La sécheresse qui frappait la région de Chingju depuis des mois semblait ne jamais vouloir finir. Les récoltes pourrissaient sur pied et le peuple, épuisé, voyait ses réserves fondre jour après jour. C’est dans ce chaos que naquit une petite fille au front marqué d’une fleur de lotus. À peine avait-elle poussé son premier cri que la pluie se mit à tomber, drue et abondante, comme une bénédiction tombée du ciel.

Les parents, la famille Jang, n’avaient pas eu de fille depuis plus de deux cents ans. L’enfant devint aussitôt leur trésor, leur petit porte-bonheur envoyé par les ancêtres. Mais la joie des naissances ne payait pas les dettes. Le père, Jang Genuan, devait bientôt se rendre aux examens d’automne et la famille manquait cruellement d’argent pour financer le voyage.
C’est alors que la jeune enfant découvrit, dans un espace dimensionnel qui l’avait suivie dans sa réincarnation, un ling précieux. Elle le déposa discrètement au chevet de sa mère. La découverte sema l’émerveillement. La famille comprit que Guaibao, comme on l’appelait affectueusement, était une divinité réincarnée.
Le ling permettrait de payer les examens du père et la scolarité des neveux. Mais le jour du banquet du premier mois, alors que toute la maisonnée s’affairait aux préparatifs, des soldats firent irruption. Un dénommé Tansan avait accusé Jang Genuan de détenir des poèmes séditieux, preuve de trahison envers la couronne. Le père, intègre, clama son innocence.
Pendant que les gardes fouillaient, Guaibao, grâce à sa capacité à comprendre les animaux, apprit qu’un malfaiteur avait glissé un livre compromettant dans les bagages de son père. Il fallait agir vite. Elle réussit à alerter sa mère, qui brûla le livre avant la fouille. Les soldats ne trouvèrent rien, Tansan fut démasqué et puni de cinquante coups de bâton.
Le magistrat, confus de s’être laissé manipuler, offrit un pendentif en jade à l’enfant en guise d’excuse. La famille savait désormais à quel point elle devait se méfier. À l’approche des examens, Guaibao, depuis son espace, fit apparaître des commentaires de grands maîtres sur les classiques, des sachets antimoustiques et des baumes rafraîchissants. Autant de trésors que le père emporta avec lui sur la route de la capitale, le cœur gonflé d’espoir.
Quelques semaines plus tard, la nouvelle tomba, portée par les gongs : Jang Genuan était arrivé premier au concours provincial. La famille exultait. Mais Tansan, rongé par la jalousie et les dettes de jeu, décida de se venger en enlevant l’enfant pour la vendre. Pendant que la maisonnée célébrait, il s’introduisit dans la chambre de Guaibao et l’emporta hors du village.
À son réveil, la petite comprit qu’elle était entre les mains d’un criminel. Elle fit semblant de dormir, puis, d’un mouvement brusque, fit tomber le pendentif de jade du magistrat. Ce dernier, qui passait par là avec son neveu, le reconnut aussitôt et donna l’alerte. Pendant ce temps, Guaibao, avec l’aide d’animaux de la forêt, fit attaquer son ravisseur par des serpents.
Lorsque le magistrat arriva, l’homme gisait, mordu et inconscient. La petite, blessée au bras, fut soignée à l’officine médicale. Le jeune neveu du magistrat, un garçon vif nommé Jingyan, lui offrit un pendentif de longévité en espérant qu’elle se rétablisse. Tansan, jugé, fut condamné à mort pour enlèvement d’enfant.
La vie reprit son cours. Quelques mois plus tard, Jang Genuan, nommé préfet de la région, reçut l’ordre de faire face à une nouvelle crise : la sécheresse menaçait de nouveau les récoltes. Guaibao, alors âgée de quelques mois à peine, fit apparaître des patates douces et un manuel de culture. Le préfet, émerveillé, les planta aussitôt.
Mais poussées trop vite grâce à l’eau spirituelle de l’enfant, les plantes inquiétèrent les villageois, qui y virent une malédiction. Jingyan, venu en visite, calma le peuple en affirmant que la croissance rapide était une bénédiction divine. Les récoltes furent miraculeuses : plus de cinq mille livres par arpent. La patate douce devint la sauvegarde de toute la région.
Les comptés voisins, d’abord sceptiques, vinrent supplier pour obtenir des semences. Le préfet de la province, impressionné, demanda un rapport à l’empereur, qui voulut goûter ce nouveau tubercule. Conquis, il récompensa Jang Genuan en lui conférant le titre de marquis accompagné de terres et d’or. La famille s’installa à la capitale.
Guaibao, devenue comtesse Lingui grâce à son savoir agricole, fut présentée à l’impératrice. Le vieux maître médecin Divincu, impressionné par son intelligence, la prit comme disciple. La petite apprit avec une aisance déconcertante et sauva bientôt un jeune noble souffrant de douleurs intestinales en pratiquant, avec son maître, une opération chirurgicale inédite. Le succès fit grand bruit.
L’hôpital Hean fut construit. La comtesse y recruta des apprentis, femmes comprises, malgré les critiques. Une opération spectaculaire sur un enfant marqué par un fœtus parasite convainquit les plus sceptiques. Pendant ce temps, Jingyan, devenu le prince héritier, ne cessait de graviter autour de Guaibao.
Il lui offrit des présents, la protégea des complots et partagea ses projets. Un jour, lors d’un banquet de pivoines, une rivale, la comtesse Jing, tenta d’humilier la petite en la défiant dans un concours de poésie. Guaibao triompha avec des vers si beaux qu’ils firent le tour de la capitale. Sa réputation grandit encore.
Elle fonda une pharmacie nationale avec l’empereur, produisit de l’alcool médical et de la pénicilline, soigna les soldats au front et captura des espions Xiongnu infiltrés dans la capitale. Le prince Xiongnu, vaincu, signa un pacte de soumission garantissant cent ans de paix. Pour son anniversaire, le prince héritier reçut une lampe solaire fabriquée par Guaibao. Touché par l’attention, l’empereur décerna un décret : la petite deviendrait princesse héritière.
Guaibao, tout juste cinq ans, prit la parole avec une sagesse troublante. Elle accepta le décret mais demanda qu’il puisse être annulé si l’un des deux trouvait l’amour ailleurs. L’empereur, amusé, accepta. Le prince héritier, lui, lui lança un regard plein d’espoir : quand elle serait grande, si elle le voulait toujours, ils feraient leur vie ensemble.
La fillette sourit et hocha la tête. Dans le ciel étoilé offert par ses soins, une promesse venait de naître.