📜 LA MOMIE, L’ILIADE ET UN RITUEL FUNÉRAIRE MYSTÉRIEUX : UNE HISTOIRE ANCIENNE DÉVOILÉE

 

La Momie, l’Iliade et le Rituel Interdit : Quand Homùre Protùge l’Au-Delà

Au cƓur de la poussiĂšre millĂ©naire d’Oxyrhynchus, une citĂ© antique oubliĂ©e depuis plus de deux millĂ©naires, un secret endormi a refait surface, bousculant notre perception du lien entre littĂ©rature, magie et mort. Des archĂ©ologues espagnols, en fouillant la Haute NĂ©cropole de cette ville grĂ©co-romaine de l’Égypte ancienne, ont mis au jour un paquet scellĂ© posĂ© sur une momie de l’époque romaine. À l’intĂ©rieur : des fragments de l’Iliade d’HomĂšre, soigneusement conservĂ©s dans un emballage hermĂ©tique, semblant destinĂ©s Ă  protĂ©ger l’ñme du dĂ©funt dans son voyage vers l’au-delĂ .


Oxyrhynchus : Port Antique et Trésor Oublié

Oxyrhynchus, aujourd’hui El-Bahnasa, Ă  environ 190 kilomĂštres au sud du Caire, fut longtemps un port vital reliant la MĂ©diterranĂ©e aux oasis de l’ouest. Son nom Ă©voque le poisson-Ă©lĂ©phant du Nil, vĂ©nĂ©rĂ© comme divinitĂ© et symbole de transformation. La ville, habitĂ©e dĂšs la pĂ©riode nubienne (747–656 av. J.-C.), vit son apogĂ©e avec l’arrivĂ©e des colons grecs aprĂšs la conquĂȘte d’Alexandre le Grand en 332 av. J.-C., devenant un carrefour de commerce, de savoir et de culture.

En 1798, lors de l’expĂ©dition napolĂ©onienne en Égypte, l’artiste et antiquaire Vivant Denon rĂ©alisa un croquis d’une imposante colonne de sable parmi les ruines de la citĂ©, laissant involontairement la premiĂšre trace moderne d’Oxyrhynchus. Cette esquisse prĂ©figurait un siĂšcle et demi de fouilles qui mettraient au jour des tombes, des momies, des langues d’or et des milliers de papyrus — l’ensemble le plus impressionnant jamais dĂ©couvert en Égypte.

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Les Papyrus et le Rituel de l’Au-Delà

La dĂ©couverte rĂ©cente, annoncĂ©e par le ministĂšre Ă©gyptien du Tourisme et des AntiquitĂ©s, dĂ©passe de loin le simple intĂ©rĂȘt littĂ©raire. Les papyrus retrouvĂ©s Ă©taient scellĂ©s sur les momies Ă  l’aide de sceaux d’argile, ornĂ©s de hiĂ©roglyphes et utilisĂ©s habituellement pour protĂ©ger contrats et testaments. Ici, cependant, ce sont des textes littĂ©raires, fragments de l’Iliade, qui ont Ă©tĂ© placĂ©s au-dessus des corps.

« C’est sans aucun doute une dĂ©couverte fascinante », explique Serena Perrone, philologue Ă  l’UniversitĂ© de GĂȘnes. « Elle ouvre la voie Ă  un contexte inĂ©dit pour l’utilisation de la poĂ©sie homĂ©rique dans l’Égypte grĂ©co-romaine. »

L’Iliade n’était pas inconnue Ă  Oxyrhynchus : plus de 800 fragments ont Ă©tĂ© dĂ©couverts au cours des deux derniers siĂšcles. Mais leur usage comme amulette funĂ©raire — directement liĂ© au processus de momification — est inĂ©dit.

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Le Rituel et l’Alchimie de la Mort

Selon Ignasi Adiego, membre de la Mission archĂ©ologique d’Oxyrhynchus, les papyrus Ă©taient soigneusement disposĂ©s sur le corps, puis scellĂ©s. Cette pratique suggĂšre une fonction protectrice : la poĂ©sie d’HomĂšre n’était pas seulement lue, mais incarnait un talisman, un code mystique censĂ© guider l’ñme vers le monde des morts et Ă©loigner les forces malĂ©fiques.

Dans les sĂ©pultures, les chercheurs ont Ă©galement retrouvĂ© des Ă©lĂ©ments de cartonnage, des couches de papyrus recyclĂ©s servant de matĂ©riaux de remplissage et de protection lors de l’embaumement. Ainsi, les textes anciens devenaient Ă  la fois enveloppe, protection et vĂ©hicule spirituel — une vĂ©ritable fusion entre littĂ©rature et magie.


La MatiĂšre des Textes et le Temps Suspendu

Le papyrus, fabriquĂ© Ă  partir de Cyperus papyrus poussant dans les marais du Nil, Ă©tait utilisĂ© dans toute la citĂ© : pour les contrats, la collecte d’impĂŽts, la poĂ©sie et la philosophie. Mais sa prĂ©sence au cƓur des rites funĂ©raires rĂ©vĂšle une nouvelle dimension. Le texte homĂ©rique se trouve Ă  la frontiĂšre entre document et objet sacrĂ©, entre mĂ©moire humaine et instrument de survie mĂ©taphysique.

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Cette dĂ©couverte illustre Ă©galement la longĂ©vitĂ© du texte d’HomĂšre : plus de mille ans aprĂšs sa rĂ©daction, il servait non seulement Ă  instruire et Ă  divertir, mais Ă  protĂ©ger et Ă  accompagner les morts dans leur voyage vers l’inconnu.


Le MystĂšre Persistant

Que signifiait exactement ce rituel ? Était-ce un amalgame de croyances grecques et Ă©gyptiennes, une tentative de conjurer l’au-delĂ  ou simplement un moyen d’honorer le dĂ©funt avec des Ɠuvres de prestige ? La rĂ©ponse reste obscure, et les chercheurs continuent de dĂ©chiffrer les sceaux, les hiĂ©roglyphes et le choix des textes.

Le rituel laisse entrevoir une Ă©poque oĂč les frontiĂšres entre littĂ©rature, magie et religion Ă©taient poreuses, oĂč les mots n’étaient pas que des symboles mais des entitĂ©s capables d’influencer le monde rĂ©el et spirituel.


Un Pont Entre Deux Mondes

Cette momie et son paquet scellĂ© deviennent ainsi un point de convergence entre civilisations : grecque, romaine et Ă©gyptienne. Elles nous rappellent que le passĂ© n’est jamais complĂštement rĂ©volu, qu’il communique avec nous par fragments, reliques et empreintes invisibles.

Oxyrhynchus, citĂ© des papyrus, continue de parler. Et parfois, ce sont les mots d’HomĂšre qui se font messagers d’un monde oĂč la vie et la mort ne se distinguent pas toujours clairement.


Épilogue : L’Iliade, Gardienne de l’Au-Delà

Les papyrus ne sont plus de simples morceaux de papier. Ils sont des interfaces, des codes, des talismans. À travers ce rituel inĂ©dit, HomĂšre traverse les siĂšcles, non seulement comme poĂšte mais comme protecteur de l’ñme. Et dans le silence du dĂ©sert Ă©gyptien, le murmure du Catalogue des navires rĂ©sonne encore, accompagnant les morts dans leur ultime voyage.