grand général. Chengu a ouvert cent boutiques à travers le pays. Linger est devenue une brodeuse talentueuse, et Fang Fang a donné naissance à une petite fille que j’ai accueillie avec joie.

Un soir, Yin Hai m’a regardée avec une insistance étrange. Il m’a demandé d’où venait le pendentif en jade que je portais au cou. J’ai hésité, puis j’ai répondu que je ne m’en souvenais pas. Il a souri.

Mang Xing, a-t-il dit doucement. C’est ton surnom, n’est-ce pas ? J’ai senti mon cœur s’emballer. Des fragments de souvenirs, d’une autre vie, d’un autre temps, remontaient à la surface.

Mais avant que je puisse répondre, il a tendu la main vers le pendentif, et j’ai compris que cette histoire, la mienne, n’était pas encore terminée.